La loi 101 au collégial suscite des contestations

Cégep en français

Étudier dans un cégep anglophone, ce n'est pas renier sa langue maternelle, font valoir des élèves francophones de Dawson.
Photo: André Pichette, La Presse

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Émilie Côté - «Je vote pour le PQ et je viens d'une famille souverainiste. Même mon père, ça ne le dérange pas que je vienne au cégep ici», lance Thierry Lord, un jeune francophone qui étudie la photographie à Dawson, un collège anglophone.
Lui et son camarade Mathieu Sirois sont tout à fait d'accord avec l'application de la loi 101 dans les écoles primaires et secondaires. Mais pas au niveau collégial. «C'est important de protéger le français au Québec, mais il ne faut pas aller à l'extrême», fait valoir Mathieu, qui, à 26 ans, fait un retour aux études.
Gaëtan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps, est aussi contre l'idée de réduire l'accès des francophones et des allophones aux cégeps anglophones, idée lancée le week-end dernier par des militants du Parti québécois lors d'un colloque organisé par le parti. «On prône le libre choix», a-t-il indiqué à La Presse.
La chef du PQ, Pauline Marois, a déclaré dimanche qu'elle n'était «pas réfractaire» à l'imposition de la loi 101 au collégial. «Je veux faire une bonne évaluation», s'est-elle contentée de dire.
«Il faut réaliser qu'on se veut une société ouverte, plaide pour sa part Gaëtan Boucher. Nos gens sont appelés à travailler ailleurs.»
«S'ouvrir au monde»
Étudier dans un cégep anglophone, ce n'est pas renier sa langue maternelle, font valoir les élèves francophones de Dawson que nous avons interviewés hier. «Quand on est au cégep, on est assez vieux pour prendre nos propres décisions, indique Christelle Saint-Julien, une cégépienne de 18 ans inscrite au programme arts et culture. J'ai mes principes. Je demande quand même à être servie en français dans les magasins.»
Selon Christelle, l'imposition de la loi 101 au niveau collégial nous «renfermerait sur nous-mêmes». «Je ne compte pas rester au Québec toute ma vie. Je veux voyager et je veux étudier en traduction», explique-t-elle.
«On a déjà appris les bases du français. Le cégep, c'est juste deux ans», ajoute son amie, Raphaëlle Parent, qui étudie en commerce international.
La jeune femme de 18 ans est souverainiste. Si elle souhaite que le Québec devienne un jour un pays, elle croit que le PQ doit s'adapter à la réalité des jeunes d'aujourd'hui. «Il faut s'ouvrir au monde en incluant tout le monde, dit-elle. On blâme les anglophones de ne pas parler français. Il y a aussi des francophones qui ne parlent pas anglais.»
Christelle n'est pas souverainiste, mais elle a tout aussi à coeur la survie de sa langue maternelle. «La langue ne devrait pas être une cause souverainiste, plaide-t-elle. Ça devrait être la cause de tous. Partout où je vais, je prône le français. C'est un truc d'identité culturelle.»
Selon Katerina Syragakis, une Montréalaise anglophone, «les gens doivent pouvoir étudier où ils veulent». Même au primaire et au secondaire. «Nous avons des droits légaux en français et en anglais.»
Nicola Nucciarone a étudié à l'école secondaire anglophone Laurier Macdonald. Parfaitement bilingue, il se considère toutefois «francophone car le français est «sa» première langue». Selon lui, le débat relancé par les militants du PQ est «inutile». «Je ne peux pas croire qu'on débat encore là-dessus.»
Les rivalités entre les jeunes anglophones et les francophones ne sont pas comme elles étaient il y a 30 ans, souligne-t-il. «À part peut-être au hockey», blague le jeune homme de 17 ans.

En chiffres
- Le nombre de cégépiens allophones dans le réseau collégial francophone a augmenté de 50% de 1997 à 2007, contre 12% dans le réseau anglophone.
- En 2007, c'était la première fois de l'histoire que plus de la moitié des cégépiens allophones étudiaient dans un collège francophone (51,4%).
- Le nombre de cégépiens anglophones a bondi de 18% dans les établissements francophones de 1997 à 2007, contre 6% dans les établissements collégiaux anglophones.
- Le nombre de francophones dans le réseau collégial francophone a chuté de 12% de 1997 à 2005, mais a augmenté de 8% depuis (9250 élèves). Et dans le réseau anglophone, le nombre d'élèves francophones a diminué de 3% de 1997 à 2007.
Source: Fédération des cégeps


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