Prisonniers maltraités en Afghanistan

Nouvelle salve de l'opposition contre le gouvernement Harper

Afghanistan - torture, mensonges, censure et cafouillage



Ottawa - Les trois partis d'opposition aux Communes ont tiré à boulets rouges sur le gouvernement Harper hier, l'accusant de «mentir» à la population à propos du transfert et du suivi des prisonniers afghans faits par le Canada. Pour ajouter à la controverse, un document du Conseil privé daté de novembre dernier affirme que la situation dans le sud de l'Afghanistan se «détériore» et que la faiblesse du gouvernement Karzaï n'a jamais été aussi évidente.
Hier, Le Devoir révélait que la Croix-Rouge n'est pas tenue au courant des enquêtes du gouvernement afghan en ce qui concerne les allégations de mauvais traitements des prisonniers, contrairement à ce que l'entente Ottawa-Kaboul signée le 3 mai dernier stipule noir sur blanc. «Non, ce n'est pas notre rôle de faire cela», a confirmé cette semaine au Devoir Reto Stocker, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge.
Cette révélation a enflammé les partis d'opposition. Le Parti libéral du Canada, le Bloc québécois et le NPD ont ouvert la période de questions avec des attaques bien senties contre le gouvernement. «Le premier ministre va-t-il admettre que, aujourd'hui, les seuls qui enquêtent vraiment sur les allégations de torture en Afghanistan par les autorités afghanes sont les autorités afghanes?», a lancé le chef libéral Stéphane Dion.
Le leader du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a qualifié la saga des prisonniers afghans et les nombreuses contradictions du gouvernement de «royaume du mensonge». «Encore une fois, c'est le cafouillage le plus complet. Le premier ministre peut-il donner l'heure juste et dire si, oui ou non, la Croix-Rouge est régulièrement informée de l'enquête sur les allégations de torture?»
En l'absence du premier ministre Stephen Harper, c'est le leader du gouvernement en Chambre, Peter Van Loan, qui a tenté de défendre l'entente. «L'arrangement supplémentaire ne crée d'aucune façon des obligations pour le Comité international de la Croix-Rouge. Toutefois, cet arrangement oblige le gouvernement afghan à informer le Canada, la Commission afghane indépendante des droits de la personne et le Comité international de la Croix-Rouge des mesures correctives qu'il met en place», a-t-il dit. Or la Croix-Rouge affirme justement ne pas jouer ce rôle et ne pas être informée par le gouvernement afghan. Au ministère des Affaires étrangères, on était toujours incapable hier de préciser si la Croix-Rouge a été consultée avant la signature de l'entente Ottawa-Kaboul.
«L'entente ne vaut pas plus que le papier sur lequel elle est écrite», estime Stéphane Dion, qui juge la situation «très grave». Pour le chef du NPD, Jack Layton, c'est un autre exemple de «l'incompétence» du gouvernement dans ce dossier. «Le gouvernement nous cache des choses et improvise», a-t-il dit.
Pour ajouter à la controverse, le Globe and Mail a mis la main sur un document préparé par les hauts fonctionnaires du Conseil privé, le ministère du premier ministre, dans lequel on prévient le gouvernement que la situation dans le sud de l'Afghanistan se dégrade. «La résurgence des talibans est dramatique», peut-on lire dans ce rapport daté du 9 novembre 2006. Les fonctionnaires estiment qu'il existe désormais «deux Afghanistans»: un pays paisible dans le nord et à Kaboul, un pays instable dans le fief des talibans, au sud. Le document soutient aussi que le gouvernement du président Hamid Karzaï atteint «un nouveau seuil de faiblesse».
Or, quelques mois plus tard, en février dernier, le gouvernement Harper rendait public un rapport qui faisait état de l'avancement de la mission en Afghanistan. Ce document gouvernemental était beaucoup plus positif, s'attardant principalement aux réussites sur le terrain.


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