Le registre et la politique de la terre brûlée (1)

Tribune libre

Dans le dossier de l’abolition du registre fédéral des armes d’épaule, le gouvernement Harper va beaucoup plus loin que de faire cesser la collecte des renseignements auprès des citoyens, que de faire cesser son usage par les forces policières du pays et que de réduire à zéro ses coûts d’opération. Il pratique la politique de la terre brûlée en refusant de maintenir une copie des données du registre collectées jusqu’à date et surtout en refusant de remettre à une province, qui en ferait la demande, un copie de la base de données sur les armes d’épaule détenues sur son territoire.
Parce que le gouvernement Harper a décidé d’abolir le registre fédéral des armes d’épaule, le jugeant inutile, inefficace et coûteux, il veut s’assurer qu’un autre gouvernement fédéral, conduit par un autre parti politique, ne pourra le faire à peu de frais. Il veut également rendre la tâche beaucoup plus coûteuse et difficile à une province qui voudrait opérer un tel registre sur son territoire et cela même si l’utilisation d’un tel registre se ferait dans le respect d’un champ de compétence partagée. En haussant le coût fixe de repartir une tel opération au niveau provincial, le gouvernement Harper veut imposer, «une fois pour toutes», SA solution aux gouvernements provinciaux. Cette façon d’agir, digne la politique de la terre brûlée, va totalement à l’encontre de l’esprit de coopération qui devrait animer les gouvernements fédéral et provinciaux dans les champs de compétence partagée. Les provinces sont davantage perçues comme étant des ennemis que des partenaires. Cette façon d’agir reflète, encore une fois, le désir d’imposer des solutions fédérales dans les champs de compétence des provinces.
L’argument qui consiste à refuser de donner à une province une copie des données reliées à son territoire sous prétexte que la base de données est incomplète est un argument de piètre qualité. C’est un peu comme si le gouvernement fédéral voudrait protéger les provinces contre leur propre incompétence. Les provinces qui font une telle demande savent que les données sont incomplètes, mais jugent qu’elles seraient immédiatement utiles et un bon point de départ pour y apporter des améliorations futures.
Il y aurait peut-être une autre raison pourquoi le gouvernement Harper ne veut pas que des provinces aient leur propre registre des armes d’épaule. Il a peut-être peur que son usage démontre aux Canadiens dans les années à venir qu’un tel registre est utile, efficace et peu coûteux…
(1) La politique de la terre brûlée est une tactique consistant à pratiquer les destructions les plus importantes possibles, impliquant, en cas de conflit militaire, de détruire ou d'endommager gravement ressources, moyens de production, infrastructures, bâtiments ou nature environnante, de manière à les rendre inutilisables par l'adversaire.

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Jean-Pierre Aubry27 articles

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Économiste avec plus de 35 ans d’expérience dont 30 ans à la Banque du Canada. Membre du Comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois Fellow associé du CIRANO





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    24 novembre 2011

    Que le gouvernement Harper portent les plus gros sabots que le fédéral ait jamais chaussés, soit. Et ce n'est surtout pas le NDP qui va l'enfarger!
    Mais il demeure que le registre fédéral des armes longues n'aura surtout servi qu'à mettre «en sécurité», au coût de 2 milliards, les fusils des coureurs des bois et chasseurs de canards. Et à servir de tremplin à tout ce qui grouille, grenouille et scribouille dans le monde des anti-chasse, jusqu'à faire du profilage social à l'encontre des disciples d'Orion et de Diane.
    Pour mémoire, Lépine n'était pas un chasseur et l'utilisateur d'armes à autorisation restreinte de Dawson non plus. Pas plus que les HA et les gangs de rue de Vancouver, Toronto et Montréal.