L’illusion, 20 ans plus tard…

PQ - XVIe congrès avril 2011

Depuis quelques semaines, l’on souligne dans le milieu politique et les médias les vingt ans de la mort de l’accord du Lac Meech. Deux décennies plus tard, le statut quo semble désormais consacré. D’une part se trouve le Canada anglais qui semble entendre les lointaines visées d’indépendance du Québec comme un bourdonnement sourd et confus et, d’autre part, se trouve au Québec une majorité de Québécois qui considèrent toujours possible – malgré tous les échecs – le renouvellement du fédéralisme canadien. Entre ces deux courants politiques qui suivent des chemins diamétralement opposés (centralisation de la fédération à d’Ottawa vs. autonomie du Québec), le Parti Québécois peine à dégager un projet collectif, un objectif, un horizon clair. Le projet de gouvernance souverainiste apparaît de plus en plus comme une nouvelle version électoraliste de « l’affirmation nationale » et, vingt ans plus tard, l’illusion canadienne n’est toujours pas dissipée.
Le cul-de-sac fédératif
« Le Canada idéal qui serait prêt à accommoder le Québec n’est qu’un mirage. » Ces mots sont de Gilles Duceppe et ont été prononcés lors du colloque organisé par les IPSO et le Bloc Québécois pour les vingt ans de Meech. Ils reflètent bien les résultats du sondage mené au Canada portant sur les différentes revendications du défunt accord : 83% des Canadiens s’opposent à la reconnaissance de la nation québécoise dans le texte constitutionnel ; 61% des répondants hors Québec s’opposent à l’ouverture d’une nouvelle ronde de négociations et ils sont désormais 81% et 77% à s’opposer aux pouvoirs du Québec en matière de politique d’immigration et de droit de retrait des programmes fédéraux. Bref, sur les principaux points de Meech (reconnaissance de la nation québécoise, pouvoirs accrus, nomination de juges à la Cour suprême, droit de retrait avec compensation), l’horizon est bouché. Le message du Bloc Québécois, me semble-t-il, était on ne peut plus clair : ne perdez pas votre temps avec de nouvelles revendications. L’indépendance du Québec, à court comme à moyen terme, est la seule option viable.
Or, voici qu’a été présenté il y a plus d’un an le « Plan Marois » pour la gouvernance souverainiste, désormais enchâssé dans la démarche menant au congrès de 2011, qui prévoit qu’un prochain gouvernement du Parti Québécois mettra de côté la mécanique référendaire pour réclamer plus de pouvoirs pour le Québec dans tous les champs d’actions politiques : langue, communications, immigration, culture, etc. Le pari qui est fait par la direction du PQ est que, à force d’obtenir plus de pouvoirs, la population québécoise « prendra goût à la liberté » et qu’advenant un refus de la part d’Ottawa, la grogne populaire nous permettra de mettre la table à un prochain référendum. Il s’agit, dans la tête de plusieurs, d’une situation win-win comme disent les anglophones. Pari incertain s’il en est un, d’autant plus incertain lorsque 78% des Québécois considèrent le Canada comme réformable. Leur offrir sur un plateau ne serais-ce qu’une maigre avancée politique (à l’instar de la reconnaissance de la nation au parlement fédéral), ce ne serait pas là motif à conforter la population dans cette idée ? Quelques concessions pour continuer à se bercer dans le confort de l’indifférence, pour paraphraser Denys Arcand. Combien de temps, d’années de pouvoir, d’énergies devront être sacrifiées à cette fin, énergies qui ne seront pas mises à la tenue rapide d’un référendum. D’autant plus lorsque a vie politique d’un gouvernement et ses aléas prennent souvent le dessus, on le sait, sur l’agenda politique du parti…
Indépendance ou gouvernance souverainiste ?
Il semble visiblement y avoir une dichotomie dans les discours de nos principaux partis indépendantistes : d’un côté le Bloc Québécois qui n’a de cesse de dire que la réforme du Canada et l’avancement des demandes du Québec ne sont qu’une grande illusion. Et de l’autre, le Parti Québécois qui met de côté, dans l’immédiat, la voie référendaire pour mener des batailles sur tous les fronts pour rapatrier à Québec plus de pouvoirs. L’on ne peut, encore longtemps, envoyer des signaux contraires à la population. Du moins, cette situation aura le bénéfice de mettre, pour une rare fois, Lucien Bouchard, Bernard Landry et Jacques Parizeau sur la même longueur d’onde. Le premier affirmant que « quand le chef souverainiste s’engage à ne pas faire de référendum, ça veut dire que la souveraineté n’est pas en train d’avancer …», le second disant qu’« Il faut y aller [vers un référendum] le plus tôt possible, le plus carrément et démocratiquement possible » et enfin, Monsieur déclarant que « si vous voulez que les gens suivent un idéal – certains diraient un rêve -, vous devez établir un objectif ainsi que les moyens d’y parvenir. » Le message est on ne peut plus clair.
Aurons-nous le courage de présenter un projet de société, un plan concret avant et après, d’accession à l’indépendance pour le Québec en mettant nos partenaires sociaux et nos régions dans le coup, ou perdrons-nous nos énergies à grappiller à Ottawa des pouvoirs qui, somme toute, ne font pas rêver la population en espérant pouvoir déclencher une nouvelles crise politique. En bref, contribuerons-nous à entretenir, encore plus longtemps, l’illusion canadienne ?


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