Identité nationale française

Non, la France n'est pas un contrat!

FRANCE - débat sur l'identité nationale

En France, le débat sur l’identité nationale, par les polémiques qu’il soulève, est riche d’enseignements. Il nous oblige à nous pencher sur notre Histoire et par exemple à réfléchir sur les origines du mythologique « pacte républicain ».
Comment refuser le débat sur l’identité nationale, lancé par le Gouvernement ? Chacun a le droit de ne pas y participer. Chacun a le droit d’y participer pour dire qu’il n’y a pas d’identité nationale. Ou qu’elle n’est pas celle que l’on croit. Mais personne n’a le droit de s’opposer au droit de débattre, comme le fait un groupe de personnalités, sur le site Médiapart qui décident pour les autres ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils doivent penser. Ce « débat sur le débat » est absurde mais symptomatique et finalement, riche d’enseignements : il y a bien des questions taboues en France, à commencer par la question essentielle « Qui sommes nous ? ».
En témoigne par exemple la proposition d’Eric Besson, dans toute sa bêtise maladroite : faire signer une charte des droits et des devoirs à tous les jeunes Français, le jour où ils deviennent majeurs, « quelque chose qui les attache à la République ». La critique de cette proposition est évidente : que fait-on lorsqu’un jeune, à 18 ans l’âge de toutes les révoltes, refuse de signer ? Et n’était-il pas déjà Français, avant d’être majeur, ne devait-il pas respecter les lois ? Mais la proposition Besson, déjà morte avant d’être officialisée, met le doigt sur la faiblesse d’une idée-valise, souvent acceptée sans discussion, celle du « pacte républicain ».
Mais qu’est-ce au juste que ce « pacte », quel est ce « contrat » que l’on est obligé de signer ? Car le fait d’être Français, dans la grande majorité des cas, ne relève pas d’un choix. On ne décide pas d’être Français. Si la République est un « contrat », au lieu d’être simplement la res publica, la chose publique, alors elle n’est pas la Nation, elle n’est pas la France. Car celle-ci est une donnée de l’histoire et non le fruit de la volonté éclairée de citoyens majeurs signant un accord. Paradoxe : la proposition Besson nous démontre que l’identité nationale, ce n’est pas la République...
Mythologie républicaine
D’où vient donc cette idée absurde de « pacte républicain », qui est pourtant la quasi doctrine officielle de nos politiciens de droite comme de gauche ? Elle a évidemment une « grande ancêtre », la fameuse idée de « Contrat social » de Jean-Jacques Rousseau. Sous sa forme originelle, c’est la matrice de la plupart des totalitarismes modernes. L’homme, nous dit Rousseau, abdique irrévocablement sa liberté individuelle en faveur de la volonté générale, dans laquelle il retrouve la première, intacte. Le cas échéant, « on le forcera d’être libre ». Promesse tenue par la Révolution française, Robespierre, Saint-Just et son « pas de liberté pour les ennemis de la Liberté », la Terreur, la loi des suspects, la Vendée martyrisée... promesse reprise par les différentes formes de communisme, leurs ennemis du peuple massacrés, leurs goulags...Dans le meilleur des cas, le Contrat social donne le droit à la majorité d’opprimer la minorité. Mais bien souvent, une infime minorité (le Comité de Salut public, le Parti) s’auto-proclame incarnation de la Volonté générale et impose ses vues à l’ensemble de la population.
En France, le projet rousseauiste n’a pas survécu aux quelques années de folie révolutionnaire, du moins sous sa forme pure et dure. Si tôt le calme revenu, on est bien obligé d’admettre que la France est une donnée historique, que les gens qui sont Français n’ont pas demandé à l’être (pour la plupart). Néanmoins, le Contrat social, qui a justifié la destruction de tous les corps intermédiaires, de toutes les libertés et franchises de l’Ancien Régime, au profit d’un jacobinisme étouffant, reste une référence, une idéologie toujours largement à l’œuvre notamment sous la IIIème République.
Avant la Révolution, autre paradoxe, l’intégration de Provinces nouvelles au Royaume, se faisait souvent sur la base d’actes juridiques qui ressemblaient beaucoup à de vrais contrats (ce sont parfois des contrats de mariage comme pour Anne de Bretagne), plus ou moins volontaires, il est vrai, mais offrant des garanties telles que le maintien de coutumes, de privilèges, d’exemptions, etc...c’est tout cela que l’idéologie du Contrat social a permis de casser, grâce au mythe commode de l’individu « contractant » avec la majorité. Résultat : tout le monde dans le même moule, « interdit de cracher et de parler breton ».
Jusqu’à ces dernières décennies, l’hypocrisie subsistait : le « pacte » comme mythologie de la République cohabitait avec la réalité de la Nation française, fruit du temps, de l’Histoire politique et de la géographie. La théorie ne gênait pas trop la pratique. Cette situation aurait pu durer encore longtemps, entre Français partageant une langue commune et des modes de vie très proches : le mariage monogame par consentement mutuel, le repos hebdomadaire et le calendrier chrétien, des principes de Justice hérités du droit romain, très peu d’interdits alimentaires, la séparation du temporel et du spirituel (bien avant la laïcité républicaine), etc...
L’Islam change la donne
Au cours des XIXème et XXème siècles, des centaines de milliers d’étrangers s’intègrent à la France, des Italiens, des Espagnols, des Polonais, des Russes...non sans difficultés, mais ils s’intègrent. Est-ce par un effet bénéfique du « pacte républicain » ? Ou bien plutôt parce que leurs racines culturelles, leur religion, leur mœurs, leur conception du mariage et de la famille étaient les mêmes que celles des Français ? N’est-ce pas la « longue Histoire » commune des peuples européens qui permet l’intégration, plutôt que la conception moderne, abstraite, du « Contrat » social ou républicain ?
C’est l’Islam qui fait éclater l’hypocrite mythologie du « pacte républicain ». Non pas la religion en tant que telle, mais les conséquences sociales et politiques du Religieux. L’islam ignore la distinction du Temporel et du Spirituel, il admet la polygamie, n’exige pas de consentement formel lors d’un mariage. Ses obligations alimentaires sont contraignantes. Sa pratique religieuse envahit et imprègne l’espace public. Une bonne musulmane doit porter un vêtement distinctif qui, au minimum, cache une partie du visage. La langue du Coran, l’Arabe, n’a quasiment pas de liens avec les langues indo-européennes et s’appuie sur un alphabet radicalement différent du nôtre. Enfin, le droit qui inspire les sociétés musulmanes repose sur des bases infiniment éloignées de nos fondements juridiques romains.
Tout cela n’empêche pas certains de dire : « hier, nous avons intégré les Italiens, grâce à la République, donc, demain, nous intègrerons les Algériens et les Turcs... » La République s’aveugle volontairement. Elle a certes des obligations, nées de l’héritage colonial, des milliers de musulmans morts pour la France, ou encore de l’utilisation du travail de centaines de milliers d’immigrés qui ont reconstruit la France après la guerre. Mais ces obligations ont changé de nature avec l’indépendance de tous les pays de l’ancien Empire français. Ce sont maintenant des obligations d’État à État, qui d’ailleurs prennent la forme de véritables contrats, des traités de coopération. Il n’y a nulle obligation morale à accueillir sans limite les ressortissants de ces pays.
Alors, si cette idée de faire signer un papier à des gens qui sont déjà Français, quelle que soit leur origine, « n’a pas de bon sens » comme diraient nos cousins Québécois, en revanche, le fait de demander à ceux qui veulent devenir Français, de signer une charte des Devoirs (par définition, ils acceptent les Droits...), ne serait pas une mauvaise chose, loin de là.
Ce serait aussi demander à la République de redevenir ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être, non pas un Contrat mythique et dangereux, mais la res publica de la Nation française, fondée sur un socle de valeurs communes qui permettent de vivre ensemble.
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