Le Bloc réclame une enquête publique sur l'industrie de la construction

«Le ministère des Travaux publics est un nid de rats de scandales et de corruption depuis le début», a pour sa part lancé M. Martin.

Corruption généralisée



Stéphanie Marin - Après l'enquête publique sur l'industrie de la construction réclamée au Québec, c'est Ottawa qui devrait faire face à la même musique s'il n'en tenait qu'au Bloc québécois.
Dans la foulée des allégations de lobbyisme illégal, d'ingérence politique dans l'octroi de contrats à des entreprises de construction et de dons par celles-ci au Parti conservateur qui ont fait surface cette semaine à Ottawa, le Bloc estime qu'une enquête publique devrait être mise sur pied pour faire toute la lumière sur cette affaire.
Mais puisqu'il y a loin de la coupe aux lèvres pour qu'une telle enquête publique ne devienne réalité -elle est encore inexistante au Québec malgré des demandes répétées de l'opposition- le Bloc a déjà formulé un autre plan: il va déposer le 18 octobre une motion pour qu'un comité des Communes étudie et fouille toutes ces allégations.
«On va travailler avec nos outils parlementaires, a expliqué le leader parlementaire du Bloc, Pierre Paquette. Mais une enquête publique, ce serait mieux.»
Le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique jugent qu'une enquête publique est prématurée, mais ils donneront cependant leur appui à la motion bloquiste en comité.
Ce qui sera suffisant pour que le comité des Travaux publics ait le mandat de se pencher sur cette affaire, même si le gouvernement s'y oppose.
Le Bloc souhaite que soient étudiées «les allégations d'ingérence et de lobbying dans le processus d'octroi des contrats du ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada en ce qui a trait, prioritairement mais non de façon limitée, aux contrats liés à la réfection des édifices de la Colline parlementaire», a-t-il écrit dans l'avis de motion.
Le scandale est arrivé cette semaine par des reportages de Radio-Canada et du Globe and Mail qui ont révélé que l'entreprise LM Sauvé est sous enquête par la Gendarmerie royale du Canada, en lien avec un contrat de 9 millions de dollars qui lui a été octroyé par le gouvernement conservateur.
L'entreprise aurait engagé et payé 140 000 $ à Gilles Varin -un partisan et organisateur du Parti conservateur- pour faciliter l'obtention du contrat, car il aurait affirmé avoir de proches amis au ministère des Travaux publics.
Quelques mois après l'attribution du contrat, Christian Paradis -alors ministre des Travaux publics- a assisté à un cocktail de financement pour le Parti conservateur organisé par LM Sauvé, qui a aussi contribué à la caisse du parti.
Paul Sauvé, président de LM Sauvé, a déclaré à La Presse Canadienne qu'il avait organisé la soirée après se l'être fait conseiller par M. Varin et par le directeur de l'association conservatrice de la circonscription montréalaise de Bourassa, Gilles Prud'Homme.
Il a été révélé vendredi que trois autres entreprises qui avaient déjà reçu des contrats du gouvernement -ou qui en ont obtenu par la suite- ont fait des dons de 500 $ chacune au Parti conservateur le jour de ce même cocktail.
C'est pourquoi le Bloc a mis sur sa liste de témoins pressentis des représentants de ces entreprises, en plus de Gilles Varin. Y figurent aussi Christian Paradis et Michael Fortier, qui était ministre des Travaux publics lorsque le controversé contrat a été accordé à LM Sauvé en mai 2008.
Bien qu'il ne soit pas illégal pour une entreprise de contribuer financièrement à un parti politique, Pierre Paquette craint que n'ait été érigé en système un lucratif «retour d'ascenseur» entre le gouvernement qui attribue des contrats et les entreprises qui effectuent des dons au parti au pouvoir.
«Le mot d'ordre, apparemment, parmi ce cercle d'entrepreneurs, est que la façon d'obtenir des contrats sur la colline parlementaire est de faire des dons au Parti conservateur du Canada, et d'engager des lobbyistes conservateurs et de les graisser», a renchéri le député néo-démocrate Pat Martin.
«Nous on plaide qu'il y a un système qui est en place qui est peut-être en train de s'élargir et il faut faire la lumière sur ces choses-là», a expliqué M. Paquette.
«Le ministère des Travaux publics est un nid de rats de scandales et de corruption depuis le début», a pour sa part lancé M. Martin.
Le gouvernement nie qu'un tel système existe.
«Toute suggestion qu'un don de 500 $ ou 1000 $ donnerait à une personne un accès spécial à des contrats du gouvernement est complètement absurde», a indiqué le porte-parole du premier ministre, Andrew MacDougall, ajoutant que le Parti conservateur a instauré des règles plus strictes pour le financement politique.
Il n'y a actuellement pas de preuve que M. Paradis ait été impliqué dans l'octroi du contrat, pas plus que d'autres membres du gouvernement.
Mais même s'il n'était pas aux Travaux publics lorsque le contrat en question a été accordé, M. Paradis était tout de même ministre dans le cabinet, a fait remarquer M. Paquette. Et il devrait savoir que ce n'est pas une bonne idée que d'assister à des activités de financement organisées par ceux qui ont obtenu des contrats de construction.
M. Paradis se défend d'avoir mal agi. Il maintient ne jamais discuter de contrats lors de ces cocktails de financement.
Il a pourtant été contredit à ce sujet jeudi par Paul Sauvé. Selon l'entrepreneur, le ministre Paradis lui aurait parlé lors de cette soirée pendant quelques minutes et l'aurait même félicité pour l'obtention du contrat.
«Lorsqu'ils me disent qu'ils font affaire avec le gouvernement fédéral, je peux les féliciter, je peux leur dire que c'est tant mieux pour eux», a répliqué le ministre vendredi en Chambre, lorsqu'il s'est fait mettre sous le nez cette apparente contradiction.
Féliciter quelqu'un ne constitue pas une discussion sur un contrat, a ajouté le leader parlementaire du gouvernement, John Baird, pour appuyer son collègue.


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