Le Bloc et le NPD vont-ils porter Andrew Scheer au pouvoir?

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Le débat à nui aux conservateurs et aux libéraux


La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un affirmer que les débats des chefs d’une campagne sont « inutiles », vous pourrez alors pointer vers la campagne fédérale de 2019 pour les contredire. En fait, maintenant que d’abondantes données post-débats ont été publiées au cours des derniers jours, nous pouvons affirmer avec certitude que les débats ont changé l’allure et le discours narratif de cette campagne.


Alors que les intentions de vote au pays étaient demeurées plutôt stables depuis le lancement de la campagne à la mi-septembre, nous avons observé deux mouvements distincts depuis le début octobre:




  • À la suite du débat de TVA le 2 octobre, les conservateurs ont chuté au Québec et le Bloc semble en progression depuis. En date du 1er octobre, la projection Qc125 accordait au Bloc Québécois des appuis moyens de 21% dans la province. Deux semaines plus tard, la moyenne du Bloc se situe plutôt à 28% et certains sondages le placent même au-dessus de la barre des 30% – ce qui serait une première depuis l’élection de 2008.Voici la progression de la projection du vote populaire au Québec depuis la fin août. La flèche noire pointe vers le 2 octobre, le soir du Face-à-face de TVA:




  • Depuis les deux débats officiels la semaine suivante, les chiffres indiquent qu’à la fois les conservateurs et les libéraux ont perdu du terrain au profit du NPD. Dans les deux dernières semaines, les intentions de vote nationales du NPD sont passées de 11% à 16% en moyenne. Il s’agit ici d’un immense revirement de situation pour les troupes de Jagmeet Singh qui, au cours de l’été, semblaient se diriger vers une défaite historique.



Au cours de la longue fin de semaine de l’Action de Grâce, quatre sondages fédéraux ont été publiés par les firmes Campaign Research, Nanos Research, Recherche Mainstreet et Abacus Data. Bien que les chiffres publiés par ces maisons de sondage diffèrent tous quelque peu, ils semblent tous mesurer les mêmes grandes tendances (la liste complète des sondages est disponible ici).


Voici la projection du vote populaire Qc125 du 14 octobre 2019. Les barres colorées indiquent les intervalles de confiance de 95% et les points noirs, les données des sondages mentionnés ci-dessus:


Nous avons donc toujours une égalité statistique entre les libéraux et conservateurs au sommet des intentions de vote au pays (avec un léger avantage pour le PCC), mais comme ces deux formations se trouvaient plutôt près de 35% il y a quelques semaines, il s’agit d’un net recul pour ces partis.


La semaine dernière, j’ai écrit une chronique intitulée Le Bloc québécois contrarie les plans du Parti conservateur. Cette chronique était basée sur des chiffres qui accordaient des appuis de 22-24% au Bloc québécois et, de fait même, anéantissaient tout espoir de gains nets au Québec pour les conservateurs. L’argument principal de cette chronique tient toujours, mais, avec le Bloc qui frôle les 30% au Québec, la projection de sièges québécois du PLC a aussi commencé à chuter.


En effet, alors que Justin Trudeau pouvait espérer remporter près de 50 sièges au Québec au début du mois de septembre, le PLC est maintenant projeté sous son résultat de 40 sièges de 2015. Sans une récolte importante de sièges dans la province et avec le NPD en hausse en Ontario et Colombie-Britannique, le PLC pourrait potentiellement se trouver sur les bancs de l’opposition après l’élection.



Voici la projection de sièges au niveau fédéral:

Les lecteurs réguliers de cette chronique remarqueront que les intervalles de confiance du PCC et PLC sont particulièrement larges. En effet, ce rapprochement des intentions de vote des principaux partis augmente dramatiquement le niveau d’incertitude de la projection. Sur les 338 circonscriptions fédérales au Canada, plus de 130 (!) sont présentement considérées comme des comtés pivots ou enclins – donc hautement incertains (la liste des conscriptions pivots ici).


Une autre façon de visualiser les intervalles de confiance est de tracer les densités de probabilités du résultat des principaux partis. Pour le PCC et le PLC, les courbes se superposent presque parfaitement:

[Sur le graphique ci-dessus, plus une colonne est élevée, plus la probabilité du résultat est importante. Comme il s’agit d’une distribution similaire à une courbe gaussienne, les cas extrêmes sont moins probables que les colonnes centrales.]


Dans le dernier sondage d’Abacus Data, les répondants ont été sondés sur leur prédiction du résultat de l’élection. À la question: « Selon vous, quel parti formera le prochain gouvernement? », une forte proportion d’électeurs bloquistes, soit 49%, semble croire que le PLC remportera l’élection. Seulement 19% des bloquistes croient qu’il s’agira plutôt du PCC. Ils n’ont pas nécessairement tort: la montée du Bloc au Québec après le débat TVA a d’abord fait mal aux conservateurs, pour qui les espoirs d’une majorité à la Chambre des communes passaient par des gains nets au Québec. Ce scénario semble, du moins pour l’instant, écarté.


Toutefois, si le Bloc devait continuer de grimper et rafler la majorité des circonscriptions québécoises à l’extérieur de Montréal (comme l’a fait la CAQ l’an dernier lors de l’élection québécoise) et que le NPD devait progresser à Toronto et Vancouver, Andrew Scheer pourrait bien devenir le prochain premier ministre du Canada…


…si ce dernier parvient à gagner la confiance de la Chambre en cas de minorité, bien sûr. Nous plongerons dans les détails de cette procédure dans une prochaine chronique.