Lettre à mon député

L'indépendance, ce goût de risque, ce goût de liberté

Crise sociale - printemps 2012 - comprendre la crise

Porter la liberté est la seule charge qui redresse le dos.
_ - Patrick Chamoiseau
Bonjour M. Blanchet,
D’abord, je tiens à souligner le respectable dévouement dont vous faites preuve à l’égard du comté de Drummond. Vous défendez les intérêts de notre comté avec détermination et c’est tout à votre honneur. Si jamais je ne remettrai en question votre ferveur à vous lever pour Drummond, il nous est cependant arrivé, à mes camarades de classe et moi, dernièrement, de soulever une interrogation pertinente au sujet de votre allégeance politique. Encore une fois, il est de mise de préciser le respect avec lequel cette interrogation a été soulevée.

C’est suite à votre intervention au sujet de la hausse des frais de scolarité qu’une discussion a été enclenchée. Votre virulente intervention nous a permis de noter un sincère appui de votre part. Appui qui, selon les derniers propos de votre parti, n’est pas aussi vivement affiché par vos collègues. Personne ne se leurre, un parti politique est un véhicule d’idées majoritairement orientées dans un sens commun, mais l’unanimité ne règne pas en tout temps. L’actualité nous plonge au cœur d’un débat qui nous amène à nager entre des propos de gel, d’indexation, de gratuité scolaire, de hausse. Je ne m’étendrai pas au sujet de ce fond marin. Essentiellement, je ne voulais que démontrer ce qui nous a permis d’ouvrir une discussion vous concernant. Concernant l’honnêteté qui découle de vos allocutions et que, bien malgré moi, je n’ai pas su déceler chez Mme. Marois et vos confrères péquistes. Dans cette position, peut-être que le Parti Québécois est celui qui épouse le mieux vos convictions quant à notre système d’éducation, ou bien peut-être est-ce un autre parti qui correspond davantage à vos aspirations. Vous seul le savez et je réitère ma position : C’est avec une vision purement hypothétique que nous nous sommes penchés sur la question de la bannière politique derrière laquelle vous vous rangez.
Ainsi, toujours dans l’optique de discuter à savoir jusqu’à quel point un candidat partage les idées de son parti, nous avons inévitablement abordé la question de l’indépendance du Québec. Pour avoir assisté à l’ABCD de la souveraineté, j’affirme avoir été convaincue de votre dévouement à la cause souverainiste, tout comme la lettre précédente et les deux suivantes ont réussi à le faire. Durant cette soirée, j’ai vu quatre hommes fiers de leur culture, de leur langue, de leur histoire, quatre hommes convaincus de la raison d’être du pays québécois. Cette conférence m’a permis de récolter quelques réserves d’espoir pour notre avenir en tant que nation. Personnellement, le Parti Québécois ne m’a pas convaincue d’être souverainiste. Le Parti Québécois ne m’a pas convaincue de la pertinence de faire du Québec un pays. Et ce, tout simplement puisque c’était gagné d’avance: J’ai grandi au sein d’un entourage indépendantiste. Indépendantistes fiers, ces gens qui m’entourent? Malheureusement, je ne suis pas prête à en dire autant. D’eux, autant que moi. Il est difficile d’être fier de notre conviction souverainiste dans le paysage politique actuel, je crois. Le parti qui se dit être le moteur de ce projet ne met plus de l’avant cette proposition. Pourquoi? Parce qu’il faut régler la situation actuelle de notre Québec d’abord? Mais M. Blanchet, vous qui êtes député pour ce parti, dites-moi, quelle sera la situation acceptable pour se lancer? Je vous citerai Sénèque en disant qu’il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. Un vent favorable, M. Blanchet, ne se trouve pas mais se crée. Un vent favorable à l’indépendance se puise au cœur même de la société québécoise. Laissons-nous être le vent, le courant, l’élan dont le Québec a besoin. Ce que je comprends de la position péquiste, c’est qu’il faut d’abord, en tant que province, se redresser pour se créer. Pourquoi ne pas se créer pour se dresser, plutôt? Se dresser face au reste du monde alors que depuis des années on nous prête des épithètes peu enviables n’est pas chose légère. Le courage est de mise. Mais c’est au sujet de ce courage spécifiquement dont je veux vous adresser quelques perplexités.
Mes jeunes camarades drummondvillois tout comme mes compagnons de classe à Montréal, pourtant souverainistes dans une étonnante proportion, n’appuient pas le Parti Québécois. Mes parents, mes frères, mes grands-parents, mes oncles, bref vous avez compris mon point, n’appuient plus massivement le Parti Québécois comme ils l’ont toujours fait. C’est une constatation que je fais bien tristement, moi qui rêve d’avoir eu la chance de vivre la montée du nationalisme et la frénésie des campagnes référendaires. J’affirme sans hésiter que cette constatation est loin de n’affecter que moi et moi seule. Certains de mes professeurs militaient depuis trente ans pour votre parti et n’ont, pour la première fois depuis, pas renouveler leur carte de membre. Ils ne sont pas les seuls, il faudrait une mauvaise foi aiguisée pour le nier. Pourquoi la jeunesse tourne le dos au Parti Québécois? Il faudrait plutôt se demander pourquoi la jeunesse ne s’est jamais tournée, d’abord, vers ce parti. Nous n’avons pas, M. Blanchet, connu ces grands orateurs qui ont porté le mouvement, ni ces discours qui ont soulevé la population à travers le parti de René Lévesque. Il n’est donc pas aussi logique que vous pouvez le penser que nous nous tournions vers votre parti. On entend trop souvent de la part des péquistes des propos qui insinuent que c’est la seule réelle option souverainiste. Pourquoi? Et comment? J’aimerais bien le savoir. Un parti souverainiste qui relègue la question nationale au deuxième plan ne peut pas être LA seule option. La seule option sera le parti dont la raison d’être est l’indépendance du Québec. Un parti qui aura la légitimité d’affirmer faire campagne pour obtenir un mandat qui impliquera sans aucune ambiguïté un référendum.
Je m’intéresse à la politique depuis mes 14 ans. À 19 ans, avec des élections à venir, il ne m’est pas difficile comme il l’est pour bien des militants de longue date, de me tourner vers un parti résolument souverainiste. J’ai d’ailleurs un choix bien marqué qui, j’ose croire, vous apparait en tête. J’ai été membre durant deux ans du Parti Québécois, et je m’en éloigne aujourd’hui avec moins de regret que je ne l'aurais cru. Je m’en éloigne en sachant que je ne quitte pas le navire qui mènera à bon port ma nation bien à moi. Je ne veux pas tomber dans le manque de respect. Je ne veux que soulever une question chez vous, Monsieur le député. Une question qui, chez bien des gens, a pris la forme d’un doute. D’un doute suffisamment nourri pour devenir un changement. Un changement de parcours, mais pas de cap. Car je suis certaine d’une chose : Nous tous qui rêvons de l’indépendance du Québec, voulons y arriver un jour ou l’autre. Maintenant, il s’impose de décider de quelle façon nous voulons parcourir le chemin pour y arriver.
Il y a de ces souverainistes dont l’âme est convaincue. Ces idéalistes, qui exaltent le peuple québécois, seront du voyage peu importe la tempête qui pointe à l’horizon. Il ne faut pas les perdre au gré de quelconques vagues. Ces vagues de scandales qui minent notre société, qui nous enlèvent le goût de parler de dévouement à la démocratie et d’amour de la liberté. C’est vrai, au fond, comment un parti qui a éveillé les passions en parlant d’affranchissement, d’autoréalisation et qui n’a cessé de clamer la hauteur de notre peuple peut aujourd’hui être défini comme un ‘’vieux parti’’ égaré quant à la question nationale? Cet égarement n’est pas sans nuire à l’appui timide que les gens plus posés en politique décident ou non de porter à la souveraineté.
Vous-même, M. Blanchet, ne vous êtes-vous jamais penché sur la possibilité qu’il soit un peu dérisoire pour votre parti de prétendre, dans sa posture actuelle, être le seul véhicule pour amener le Québec à terme? Ne vous êtes-vous jamais laissé bercer par l’idée de retrouver un parti qui, loin de nier tous les enjeux de société, défend d’abord et avant tout la souveraineté, en comprenant évidemment, et si vous êtes souverainiste ceci renforce la donne, que la souveraineté est justement le meilleur moyen de s’émanciper à notre mesure? Notre potentiel est grand, notre avenir est brillant, nous avons besoins de gens. De gens prêts à sacrifier l’aise que procure le connu pour se lancer vers l’inconnu. Des gens l’ont fait en 1968, M. Blanchet. Des gens qui, j’en suis persuadée, vous admirez. Je ne remets pas en question votre allégeance politique, j’espère que vous ne vous méprendrez pas sur mes intentions. Je ne fais que souligner une idée qui se répand. Que transmettre une idée du peuple à un élu. Puisque c’est exactement ça la force de notre démocratie, exploitons-la.
On ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté, il faut la prendre. Ignazio Silone avait entièrement raison, le soir où il a lancé ces paroles. Le Parti Québécois est-il devenu un parti qui mendie sa liberté face à Ottawa? J’imagine qu’actuellement, vous ne croyez pas que c’est le cas. Sinon votre ferveur souverainiste vous aurait déjà redirigé vers un autre parti. Mais le jour où cette question trottera dans votre tête, comme c’est déjà le cas chez de nombreux souverainistes, je vous demande, en tant que citoyenne qui n’attend que la liberté de sa nation, de ne pas vous accrocher au parti qui vous a porté au pouvoir, de ne pas vous accrocher à la réalisation d’un mandat sous la bannière que vous aurez, mais de plutôt prendre conscience que vous êtes un grand député, avec des idées ancrées bien au cœur et de tout faire pour les réaliser, peu importe ce que cela implique.
Pénélope Houle
_ Étudiante en aménagement et urbanisme


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé