Myanmar

La réputation ternie des Desmarais

l'affaire SAGARD


Chronique de Dany Doucet - J'ai une confession à vous faire. Depuis une douzaine d'années, je suis actionnaire de la Financière Power Corporation. Un petit montant investi dans mon fonds de pension qui a plus que doublé de valeur au fil des ans.
Je n'ai malheureusement pas beaucoup d'investissements boursiers qui ont aussi bien fait au cours de la dernière décennie. Malgré tout, j'en ai assez de cette compagnie qui fait des investissements qui me lèvent de plus en plus le coeur, comme en Birmanie par le biais de Total. Dès lundi, je fais le ménage de mon portefeuille.
J'aurais dû le faire bien avant.
Il faut dire qu'il n'y a pas si longtemps, alors que le père Paul Desmarais était bien en selle à la direction de son entreprise, Power Corporation et sa filiale financière me semblaient appliquer des principes de placement plus éthiques.
Peut-être que non, remarquez bien, mais je ne le savais pas. Aujourd'hui, par contre, je le sais. Et je ne veux plus être complice, c'est un choix personnel.
Un secret bien gardé
Pourquoi ne l'ai-je pas su ou réalisé avant ?
Les Desmarais ne parlent pas beaucoup, n'accordent presque jamais d'entrevues.
Ce qu'on sait d'eux, on l'apprend généralement dans les rapports annuels de leurs deux entreprises publiques, parfois dans la presse européenne, qui a les mains moins liées qu'ici, ou dans Le Journal de Montréal.
Certainement pas dans La Presse ou dans les journaux du groupe Gesca, qui appartiennent aux Desmarais.
Gesca qui pourrait bien, d'ailleurs, être le pire investissement de Power Corporation: il doit bien y avoir une raison à ça. Pourquoi les Desmarais financent-ils cette entreprise de presse à coups de dizaines de millions de dollars depuis 10 ans sans succès ?
Les profits ont fondu, le tirage et les lecteurs aussi. La Presse a fermé son édition du dimanche et menacé ses employés de fermeture si ceux-ci n'acceptaient pas ses conditions de travail. Aucun homme d'affaires sérieux ne ferait une telle menace si son entreprise était vraiment rentable.
Alors, pourquoi Power tient-elle tant à ses journaux dans ce cas?
Je risque ici une réponse: en contrôlant 7 des 10 quotidiens francophones de la province, Gesca demeure un formidable outil de pouvoir et de protection pour les intérêts de la famille la plus riche et la plus puissante du Québec, dont la réputation commence quand même à se ternir à cause de placements controversés.
Un outil de pouvoir
Grâce à leurs journaux, les Desmarais peuvent conduire la majeure partie de leurs affaires internationales tout en demeurant bien à l'abri des regards dans une province où chacun a érigé son château.
Ils peuvent influencer la politique, comme ils le font en demandant de voter pour les libéraux provinciaux ou fédéraux, par exemple.
Ils peuvent investir dans les sables bitumineux et le pétrole le plus sale du monde tout en tapissant leurs journaux de pleines pages de publicité de l'Association canadienne des producteurs pétroliers, comme ils le font depuis quelques semaines.
Ils peuvent siéger au conseil d'administration de la compagnie pétrolière française Total, présente dans des pays corrompus jusqu'à la moelle comme la Birmanie, sans susciter trop de controverse ici.
Les journaux de Gesca peuvent aussi détourner l'attention vers d'autres cibles, pour démoniser un concurrent par exemple, grâce à une armée de chroniqueurs. Depuis quelques années, il y a plus de chroniqueurs d'opinion au pied carré à La Presse que dans tout autre quotidien, ce n'est pas un hasard.
Heureusement, il y a d'autres journaux et un groupe de presse concurrent.
Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ne doivent rien à Power Corporation, même si cette dernière a commencé à nous écrire et à nous menacer subtilement depuis quelques semaines.


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