Un fonds pour indemniser les victimes de la loi 21

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Leur avenir : le harcèlement sera payant


Oui, mesdames et messieurs, vous avez bien lu le titre de ce billet! De l’argent serait versé aux pauvres victimes de la méchante loi 21 grâce à un fonds fédéral, voilà une des propositions du Conseil des musulmans canadiens (CNMC) dans le cadre de sa campagne contre l'«islamophobie». Mais rassurez-vous, le versement de ces compensations serait temporaire, le temps que les tribunaux invalident la loi, car, bien sûr, le CNMC est convaincu que les tribunaux lui donneront raison.


La loi 21 est une cible de choix pour cet organisme. Elle constituerait de l'«islamophobie». Or la loi met toutes les religions sur le même pied en interdisant à certains employés de l’État de porter des signes religieux au travail, notamment les professeurs. Où est la discrimination contre les musulmans?


Parallèlement à son attaque infondée contre la laïcité québécoise, le CNMC est curieusement silencieux en ce qui touche les écoles catholiques de l’Ontario, subventionnées par l’État. Si vous êtes musulman, vous n’avez pas le droit d’y enseigner, pas plus que les autres non-catholiques. Voilà une véritable discrimination. Pourquoi le CNMC n’accuse-t-il pas l’Ontario d'«islamophobie»?








Par ailleurs, l’organisme souhaite multiplier des mécanismes de surveillance, de dénonciation et de sensibilisation à l’islamophobie. Différents corps de fonctionnaires recevraient des formations en ce sens, il y aurait des bourses et des chaires de recherche, même des subventions artistiques pour promouvoir l’acceptation de l’islam. Toutes les facettes de la vie en société seraient organisées pour lutter contre l'«islamophobie». Le but recherché ici est de museler toute critique de l’islam.


Autre exemple, les organismes gouvernementaux seraient tenus de ne pas utiliser des sources d’information biaisées sur l’islam. C’est un gros problème, voyez-vous, car il existerait une «industrie de l’islamophobie». Ce concept mérite qu’on s’y attarde, car il est utilisé par une autre organisation, la Muslim Association of Canada (MAC), qui se réclame ouvertement du fondateur des Frères musulmans d’Égypte, une mouvance extrémiste.


La MAC a reçu de l’argent de l’Ontario pour produire des vidéos éducatives destinées aux élèves de la province. L’une d’elles explique ce qu’est «l’industrie de l’islamophobie». Cette manufacture de haine des musulmans serait le fruit d’un complot ourdi par les chrétiens, les féministes... et les sionistes! Que voulez-vous? Toute théorie de complot qui se respecte met les juifs en accusation!





Cette situation illustre l’incroyable efficacité du concept d’islamophobie. Des propos ouvertement antisémites sont tenus dans les écoles ontariennes et qu’est-ce qui en résulte? Rien. De peur de se faire traiter d’islamophobe, personne n’ose critiquer cette situation au Canada anglais, tout ça tandis que le Québec y est parfois comparé à l’Allemagne nazie.


La MAC, qui est financée à coup de centaines de milliers de dollars par Ottawa et Toronto, organise aussi des émissions web contre l’islamophobie. Muna Saleh, une universitaire albertaine, y a récemment participé. Elle est revenue sur des idées qu’elle a développées dans cet article. La professeure y explique qu’au Canada, le sécularisme (la séparation de l’Église et de l’État) repose sur le suprémacisme blanc chrétien et sur une hiérarchie des pouvoirs raciaux. Le tout sert à exclure de la nation ceux qui ne sont pas chrétiens.


L’école serait au centre de ce dispositif. La solution que propose Muna Saleh est de reconfessionnaliser les écoles. Il s’agirait de créer au sein de celles-ci «des espaces de soutien à la foi et à la spiritualité», lesquels bien sûr bénéficieront aux musulmans intégristes.


Comme l’écrivait le politologue français Raymond Aron, séparés en sectes et en tribus, certains musulmans peinent à s’identifier à l’État, à la nation, et à séparer la religion du politique. C’est exactement ce qu’illustre la présente campagne contre l’islamophobie.


La tolérance, le sécularisme et l’idée d’une communauté nationale comptent parmi les fondements des démocraties occidentales. Au Canada, non seulement on ne défend pas cet héritage, mais en plus on verse l’argent de nos taxes à des groupes pour le pourfendre.



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Frédéric Bastien121 articles

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Titulaire d'un doctorat en relations internationales de l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, Frédéric Bastien se spécialise dans l'histoire et la politique internationale. Chargé de cours au département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal, il est l'auteur de Relations particulières, la France face au Québec après de Gaulle et collabore avec plusieurs médias tels que l'Agence France Presse, L'actualité, Le Devoir et La Presse à titre de journaliste. Depuis 2004, il poursuit aussi des recherches sur le développement des relations internationales de la Ville de Montréal en plus d'être chercheur affilié à la Chaire Hector-Fabre en histoire du Québec.





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