De Caouette à Dumont

À plusieurs égards, l'Action démocratique rappelle l'ancien Crédit social

ADQ - De l'identité à l'autonomisme - La souveraineté confuse



En 1972-73, à titre de stagiaire parlementaire à la Chambre des Communes, j'avais été chargé de travailler pendant quatre mois pour un parti disparu depuis lors, le Crédit social.
Son chef était Réal Caouette et les députés du parti étaient tous issus de la campagne québécoise: Portneuf, Lotbinière, Champlain, Bellechasse, Rimouski, Rivière-du-Loup, Abitibi, et autres circonscriptions semblables. Les membres du parti s'intéressaient par-dessus tout à trois questions: la protection de la langue française, la politique touchant les produits laitiers et l'assurance-chômage.
Ils ne connaissaient presque rien du reste du Canada et, franchement, ils se souciaient peu d'en savoir plus. Leur monde était celui des petites villes du Québec. Ils étaient à juste titre fiers de leur province et ils faisaient preuve de pas mal de nationalisme pour défendre ses intérêts.
Pour la plupart d'entre eux, Montréal était un lieu éloigné qu'ils traversaient pour se rendre à Ottawa depuis leur circonscription.
C'étaient des gens très gentils, amicaux. Parmi eux, un seul ou deux parlaient anglais. Bien que conservateurs sur le plan social, ils étaient en fait favorables à un État interventionniste à la condition que ce dernier injecte de l'argent dans leurs circonscriptions et leurs régions.
L'idéologie n'était pas leur fort.
Quelques-uns des députés plus âgés croyaient encore à la doctrine du fondateur du mouvement du Crédit social, le major Douglas. Celui-ci prônait l'impression d'un tas d'argent pour régler les problèmes économiques. Les plus jeunes ne prêtaient aucunement foi à cette doctrine, ce qui provoquait parfois des tensions entre les vieux croyants et les jeunes non-croyants.
L'année suivante, The Globe and Mail m'avait confié, à titre de jeune reporter, la couverture de tout l'est du Québec lors de la campagne électorale de 1973. J'ai parcouru certaines de ces circonscriptions et aussi le Saguenay, la Côte nord, les banlieues de Québec et la Beauce.
René Lévesque et le Parti québécois participaient à ces élections et le nouveau parti fit assez bonne figure dans nombre de circonscriptions fédérales représentées par les créditistes. Certains des plus jeunes députés du Crédit social, les plus nationalistes d'entre eux, finirent par quitter le parti pour joindre les rangs du PQ. J'ignore où sont allés les plus vieux députés du Crédit social lorsque le parti perdit tous ses sièges.
Quoiqu'il en soit, en observant les résultats des dernières élections québécoises et la montée de l'Action démocratique, je me suis rappelé ma jeunesse avec les créditistes et les débuts de ma carrière de reporter sillonnant l'est du Québec.
Importantes différences
Bien sûr, il existe d'importantes différences entre les créditistes et l'ADQ. L'ADQ compte beaucoup plus de jeunes partisans, des professionnels et d'autres personnes instruites. Ce n'était pas le cas des créditistes. Sa clientèle était vieille. L'ADQ a un chef jeune en la personne de Mario Dumont. Lorsque j'ai travaillé pour les créditistes, Caouette était un vieil homme. Dumont est excellent à la télévision, Caouette ne l'était pas. Mais il faut dire que la télé n'avait pas la même importance au début des années 1970 comparativement à aujourd'hui.
Tout le spectre politique a changé au Québec depuis le début des années 1970.
Lorsque j'ai travaillé pour les créditistes, le nationalisme signifiait être fier du Québec et défendre ses intérêts exclusivement au sein du Canada. Toutefois, depuis les élections provinciales de 1973, le séparatisme, sous une forme ou sous une autre, a toujours fait partie des élections provinciales.
Il reste que certaines contradictions et certains griefs qui étaient apparents dans le mouvement créditiste sont évidents dans l'ADQ. Les créditistes se méfiaient d'un gouvernement obèse parce que cela nécessitait trop d'impôts, sauf pour les dépenses dans leurs circonscriptions et leurs régions pour le développement économique, les subventions aux produits laitiers et l'assurance-chômage. Cette approche ne se retrouve-t-elle pas dans le programme de l'ADQ qui souhaite un gouvernement à la taille amincie et des impôts moins lourds tout en consacrant plus de dépenses aux régions?
Les créditistes étaient mal à l'aise en ce qui concerne l'immigration. Leurs circonscriptions comptaient pas ou peu d'immigrants depuis l'époque où les colons français avaient délogé les autochtones. Mais l'arrivée de nouveaux venus arrivés d'autres parties de la planète les ennuyait quelque peu.
J'ignore ce que mes vieux amis créditistes penseraient des demandes de l'ADQ concernant l'autonomie du Québec au sein du Canada. Qui peut comprendre une phrase si vague? Mes amis créditistes ne jouaient pas sur les mots. Ils parlaient du coeur, sans détours et clairement.
M. Dumont lui-même sait-il ce que cela signifie? Si cette politique correspond à la définition de l'autonomie que l'on trouve dans les dictionnaires, soit l'indépendance et/ou l'autodétermination, et si cela devient la politique, ne serait-ce qu'en partie, du nouveau gouvernement du Québec, cette approche sera complètement rejetée par le reste du Canada.
L'auteur est chroniqueur politique au Globe and Mail.


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