Des immigrants en or !

De 2001 à 2006, 7000 immigrants investisseurs au Québec - 1400 projets d'investissement réalisés par des PME d'ici, pour des placements totaux de 2,8 milliards.

Immigration : francisation et intégration



En 1985, le poète et ministre de l’Immigration du Québec, Gérald Godin, eut une idée géniale. Pour développer l’entrepreneuriat, on accorderait des points de sélection à un entrepreneur étranger qui voudrait immigrer au Québec, tout comme on le fait pour n’importe quel étranger qualifié qui désire venir s’installer chez nous.


Le problème était qu’un diplôme d’entrepreneur, ça n’existe pas. Pour permettre à l’immigrant potentiel de faire la preuve qu’il en était vraiment un et d’obtenir ses points de sélection, Godin suggéra qu’il fasse un placement de 400 000 $ pour cinq ans dans un projet d’investissement de PME québécoise ayant besoin d’un coup de pouce. L’idée de Godin fut finalement concrétisée par son successeur, la ministre Louise Robic, en 1986.
Le Québec gagnant
La formule Godin-Robic, ainsi conçue pour faciliter l’entrée des immigrants entrepreneurs au Québec, est la plus originale au Canada. Elle a connu un grand succès. Ce sont 60 % des immigrants investisseurs au Canada qui se tournent vers le Québec. La raison est simple : le ministère de l’Immigration du Québec agit au sein d’un partenariat extrêmement efficace avec des institutions financières privées, dont Desjardins et la Banque Nationale, qui recrutent les candidats et préparent les dossiers ; et avec Investissement Québec, qui fait l’analyse finale des dossiers et gère l’aide financière. Un tel partenariat n’existe qu’au Québec.
Le Québec y gagne sur trois plans : l’immigration, le développement économique et les finances publiques. Premièrement, le programme favorise l’immigration au Québec de gens d’affaires dynamiques et de leurs enfants, qui sont éduqués dans nos écoles selon les lois du Québec. Deuxièmement, il fait une contribution majeure au développement de la PME dans toutes les régions du Québec. De 2001 à 2006, 7000 immigrants investisseurs au Québec ont soutenu 1400 projets d’investissement réalisés par des PME d’ici et représentant des placements totaux de 2,8 milliards. Troisièmement, le programme est exceptionnellement rentable pour le Québec, parce que les fonds investis proviennent de l’extérieur du Canada plutôt que des poches des contribuables locaux.
De 2001 à 2006, à nouveau, les immigrants investisseurs ont coûté 15 millions en frais administratifs, mais ont ajouté 25 fois plus – 375 millions – au revenu intérieur du Québec, dont 160 millions pour le trésor public. Quel que soit le critère d’évaluation employé, un ratio avantages-coûts de 25 à un est tout à fait spectaculaire.
Avec de tels résultats, il est difficile de recommander autre chose que d’accroître la portée du programme. Son potentiel de croissance est significatif : 2600 demandes ont été déposées en 2006 et nous estimons que leur nombre pourrait grimper à 3700 d’ici 2010 si on y met les ressources. Le problème, justement, c’est que les ressources manquent. Pendant que les candidats se bousculent à la porte, le traitement des dossiers est lent et la file d’attente s’allonge. Le personnel actuel du ministère de l’Immigration du Québec ne suffit pas à la tâche. Si rien n’est fait, en 2010 seule la moitié des demandes envisagées pourront être satisfaites.
Nous comprenons mal cette situation. Si on veut augmenter l’immigration au Québec, il faut être conséquent. La formule Godin-Robic a donné naissance à ce qui est probablement le programme gouvernemental le plus rentable de tous pour le Québec. Chaque dollar investi rapporte 25 dollars, dont 10 aux gouvernements ! Nous n’hésitons pas à appuyer les efforts de réduction de la taille de la fonction publique. Mais appliquer de façon aveugle une règle du type « un nouvel employé pour deux départs à la retraite » sans tenir compte de la rentabilité économique et sociale dans chaque cas particulier n’aurait pas de sens. Il ne faut pas tomber dans ce piège. Il faut de toute urgence consacrer des ressources supplémentaires au programme Immigrants investisseurs afin d’en maximiser les retombées économiques et démographiques pour le Québec.
Langue et présence
Deux problèmes sont parfois soulevés au sujets des immigrants investisseurs. Le premier est qu’une majorité d’entre eux ne connaissent ni le français ni l’anglais. Ce phénomène est étroitement associé à l’origine chinoise continentale de plusieurs d’entre eux. De plus, comme ils ont déjà amassé une fortune, ils ont généralement 45 ans ou plus. Il est donc difficile de les franciser ou de les rendre bilingues. Se donner des objectifs linguistiques à court terme pour une telle population n’a aucun sens. Il faut plutôt penser au long terme et investir dans l’apprentissage linguistique de leurs enfants, dans le respect des lois du Québec.
Le second problème soulevé est que leur taux de présence au Québec est plutôt faible. Mais il s’agit d’une demi-vérité. Le taux de présence est de 50 % ou plus parmi ceux qui sont arrivés au Québec plus récemment, qui connaissent le français ou l’anglais, ou qui ne sont pas d’origine asiatique. Ce taux est plus que respectable pour des gens fortunés qui sont actifs à l’échelle planétaire. Reprochera-t-on au fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, de n’être présent au Québec que six mois par année ?
Compte tenu de l’exceptionnelle contribution des immigrants investisseurs à l’économie et à la démographie du Québec, ce serait à notre avis une très mauvaise idée de les rejeter en raison d’un taux de présence au Québec et de compétences linguistiques plus faibles que la moyenne. (…)
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Pierre Fortin, Marc Van Audenrode et Pierre Emmanuel Paradis
M. Fortin est professeur d’économie à l’UQAM. MM. Van Audenrode et Paradis sont économistes chez Groupe d’analyse, à Montréal.
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