Berlin balaie les espoirs grecs d'un accord rapide après le référendum

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L'étouffement de la Grèce est commencé

L'Allemagne a tempéré lundi l'espoir du premier ministre grec Alexis Tsipras de conclure rapidement un accord sur la reprise du financement de son pays, fort de sa victoire au référendum qui, aux yeux de Berlin, éloigne les deux parties d'une reprise immédiate des négociations.
La décision d'Alexis Tsipras de sacrifier son ministre des Finances Yanis Varoufakis, avant un sommet franco-allemand crucial à Paris, n'a pas amadoué Berlin.
Quelques heures après la démission du ministre le plus emblématique et le plus controversé du gouvernement de gauche radicale, Berlin a rappelé que l'essentiel dans les discussions entre Athènes et ses créanciers (UE, BCE, FMI) sont «les positions et non les personnes», et que les «conditions pour des négociations autour d'un nouveau programme d'aide» ne sont pas réunies.
Le vote de dimanche «est un rejet du principe qui a guidé les aides aux pays (européens en difficultés), le principe selon lequel la solidarité et les efforts sont indissociables», a estimé lors d'une conférence de presse régulière du gouvernement à Berlin le porte-parole d'Angela Merkel, Steffen Seibert.
Logiquement, l'Allemagne, où l'opinion publique est de moins en moins solidaire de la Grèce, n'est aucunement disposée à discuter d'une restructuration de la colossale dette grecque.
Cette requête pressante d'Athènes a pourtant été réitérée avec force par M. Tsipras après le rejet massif à plus de 61% du dernier plan des créanciers, soumis par son gouvernement à référendum.
Polyphonie européenne
Sans pousser la Grèce hors de la zone euro, Berlin considère que c'est à Athènes de tout faire pour rester membre du bloc monétaire.
«Nous serons tout ouïe pour ce que le premier ministre grec (Alexis Tsipras) amènera demain» à un sommet de la zone euro à Bruxelles, a assuré M. Seibert.
Le gouvernement grec, conscient de la gravité du moment, a convoqué une réunion des chefs de tous les partis, hormis les néonazis d'Aube dorée, toujours en cours au bout de quatre heures sous l'égide du président Prokopis Pavlopoulos.
Ce dernier, au rôle honorifique, s'est entretenu dans la matinée avec le président français François Hollande. De son côté, M. Tsipras parlait au téléphone avec le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, et avec le président russe Vladimir Poutine qui a dit son «soutien au peuple grec».
En première ligne dans les négociations sur les réformes et les mesures budgétaires débattues entre Athènes et l'UE depuis cinq mois, Paris et Berlin sont loin d'avoir une vision commune de la réponse à apporter au scrutin, qui, plus largement, divise les dirigeants de la zone euro.
Avant la rencontre entre François Hollande et Angela lundi soir à Paris, le porte-parole du gouvernement français Stéphane Le Foll a pressé les Grecs de faire de «nouvelles propositions», estimant toutefois que «personne» ne veut de la sortie de la Grèce de la zone euro.
L'Espagne est favorable à une négociation pour un «troisième plan de sauvetage» de la Grèce, qui doit rester dans l'euro, a clairement signifié lundi le ministre de l'Économie Luis de Guindos, pourtant l'un des moins indulgents avec la Grèce.
L'Italie pousse aussi à un rapprochement des positions, le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, incitant Athènes et ses créanciers à «indiquer une voie définitive» de sortie de crise lors des réunions européennes des prochaines heures.
Mais d'autres évoquant ouvertement l'hypothèse d'un «Grexit», comme le ministre slovaque des Finances Peter Kazimir qui a jugé dimanche une sortie de la Grèce de la zone euro comme «un scénario réaliste». Le patron de l'Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a quant à lui estimé que la victoire du non au référendum en Grèce «ne rapproche pas (l'Europe) d'une solution» avec Athènes.
Urgence pour les banques
La situation est d'autant plus urgente que la Grèce n'a plus d'argent, ses banques sont fermées depuis une semaine et fragilisées par les récents retraits massifs de Grecs anxieux.
Tous les regards sont ainsi tournés vers la BCE qui depuis plusieurs jours maintient en coma artificiel les banques du pays au moyen de prêts d'urgence, les fameux ELA, et doit décider si elle veut continuer de le faire, au risque de violer ses propres règles. Une réunion du conseil des gouverneurs de la BCE, annoncée dès vendredi par le gouverneur de la Banque d'Autriche Ewald Nowotny, est prévue lundi.
Le ministre des Finances français Michel Sapin a appelé lundi l'institution monétaire à ne «pas abaisser» le niveau de liquidité fourni aux banques grecques.
Sous l'effet du «non» grec, les marchés européens perdaient du terrain lundi à la mi-journée, mais sans panique. La stabilité de la zone euro «n'est pas en jeu», a voulu rassurer lundi le vice-président de la Commission européenne chargé de l'euro, Valdis Dombrovskis.


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