IDENTITE NATIONALE

Jacques Julliard : "L'identité nationale n'est pas figée"

FRANCE - débat sur l'identité nationale


Faut-il que les jeunes Français chantent au moins une fois par an l'hymne nationale ? Pour le journaliste et intellectuel Jacques Julliard le cérémonial n'est pas tout. L'identité nationale existe bien mais elle est en perpétuelle évolution. Interview.
Existe-t-il une identité nationale française ?
- Je préfère parler de conscience nationale. La question est de savoir si elle évolue avec les gens qui composent la nation ou si elle est définitivement acquise. Tout peuple a le sentiment d'un vécu collectif qui évolue à tout moment. L'arrivée des immigrés par exemple va modifier cette conscience nationale. L'erreur des nationalistes, c'est d'imaginer qu'on pourrait la définir selon des termes définitifs. Il existe une conscience nationale, mais elle n'est pas constante, elle varie dans le temps.
Comment peut-on la définir ?
- Cette conscience est très forte et visible quand la nation est menacée. Et si aujourd'hui on se pose la question de savoir ce qu'elle est, c'est justement parce que nous ne sommes pas menacés. En cas de menace, l'identité nationale se définira toute seule. Longtemps l'identité nationale s'est formée dans la continuité, dans le temps et dans l'espace : nos ancêtres les Gaulois. Est-ce qu'aujourd'hui, la conscience nationale peut se définir par un passé commun ? Je dis non. Par un territoire ? Ce n'est pas certain. Les migrations sont devenues un phénomène de masse et l'erreur est d'ignorer le temps qui passe. Il n'y a pas que le présent qu'on s'invente en commun. Le passé aussi doit être créé. Les derniers arrivants en France se valoriseront par rapport à la nation, seulement s'ils se constituent un passé commun. Pour reprendre Ernest Renan (ndlr : philosophe et auteur notamment de "Qu'est ce qu'une nation" en 1882 où il formule l'idée d'une nation reposant à la fois sur un héritage passé et sur la volonté présente de le perpétuer), une nation, c'est à la fois un vouloir commun, "un plébiscite de tous les jours" et la constitution d'un passé commun. Ce que nous nous souvenons et ce que nous oublions en commun. Il faut savoir tourner la page ensemble sur certains pans de l'histoire. Les maniaques de la mémoire ont à la fois le droit d'en faire un sujet d'histoire mais pas tant d'en faire une question d'actualité.
L'Etat a-t-il un rôle à jouer dans la construction de l'identité nationale ?
- On est trop volontariste. Les choses se font tout simplement. Ce qui compte c'est le temps qui passe. Les mariages et les rencontres qui peuvent créer des liens feront le reste et instaureront la volonté d'être un peuple. Ce n'est pas les grandes déclarations qui formeront des valeurs communes. C'est en traversant un certain nombre d'événements que se forge la conscience nationale. Le rôle du gouvernement est de la faciliter. Une élection par exemple c'est une manière de participer à une conscience commune. Le droit de vote est un moyen d'intégration. Le reste c'est de la propagande nationaliste. Je crains qu'Eric Besson ne veuille définir l'identité nationale de manière statique. Alors un débat pourquoi pas, mais seulement dans un esprit d'accueil.
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Interview de Jacques Julliard par Sarah Diffalah
(le mardi 27 octobre 2009)


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