À visages découverts

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Deux chefs aux antipodes





Tous fédéralistes qu’ils soient, les premiers ministres libéraux ont toujours mis les intérêts du Québec au-dessus des intérêts canadiens.


Jean Lesage, avec son «Maîtres chez nous», Daniel Johnson, avec son «Égalité ou indépendance», ou Robert Bourassa, avec son «Québec libre de ses choix», ont toujours tenu une ligne où c’était le Québec d’abord. Même Jean Charest, à ses heures, a suivi cette ligne des premiers ministres libéraux.


Philippe Couillard a rompu ce fil historique. Il est avant tout Canadien, le plus canadien de tous les premiers ministres de l’histoire du Québec. À côté de lui, Stéphane Dion a l’air d’un fédéraliste timoré! Et ce qu’il y a de remarquable avec ce premier ministre, c’est qu’il assume pleinement son côté canadien d’abord.


Il l’assume à visage découvert.


En face de lui, Pierre Karl Péladeau est sans doute le chef de l’opposition le plus résolument indépendantiste depuis Parizeau. Le nouveau chef du PQ pratique un indépendantisme décomplexé, celui d’un homme qui a pour but de faire du Québec un pays, et rien d’autre.


PKP pratique l’indépendantisme, lui aussi, à visage découvert.


L’effet PKP


L’élection du nouveau chef du PQ constitue sans aucun doute le fait le plus marquant de la saison politique à Québec. Son arrivée a clairement remis au centre du jeu la question nationale, ce qui bouscule l’échiquier à son avantage. Quand l’axe gauche-droite domine le débat politique, le Parti québécois perd de sa pertinence et de sa cohésion. Les attaques de QS à sa gauche et de la CAQ à sa droite ont plus de mordant.


Tandis que, sur l’axe national, la CAQ et Québec solidaire avancent sous un voile d’ambiguïté et de déséquilibre. On imagine mal Françoise David critiquer PKP parce qu’il ne serait pas assez souverainiste...


François Legault, de son côté, dirige un parti dont l’existence même repose sur l’évacuation de la question nationale. Il ne s’en est pas caché cette semaine en priant tout haut pour que cet enjeu soit évacué d’ici les prochaines élections.


Et lorsque les péquistes ne jouent pas résolument sur l’axe national, les libéraux les y ramènent à coup de peur de référendum, ce qui jette un éclairage désolant sur l’ambiguïté du Parti québécois.


En ramenant fermement le Parti québécois sur le seul terrain lui étant favorable, Pierre Karl Péladeau renforce son parti, affaiblit QS et la CAQ, tout en se libérant de l’ambiguïté si payante pour les libéraux.


Fin de session


La fin de la session parlementaire aura d’ailleurs été marquée par des élections partielles qui ont fait deux gagnants et deux perdants. Les libéraux et les péquistes ont progressé, les solidaires et les caquistes ont reculé.


Il me semblerait exagéré d’expliquer ces résultats seulement par le retour de la polarisation autour de la question nationale, comme le suggère François Legault. Son parti s’est aussi fait piquer le créneau du ménage de l’État par les libéraux, tandis que, pour incarner la réussite économique, PKP lui dame le pion. N’empêche, Pierre Karl Péladeau a choisi son terrain, le même que Philippe Couillard. Les deux vont s’y affronter à visages découverts.


Tout cela annonce une joute politique passionnante sauf, bien sûr, pour François et Françoise.


Stéphan Gobeil, ancien conseiller politique au Bloc et au PQ, analyste stratégique et rédacteur



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