Notre ami Mitt

"Actualiser 148 études sur la souveraineté"? P. Marois serait-elle plus proche des sondages que des convictions?...



Durant la pénible campagne électorale de 1998, Jean Charest avait atteint le fond du baril quand son candidat vedette dans Trois-Rivières, Guy Leblanc, l'avait comparé à Maurice Duplessis. Il en parle encore comme d'un cauchemar.
François Legault a dû avaler son café de travers samedi en lisant dans La Presse le compte rendu d'une entrevue dans laquelle sa nouvelle recrue, François Rebello, déclarait que Mitt Romney était «un peu le Legault des républicains».
M. Rebello espérait peut-être corriger ainsi l'impression désastreuse qu'il a faite chez les adéquistes en présentant la CAQ comme «le meilleur instrument pour réaliser la souveraineté», mais depuis quand répare-t-on une gaffe par une autre?
«Vous avez des amis au Québec», a même lancé le député transfuge de La Prairie à l'ancien gouverneur du Massachusetts, à l'issue d'un débat tenu il y a une dizaine de jours à Concord au New Hampshire.
Je ne sais pas dans quelle mesure M. Romney constitue une référence pour les adéquistes, mais, aux yeux de la majorité des Québécois, il est simplement le moins moron de la bande d'extrémistes de droite qui se disputent l'investiture républicaine.
D'ailleurs, M. Legault lui-même se sent certainement beaucoup plus près des positions de Barack Obama, même si sa façon d'adapter le vocabulaire des affaires à la politique traduit une conception unidimensionnelle navrante de la société.
Qu'un admirateur que le chef de la CAQ a décrit comme une «acquisition significative» le compare à un homme aussi dépourvu de charisme, qui ferait passer Gérard Deltell pour un dangereux gauchiste, n'en illustre pas moins à quel point la personnalité politique de M. Legault demeure mal définie, ce qui donne à ses adversaires toute la latitude voulue pour imposer leur propre définition.
***
Le dernier sondage de Léger Marketing a coïncidé avec une semaine plus difficile pour la CAQ, mais il demeure que ses intentions de vote semblent nettement plus fragiles que celles du PLQ ou du PQ. Plus de la moitié (55 %) des électeurs caquistes disent qu'ils pourraient encore changer d'opinion.
Jusqu'à présent, il semble que les attaques du premier ministre Charest, qui qualifie M. Legault de souverainiste de gauche, ont davantage fait mouche que celles de Pauline Marois, qui voit plutôt en lui un fédéraliste de droite. Au moins trois des quatre points perdus par la CAQ au cours du dernier mois ont été récupérés par le PLQ.
Au lendemain de la sortie fracassante de Bernard Drainville, qui a dit craindre la disparition du PQ, certains de ses collègues ont voulu voir dans le sondage de Léger Marketing la preuve que ses propos alarmistes étaient prématurés.
Cette progression d'un petit point se situe cependant à l'intérieur de la marge d'erreur et ramène simplement le PQ à son niveau du mois d'octobre. C'est sans doute mieux qu'une nouvelle baisse, mais il n'y a pas vraiment de quoi pavoiser. Alors qu'il arrivait deuxième le mois dernier, le voilà maintenant troisième.
Certes, en décembre, la maison CROP avait crédité le PQ de seulement 18 % des intentions de vote, mais l'entourage de Mme Marois disait n'accorder aucune foi aux chiffres d'une firme qui était le sondeur attitré de la CAQ. On ne peut pas y voir soudainement une référence valable.
Pour Mme Marois, c'est certainement un baume de constater que la population voit en elle la plus intègre et la plus préoccupée des intérêts des citoyens, mais cela ne change rien au fait que seulement 14 % des personnes interrogées la considèrent comme la meilleure candidate au poste de premier ministre.
***
L'argument le plus souvent invoqué à la défense de Mme Marois est que les difficultés du PQ sont surtout dues à la baisse de faveur de l'option souverainiste, qui expliquerait aussi la défaite du Bloc québécois le 2 mai dernier.
Le sondage de Léger Marketing révèle pourtant une étonnante remontée de la souveraineté qui, à 43 %, est revenue à son niveau d'avril 2011, alors que le PQ est crédité de seulement 25 % des intentions de vote. La souveraineté ne serait donc pas le problème?
L'existence d'une diaspora souverainiste, qui ne veut rien savoir du PQ, est précisément ce qui justifie cette alliance des souverainistes et des progressistes que Bernard Drainville appelait de ses voeux dans son entrevue au Devoir.
Par la voix de son attachée de presse, Mme Marois a fait savoir qu'une telle alliance ne l'intéressait pas. En fermant la porte, au lieu de laisser les militants péquistes en débattre librement, la chef péquiste se peinture dans le coin et en fait encore une fois une question de leadership.
Le conseil national de la fin du mois risque donc de donner lieu à un nouveau psychodrame. D'un côté, ceux qui, comme M. Drainville, voient dans une alliance «l'antidote» à la division du mouvement souverainiste; de l'autre, ceux qui, comme son collègue de Drummond, Yves-François Blanchet, y voient un «piège naïf» tendu par Québec solidaire. Plus ça change...


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->