La moitié des non-francophones songent à quitter le Québec

B9d78614a020b2b8a8599d03ebbe11a4

Le Québec n'est pas un goulag. Personne ne les retient


Exclusif -
La moitié des communautés anglophone et allophone du Québec a envisagé de quitter la province l'année dernière, révèle un nouveau sondage EKOS commandé par CBC/Radio-Canada.



Même si seulement 10 % des répondants francophones affirment songer à quitter le Québec, les principales raisons évoquées par l'ensemble des répondants pour déménager ne sont pas fondées sur la langue.



Une majorité des répondants de chaque groupe mentionnent plutôt:




  • l'incertitude politique et leur hostilité envers le Parti québécois (28 %);

  • l'économie et l'emploi (21 %);

  • les taxes (15 %).




CBC/Radio-Canada se penchera dans les prochains jours sur ce qui pousse des Québécois à vouloir quitter la province, ce qui les retient et les espoirs qu'ils entretiennent pour leur avenir au Québec.



Pour connaître la méthodologie du sondage, cliquez ici





*** Pour consulter le graphique sur un appareil mobile, cliquez ici



Les facteurs économiques



Au total, 16 % des répondants ont cité l'économie comme principale raison pour déménager hors de la province. L'incertitude politique arrive ex aequo en première position.



Brett House, chercheur à la Fondation Jeanne Sauvé et au Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale, estime que la situation économique au Québec n'est pas aussi sombre que le pensent certains, mais la province est peu performante.



« Nous sommes médiocres en ce moment - nous ne sommes pas en grande forme, mais nous ne sommes pas une catastrophe non plus. Nous nous améliorons un peu, mais nous pourrions faire beaucoup mieux », souligne-t-il.



« Le Québec a le potentiel d'être l'un des deux moteurs de l'économie de ce pays avec l'Ontario, et pourtant, l'économie se porte moins bien que ce qu'elle devrait », ajoute-t-il.



Anxiété bilingue



Suni Hope Johnston, qui a quitté l'Angleterre pour s'installer à Montréal au début des années 70, affirme avoir été attirée par la métropole québécoise pour son flair européen et son bouillonnement.



« Je me souviens que mon mari et moi dansions jusqu'à 4 h du matin. Nous nous sommes beaucoup amusés, et puis ça s'est terminé », se souvient-elle.



Mme Johnston a fondé une famille et son mode de vie a changé. Tout comme la ville qu'elle jugeait autrefois si attrayante.



Selon elle, l'ambiance actuelle au Québec est marquée par les divisions. « Je pense que c'est un droit de naissance de tous les jeunes Québécois de parler les deux langues. Chaque enfant devrait aller à l'école pour apprendre le français et l'anglais. Pour le moment, ce genre de division me semble tragique », dit-elle.



Elle envisage de déménager en Ontario, une destination populaire chez les personnes qui songent à quitter le Québec, suggèrent les résultats du sondage EKOS. En effet, 40 % des répondants francophones et non-francophones qui pensent quitter le Québec iraient s'installer en Ontario, devant les États-Unis (14 %).



Marc Stamos, qui est originaire de Montréal, considère également s'installer en Ontario. Pour lui, le bilinguisme constitue une source de fierté, mais il déplore que la langue soit devenue politisée à nouveau dans la province, au point de devenir un sujet de discorde.



« Pour la première fois depuis les années 1990, je sens que je dois affirmer mon "anglophonité". Vous savez, les choses étaient si calmes pendant si longtemps que mon frère, mes amis et moi étions à l'aise en français. »
— Marc Stamos, originaire de Montréal


Mais avec une élection imminente et la possibilité d'un gouvernement péquiste majoritaire, M. Stamos affirme que lui et ses amis se demandent s'ils veulent vivre une autre période de soubresauts.



Ces changements d'humeur relevés dans le sondage ne se sont pas encore traduits concrètement dans le marché immobilier, par exemple, mais ce sont des signes susceptibles d'attirer l'attention des politiciens.



À propos de l'enquête



Un total de 2020 résidents du Québec ont été interrogés par téléphone entre le 10 et le 18 février 2014, dans le cadre de cette étude EKOS commandée par CBC/Radio-Canada. La marge d'erreur pour un échantillon de 2020 est de plus ou moins 2,2 points de pourcentage, soit 19 fois sur 20.



Les personnes interrogées sont :




  • 782 anglophones (avec une marge d'erreur de plus ou moins 3,5 points de pourcentage 95 % du temps);

  • 1009 francophones (avec une marge d'erreur de plus ou moins 3,1 points de pourcentage 95 % du temps);

  • 223 allophones (avec une marge d'erreur de plus ou moins 6,5 points de pourcentage 95 % de du temps).




Les anglophones représentent les répondants ayant indiqué que leur langue maternelle est l'anglais, et les francophones ayant indiqué le français. Les allophones ont identifié leur langue maternelle comme étant « autre ».



Réactions politiques

Pour le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, ce sondage est « inquiétant ».

« Ça montre la division que ce gouvernement-là crée parmi notre population, décrie-t-il. Il faut au contraire retenir nos gens et en attirer d'ailleurs chez nous. Et ça, ça se fait par l'instauration d'un climat d'économie et d'emplois qui inspire la confiance et, surtout, ne pas adopter de politiques qui divisent la population comme on le fait depuis quelques mois. »

De son côté, la première ministre Pauline Marois a préféré ne pas commenter le sondage.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé