Les tweets jugés «racistes» de Trump étaient-ils une stratégie pour diviser le parti démocrate ?

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Avec ses tweets incendiaires, Trump vise l'éclatement du parti démocrate


En appelant des élus de gauche à retourner dans leur pays d'origine, Donald Trump s'est attiré les critiques de ses adversaires, qui le qualifient de «raciste». Il a surtout semé la discorde au sein d'un parti démocrate déjà divisé en vue de 2020.


Et si Donald Trump était plus fin stratège qu'il n'y paraît ? Par ses déclarations jugées «racistes» – ce dont il se défend – à l'encontre de quatre élues de l'aile gauche du parti démocrate, le président américain a déclenché une nouvelle polémique dans son pays dont il semblait difficilement pouvoir sortir vainqueur.


Pourtant, en quelques jours seulement, le chef d'Etat commence déjà à en récolter les fruits auprès de sa base et même au-delà. De façon consciente ou inconsciente, le locataire de la Maison Blanche a en effet nourri les graines de la division d'un parti démocrate écartelé entre sa frange radicale et sa partie plus centriste. Retour sur une séquence politique qui va laisser des traces dans l'optique de la campagne présidentielle de 2020.


«Pourquoi ne retournent-elles pas [d'où] elles viennent»


C'est via son média favori, Twitter, que Donald Trump a lancé le 14 juillet un message qui allait provoquer un nouveau chaos dans lequel il navigue visiblement mieux que ses adversaires. «Tellement intéressant de voir les élues "progressistes" démocrates du Congrès [...] désormais dire haut et fort et de manière perfide à la population des Etats-Unis, la plus grande et la plus puissante nation de la Terre, comment notre gouvernement doit être dirigé», a-t-il ainsi attaqué, estimant que ces élues étaient «originaires de pays dont les gouvernements sont dans une situation totalement catastrophique, les pires, les plus corrompus et ineptes au monde (si même ils possèdent un gouvernement qui fonctionne)».


Et de conclure par une formule dans laquelle se sont engouffrés ses adversaires démocrates : «Pourquoi ne retournent-elles pas dans ces endroits dont elles viennent, totalement défaillants et infestés par la criminalité, pour les aider à se rétablir.»


Le parti démocrate poussé vers son aile gauche


Difficile d'imaginer que le président américain, régulièrement accusé d'être raciste depuis qu'il est entré en politique, ne savait pas à quoi s'attendre en suggérant une telle idée. Sans surprise, sa sortie a suscité un tollé unanime au sein du camp démocrate, qui a dénoncé dans la foulée des propos qualifiés de «racistes» et «xénophobes». Issues des minorités, les quatre démocrates prises pour cible par Donald Trump, Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib, sont les nouveaux visages du parti et incarnent son aile gauche, très virulente notamment contre la politique migratoire de l'administration Trump mais aussi contre le soutien des Etats-Unis au gouvernement israélien.


 

Loin de s'excuser, le chef d'Etat a réitéré ses attaques contre «la bande» – le surnom des quatre élues dans la presse – dans les jours qui ont suivi. «Nous ne serons jamais un pays socialiste ou communiste. Si vous n'êtes pas heureux ici, vous pouvez partir. C'est votre choix, et uniquement votre choix», a-t-il déclaré dans une litanie de tweets, dénonçant la haine qu'elles entretiennent selon lui vis-à-vis des Etats-Unis et d'Israël.


Or, en les plaçant au centre des débats, Donald Trump semble avoir une idée bien précise derrière la tête dont il ne s'est d'ailleurs guère caché : contraindre les caciques démocrates, beaucoup plus centristes que «la bande», à se rassembler derrière elles. A un an des élections, le calcul est simple pour le locataire de la Maison Blanche : pousser l'appareil démocrate le plus possible sur son aile gauche qui ne fait pas recette auprès de la majeure partie des électeurs démocrates et encore moins des centristes.


En effet, si elles disposent des faveurs des médias qui leur offrent une plateforme conséquente et ont une influence non négligeable sur les réseaux sociaux, celle-ci ne se traduit pas encore dans les urnes. A l'heure actuelle, le grand favori de la primaire démocrate reste Joe Biden, l'ancien vice-président de Barack Obama, qu'il est difficile de placer à l'aile gauche du parti, même s'il lui fait un appel du pied en ce début de campagne. Et si l'on en croit le dernier sondage de YouGov effectué entre les 12 et 14 juillet, les deux têtes de proues de «la bande», AOC et Ilhan Omar, sont très majoritairement vues de façon défavorable par l'opinion, notamment par les indépendants.


Une procédure de destitution qui met en lumière les divisions


Les têtes pensantes du parti démocrate sont par ailleurs bien conscientes qu'il serait dangereux électoralement pour eux de glisser encore plus à gauche. Depuis des mois, Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, fait ainsi son possible pour tenir à l'écart cette minorité qui entend pousser le parti dans sa direction. Au point d'irriter et de s'attirer les foudres de la plus médiatique d'entre elles, Alexandria Ocasio-Cortez.


 

Dans une interview publiée le 10 juillet par le Washington Post, quelques jours à peine avant le fameux tweet de Donald Trump, cette dernière s'était plainte de cet état de fait : «Quand ces commentaires ont commencé pour la première fois, je pensais bien que [Nancy Pelosi] maintenait éloigné le flanc progressiste afin de protéger les membres plus modérés, ce que j'ai compris. Mais les mises à l'écart répétées [...] ont atteint un point pour devenir totalement irrespectueuses. [...] [Il s'agissait de] mises à l'écart explicites de femmes de couleur nouvellement élues.»


Ces dissensions sur lesquelles appuie Donald Trump ont une nouvelle fois éclaté au grand jour à l'occasion de la procédure de destitution lancée le 17 juillet par le démocrate Al Green, en raison des attaques verbales du président américain contre les quatre élues démocrates. Le texte a été rejeté à une large majorité (332 pour et 95 contre), alors même que les démocrates contrôlent la chambre basse du Congrès, illustrant la division qui règne au sein du parti. Plutôt que de pencher du côté des «progressistes», de nombreux élus démocrates se sont alliés aux républicains pour reporter l'examen de cette motion à une date indéterminée ; en d'autres termes l'enterrer.


De son côté, Donald Trump tire les marrons du feu : selon un un sondage d'opinion Reuters/Ipsos, le soutien au président américain a progressé de 5% dans son camp à la suite de la polémique, s'établissant à 72% parmi les personnes interrogées se disant républicaines. Avec des indicateurs économiques largement dans le vert depuis qu'il a pris le pouvoir, le parti démocrate, plus divisé que jamais, se trouve face une équation des plus complexes à résoudre pour reprendre le pouvoir dans un an.


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