François Fillon, un allié pour le Québec

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En supposant que Fillon remporte la présidentielle française, ce qui est loin d'être acquis vu ses positions thatchériennes

Avec la nette victoire de François Fillon dimanche à la primaire de la droite et du centre, le Québec peut s’attendre à avoir un solide allié à l’Élysée au cours des prochaines années. À moins, bien sûr, d’un nouveau revirement spectaculaire qui porterait à la présidence de l’État, en mai 2017, Marine Le Pen et l’extrême droite ou, encore moins probablement, un candidat de la gauche ressuscitée. En effet, selon toute vraisemblance, Fillon sera élu président de la République avec le report sur son nom d’une partie des voix de la gauche au second tour.

Le Parti québécois a bien compris cet enjeu puisqu’il a délégué à Paris ces jours-ci son porte-parole en matière de relations internationales, Stéphane Bergeron. Alors que la course entrait dans sa phase finale en opposant François Fillon et Alain Juppé, les Québécois — particulièrement les souverainistes — pouvaient déjà pousser un soupir de soulagement. L’humiliante défaite de Nicolas Sarkozy, avec à peine plus de 20 % des voix, montre qu’il ne s’était pas fait des ennemis que de ce côté-ci de l’Atlantique !

L’ancien président avait, rappelons-le, mis fin (temporairement) à une tradition diplomatique établie depuis 1977 entre la France et le Québec basée sur le principe de la « non-ingérence/non-indifférence » mais aussi sur celui de l’« accompagnement » des Québécois sur le chemin qu’ils choisiraient. C’est avec outrecuidance, quand on sait les thèmes (proches de l’extrême droite) sur lesquels il a basé sa campagne présidentielle de 2012 et celle de la récente primaire, que Sarkozy avait attaqué le mouvement souverainiste, le qualifiant de sectaire, de xénophobe et j’en passe ; ce qui avait conduit les chefs du PQ et du Bloc, Pauline Marois et Gilles Duceppe, à mettre les points sur les « i » dans une lettre envoyée à Sarkozy en février 2009. Célébrons : il n’y aura pas de suite à ce mauvais film.

Quant à Alain Juppé, c’est certainement, des deux candidats au deuxième tour, celui qui avait la connaissance la plus intime du Québec, pour y avoir séjourné et enseigné en 2005 et 2006. C’est surtout celui qui, en 1995, à la veille du référendum, alors ministre des Affaires étrangères, redonne à Jacques Parizeau les assurances nécessaires quant à la reconnaissance d’un Québec souverain par la France, comme le rapporte très bien Pierre Duchesne dans sa biographie de Parizeau : « Il n’est pas question de demander l’avis du Luxembourg ou de l’Espagne avant de prendre position sur la question québécoise », ajoute-t-il, précisant qu’il s’exprime aussi à titre de « porte-parole du mouvement gaulliste ». Espérons qu’Alain Juppé qui, fait rare, a toujours été constant et cohérent dans sa vision de la nécessaire alliance France-Québec continuera, d’une façon ou d’une autre, à y jouer un rôle.

Fillon : gaulliste en politique étrangère


L’héritage du général de Gaulle en matière d’affaires étrangères, y compris à l’endroit du Québec, François Fillon l’assume pleinement. Il l’a prouvé en 2008. Le jour où Québec fête ses 400 ans, le 3 juillet, Fillon, alors premier ministre, prend la parole au nom de la France au cours de la cérémonie du salut à Champlain. Dans son allocution, il fait appel à l’Histoire de façon magistrale. Il invoque la mémoire du général de Gaulle : « Voilà 40 ans qu’une grande voix, une voix historique, l’a tirée [la civilisation française québécoise] pour reprendre un mot qui vous appartient, de son hivernement dans l’esprit de mes compatriotes. »

Alors que le gouvernement canadien tentait, depuis des années, de limiter le sens des célébrations à celui de la fondation d’une ville, François Fillon reconnaît plutôt la naissance d’un « grand pays » où « la France s’est agrandie sans se diviser », s’est « étendue sans se rompre ». Le lendemain, à l’Assemblée nationale, il soulignera les accords entre les « deux pays francophones » que sont la France et le Québec. Il n’en faut pas plus pour soulever l’ire au Canada anglais : le Globe and Mail se fend d’un éditorial intitulé « Flirting with de Gaulle » dans lequel il qualifie le tout d’important accroc au protocole diplomatique.

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