«Le gouvernement a fait ses devoirs», selon Djemila Benhabib

B86873c325aea3357a01e2ca4ae1dc38

Le gouvernement gouverne pour la majorité

(Trois-Rivières) Le dépôt, jeudi matin, du projet de loi de la charte des valeurs de laïcité par le ministre Bernard Drainville a continué d'alimenter les discussions sur le sujet un peu partout au Québec, dont ici dans la région.
L'ancienne candidate du Parti québécois dans Trois-Rivières et auteure du livre Ma vie à contre-coran, Djemila Benhabib, accueille très favorablement ce projet de loi, et dit même en faire une «victoire personnelle». «Le gouvernement a fait ses devoirs et a tenu compte de l'avis de la population. Je suis très fière d'avoir présenté, dans le cadre de ma campagne électorale, les prémisses de cette charte aux côtés de la première ministre», clame Mme Benhabib.
Cette dernière se réjouit des modifications apportées au texte initial, notamment au niveau du délai désormais prescrit pour l'application de la loi dans les différents organismes publics, écartant du même coup la possibilité de retrait en favorisant une transition. «Ça ne permet plus la mise en place d'une laïcité à plusieurs vitesses», constate Mme Benhabib, ajoutant en riant qu'elle s'attend à ce que le titre lui-même fasse l'objet de nombreuses critiques.
«Il fait pratiquement 10 kilomètres de long! En même temps, ça traduit très bien la complexité du débat, qui doit englober à la fois la laïcité, la neutralité de l'État, l'égalité hommes-femmes et les accommodements religieux. Mais à mon avis, avec ce projet de loi, les valeurs québécoises sont mieux définies», croit-elle.
Quant aux possibles contestations à venir, Mme Benhabib dit faire confiance à la sagesse des Québécois et continuera de suivre attentivement l'avancement de ce projet de loi.
Spécialiste de l'histoire socioreligieuse au Québec et professeure à l'UQTR, Lucia Ferretti croit pour sa part que la règle voulant que toute personne embauchée après l'adoption de la loi devra se soumettre immédiatement à ces nouvelles mesures entraînera forcément une transition qui devrait se faire plus naturellement dans la fonction publique.
En effet, le milieu de la santé pouvant bénéficier de neuf ans pour son application, et les autres milieux publics de cinq ans, plusieurs personnes se dirigeront vers la retraite durant cette transition alors que les nouveaux employés arriveront déjà en ayant pris conscience des règles imposées par Québec, remarque-t-elle.
En maintenant sa position initiale sur le port des signes religieux ostentatoires, le gouvernement envoie le message qu'il répond à la demande d'une partie considérable de la population, croit Mme Ferretti. «Le gouvernement gouverne pour la majorité», ajoute-t-elle.
Quant aux opposants à la charte, la spécialiste souligne que l'opposition est souvent venue de groupes de pression, de personnes ayant des intérêts financiers vis-à-vis ces groupes et de partis politiques souvent financés par des minorités qui défendent ces intérêts. «Ce sont des gens qui ont intérêt à ce que ça dérape, et leurs façons de faire ne sont pas des plus nobles», constate celle qui croit qu'une grande majorité de la population, y compris les femmes portant le voile, accepteront de se plier à cette loi si elle est adoptée. «Un emploi dans la fonction publique, ce n'est pas négligeable de nos jours», fait-elle remarquer.
À la Ville de Trois-Rivières, la position est claire: dès que la loi entrera en vigueur, elle sera appliquée. «Pour l'instant, avec le texte qui est présenté, si la loi doit être votée, nous la respecterons et nous allons nous y conformer», signale le porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, Yvan Toutant. Ce dernier admet que la réalité de port de signes religieux ostentatoires n'est pas tellement présente au sein de la fonction publique de la Ville de Trois-Rivières.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé