Spectacle gratuit à Anticosti pour marquer la fin des forages

C061eb3e33da7476f6c74efaceb2c396

Faux espoirs et vrais dégâts






Pétrolia et Hydrocarbures Anticosti organisent ce samedi un spectacle gratuit du groupe Lost Fingers pour les citoyens de l’île d’Anticosti, a appris Le Devoir. L’événement se veut une façon de remercier les Anticostiens, alors que s’achève la première phase des forages exploratoires financés en majorité par le gouvernement du Québec.


 

Selon les informations obtenues, les promoteurs des travaux de recherche de pétrole invitent les résidents de Port-Menier à la salle des Chevelaliers de Colomb « pour un événement unique et dont tous pourront profiter ».


 

L’invitation offre peu de détails concernant le spectacle. Elle mentionne simplement que « plus de détails » seront rendus publics sous peu. Le Devoir a toutefois appris que les Anticostiens auront droit à une prestation musicale du groupe Lost Fingers. Leur gérant, Byron Mikaloff, a d’ailleurs confirmé jeudi que le groupe a été invité à donner ce spectacle samedi.


 

Ce spectacle est organisé après l’annulation d’un spectacle qui devait être donné par Les Frères à Ch’val à Port-Menier, le 12 septembre dernier. Cet autre événement était organisé par Investissement Québec, Pétrolia, Corridor Resources et Maurel et Prom, partenaire du gouvernement dans le financement des forages sur Anticosti.


 

Cet événement annulé était présenté comme un « spectacle de remerciement » pour la population « afin de remercier la population et les collaborateurs pour la campagne de sondages stratigraphiques qui prendra fin au début du mois septembre […] ».


 

Les Frères à Ch’val ont toutefois décidé de se dissocier de la tenue du spectacle du 12 septembre. « Notez que le spectacle annoncé pour le 12 septembre à l’île d’Anticosti n’aura pas lieu et n’aurait jamais dû avoir lieu. Nous n’avons jamais endossé ni signé de contrat pour ce spectacle. Que cela soit très clair », ont-ils fait valoir dans une courte note écrite.


 

Forages en cours


 

Pendant ce temps, les forages exploratoires en cours sur la plus grande île du Québec se poursuivent. Selon la mise à jour des travaux disponible sur le portail du gouvernement du Québec, 11 forages sont terminés, quatre ont été « annulés », quatre sont « à venir » et un seul est en cours.


 

Les forages menés en 2014 et cette année sont répartis sur un vaste territoire de l’île. L’analyse des résultats doit permettre de déterminer où seront menées les opérations de fracturation hydraulique en 2016. Cette technique de forage n’a jamais été tentée au Québec dans le cadre de travaux d’exploration pétrolière.


 

C’est le gouvernement du Québec qui paie la plus grande part de la facture pour ces travaux d’exploration. L’enveloppe budgétaire totale se chiffre à 100 millions de dollars. De ce montant, 56,7 millions proviennent de Ressources Québec, une filiale d’Investissement Québec. Une autre tranche de 43,3 millions est financée par Saint-Aubin, filiale de la société française Maurel et Prom.


 

L’injection initiale de fonds publics fait en sorte que le gouvernement du Québec détient 35 % de la coentreprise Hydrocarbures Anticosti. Quant à Pétrolia et Corridor Resources, qui détenaient des permis d’exploration cédés par Hydro-Québec en 2008, elles contrôlent chacune 21,7 % de la coentreprise.


 

Étude environnementale


 

En parallèle aux travaux de forages, le gouvernement mène une évaluation environnementale stratégique (EES) sur l’île d’Anticosti. Le rapport final doit être déposé à l’automne et doit servir à l’élaboration de la loi sur les hydrocarbures.


 

Tout indique que le rapport de l’EES ne tiendra toutefois pas compte des travaux de fracturation, qui devraient être menés seulement l’an prochain. Aucune autre évaluation environnementale des impacts de l’industrie pétrolière sur Anticosti n’est prévue pour le moment.


 

Toujours dans le cadre de l’EES, le gouvernement a octroyé un contrat de 200 000 $ afin d’évaluer les infrastructures qui seraient nécessaires pour exploiter le pétrole de l’île d’Anticosti. Dans le document présentant l’appel d’offres, Québec évoque clairement l’idée de construire un réseau de pipelines sur l’île.


 

Selon un autre document précisant des éléments de l’appel d’offres, le MERN s’engageait à fournir à l’entreprise les courbes bathymétriques autour d’Anticosti. Ces informations sont essentielles pour connaître la profondeur des eaux du Saint-Laurent ceinturant l’île, et donc, pour déterminer où pourrait être construit un éventuel port pétrolier. Ce secteur est reconnu, historiquement, comme un haut lieu de naufrages et la navigation y est particulièrement complexe.


 

Par ailleurs, selon des scénarios « hypothétiques » de déploiement de l’industrie pétrolière sur Anticosti, de 3900 à 6500 puits pourraient être forés et fracturés sur Anticosti au cours des prochaines décennies, si l’exploitation du pétrole de schiste est autorisée sur cette île sise en plein coeur du Saint-Laurent. L’exploitation pourrait se poursuivre jusqu’en 2095.


 

Aucun gisement pétrolier n’a jusqu’ici été découvert sur Anticosti, malgré des décennies de recherche. Des évaluations très préliminaires indiquent que le sous-sol de l’île pourrait renfermer jusqu’à 40 milliards de barils de pétrole. Il s’agirait de pétrole de schiste.


 

Selon une étude menée par l’ingénieur en géologie Marc Durand, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole. Il faudra pour cela construire toutes les infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie pétrolière. Celles-ci sont inexistantes actuellement sur l’île d’Anticosti.







Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->