Le Fruit est mûr. Vraiment ?

Le projet libéral actuel de réforme du mode de scrutin n'a rien à voir avec la véritable représentation proportionnelle

Chronique de Bernard Desgagné

Réponse à l'éditorial [Le Fruit est mûr->5789] de Bernard Descôteaux, dans Le Devoir du 3 avril 2007

Contrairement à ce que prétend M. Descôteaux dans Le Devoir du 3 avril 2007, le projet libéral actuel de réforme du mode de scrutin n'a rien à voir avec la véritable représentation proportionnelle. Il vise simplement à favoriser le Parti libéral en donnant davantage de députés libéraux à la population anglaise de l'Ouest de Montréal, dont le comportement électoral est purement tribal.
Les libéraux veulent réduire le nombre de circonscriptions à 77 et créer des districts électoraux regroupant en général 3 circonscriptions. En plus des députés de circonscription, deux députés seraient élus par district selon un système compensatoire. Par exemple, si les libéraux obtenaient une très forte majorité des votes dans trois circonscriptions de l'Ouest de Montréal, ils auraient deux députés additionnels pour le district regroupant ces trois circonscriptions. Dans le reste du Québec, comme les électeurs sont plus divisés, il est probable qu'il y aurait peu de changement, dans l'ensemble.
Aux dernières élections, il y a fort à parier que les résultats auraient à peu près été les mêmes si la prétendue réforme libérale avait été en vigueur. Les libéraux auraient obtenu des députés supplémentaires à Montréal et quelques députés de moins dans le reste du Québec.
Le projet de loi libéral ne permettra aucunement aux partis qui obtiennent 3 ou 4 % des votes dans l'ensemble du Québec d'être représentés par quelques députés à l'Assemblée nationale. Au contraire. Les seuls partis qui gagneront quelque chose sont ceux dont le vote est concentré dans certaines régions. Québec Solidaire et les Verts seront tout aussi marginalisés qu'aujourd'hui.
Pour comprendre plus exactement les effets probables de la réforme proposée, il faudrait faire des simulations mathématiques. On pourrait par exemple faire des simulations à partir des résultats des élections de 1998, 2003 et 2007 et d'une nouvelle carte électorale hypothétique avec circonscriptions et districts. On se rendrait très probablement compte de la futilité de la réforme proposée, qui ne ferait que maintenir la domination libérale et accentuer le poids des Anglais et des communautés culturelles, qui choisissent encore majoritairement l'anglais au Québec plutôt que le français.
Il est à espérer que le rapport sur la réforme du mode de scrutin devant être publié par le directeur général des élections en juin comprendra de telles simulations. Sinon, il faudra que les médias s'en chargent avec la collaboration de quelques spécialistes de la question. La population et ses élus doivent bien comprendre les conséquences probables de la réforme libérale du mode de scrutin avant de l'appliquer au détriment d'une réforme vraiment démocratique.
J'invite les Québécois à prendre connaissance du subterfuge libéral, qui vise à détourner le concept de représentation proportionnelle à l'avantage des Anglais. Aux dernières élections, les libéraux ont eu le vote d'une personne sur quatre seulement parmi les Québécois qui acceptent le français comme langue commune. En revanche, ils ont eu l'immense majorité des votes de ceux qui préfèrent s'exclure volontairement du reste de la société québécoise en vivant constamment en anglais, plus branchés sur Toronto et New York que sur le Québec.
Le Parti libéral dirige le Québec en étant le parti de la langue anglaise, du fédéralisme dominateur et de la minorisation perpétuelle de la nation québécoise. Si son projet de prétendue réforme électorale devient réalité, on peut s'attendre à ce qu'il n'y ait aucun gain démocratique véritable et que le Québec continue de s'enliser dans l'asservissement et le déclin national.
Avant-projet de loi électorale des libéraux
Bernard Desgagné

Gatineau, Québec


Laissez un commentaire



1 commentaire

  • Jacques Bergeron Répondre

    4 avril 2007

    Cher monsieur, je viens de lire avec un plaisir non dissimulé votre article sur le fruit mûr de M. Descôteaux, auquel j'ai écrit hier. Depuis le 5 mars 2003, j'ai écrit plusieurs articles (dont un fut publié dans LE Devoir du même mois)sur ce sujet.Encore hier je me suis permis de dénoncer les thuriféraires du mode de scrutin à la proportionnelle, qui se couvrent du manteau d'une «nouvelle démocratie» afin de mieux faire passer leur message, honteux quant à moi, puisque pour ce faire ils ne se préoccupent pas des effets néfastes de leur projet, ni du fait qu'ils se sont alliés à des fédéralistes
    ( Ryan avant qu'il ne décède, Lisa Frula entres autres libéraux, Jean Allaire de L'ADQ et Paul Cliche, d'abord de philosophie socialiste avant toute autre chose ) pour le défendre.Peu leur importe que ce projet joue en faveur des Libéraux/fédéralistes/ennemis de notre idéal, le principal pour eux et elles étant d'entrer à l'Assemblée nationale, par la porte arrière s'il le faut,même si le peuple leur refuse ce droit.Et ces gens se permettent de se placer sous le
    «parapluie» d'une nouvelle démocratie(quelle honte) afin de poser un geste anti-démocratique s'il en est un, pour atteindre leur objectif.Quant à moi, j'ai soumis très humblement à tous les partis politiques (avec envoi de textes et de mémoires) que la modification du mode de scrutin pourrait et devrait se situer à l'intérieur d'un projet «démocratique» de mise sur pied d'une constitution du Québec, projet qui serait construit avec l'aide des citoyens et citoyennes de toutes les régions du Québec qui verraient à définir le genre de pays dans lequel ils veulent vivre. Je termine en vous disant que vous n'êtes pas seul à livrer cette bataille contre le projet des «4» groupes, (dont les membres sont souvent les mêmes) de modification du mode de crutin. Il me ferait plaisir de vous faire parvenir les documents dont il est ici question, si vous le souhaitez. Merci de nouveau d'avoir écrit ce très bon texte contre un projet qui ne peut faire plaisir qu'aux ennemis du Québec et à ceux et celles qui souhaitent «envahir» l'assemblée nationale sans avoir obtenu l'aval de la population du Québec.