Le respect perdu

Crise sociale - printemps 2012 - comprendre la crise



La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, n’a pas eu le cynisme de dire que les firmes de génie-conseil organisent ses activités de financement simplement pour l’encourager à continuer son bon travail, comme l’avait fait son ex-collègue Nathalie Normandeau.
Mme Beauchamp a beau jurer qu’elle serait encore incapable de reconnaître Domenico Arcuri sur une photo, la présence d’un caïd de la mafia montréalaise parmi la quinzaine de convives à un petit-déjeuner-bénéfice dont elle était l’invitée-vedette n’en suscite pas moins un profond malaise.
Il est vrai que l’organigramme officiel d’une entreprise précise rarement qu’elle est contrôlée par la mafia, mais il est toujours étonnant de constater à quel point les apparatchiks libéraux semblent incapables de faire des liens qui n’échappent pourtant pas aux journalistes.
Dans le cas qui nous occupe, l’attaché politique chargé du dossier, Gilles Deguire, aujourd’hui maire de Montréal-Nord, n’a reconnu personne malgré ses 30 ans d’expérience policière. Ni Lino Zambito, ni Paolo Catania, qui étaient également présents, selon TVA. Un fin limier.
Résumons les faits révélés par La Presse hier. Une firme de génie-conseil, Génivar, organise un petit-déjeuner à Laval le 6 avril 2009. Pour une contribution minimale de 1000 $, les participants peuvent y rencontrer Mme Beauchamp, alors ministre de l’Environnement. M. Arcuri représente la société Énergie carboneutre, une firme spécialisée dans la décontamination des sols, dont les études techniques ont été réalisées par Génivar. En mai 2010, Énergie carboneneutre obtient du ministère l’autorisation qu’elle réclamait.
Bien entendu, il ne faut voir là aucun lien de cause à effet. Comme dans le cas de Boisbriand, où l’octroi opportun d’une subvention a permis aux commanditaires d’un cocktail-bénéfice au profit de Nathalie Normandeau, à l’époque ministre des Affaires municipales, de décrocher de plantureux contrats, il s’agit d’une pure coïncidence.
Les ministres du gouvernement ont beau répéter que toutes ces décisions ne sont jamais prises au niveau politique, les millions continuent pourtant d’affluer dans la caisse du PLQ. Que des hommes d’affaires aussi avisés s’entêtent à jeter ainsi leur argent par les fenêtres demeure un véritable mystère.
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Ces nouvelles révélations ne pouvaient survenir à un plus mauvais moment pour le gouvernement Charest, qui est complètement dépassé par la crise étudiante. Cela explique cependant très bien pourquoi il a perdu l’autorité morale qui lui permettrait de la régler.
À partir du moment où Line Beauchamp participe elle aussi au système que la commission Charbonneau a été chargée de démanteler, elle peut difficilement se présenter devant les associations étudiantes comme la protectrice de l’intérêt public.
Après avoir été surprise à prendre le petit-déjeuner avec des mafiosi, il devient assez délicat pour Mme Beauchamp de refuser de s’asseoir avec les représentants de la CLASSE sous prétexte qu’elle n’apprécie pas les méthodes de celle-ci.
Il y a d’excellents arguments qui peuvent militer en faveur d’une hausse des droits de scolarité. Encore faut-il que celui qui les défend ait la crédibilité requise. Les évaluations du coût de la corruption dans l’industrie de la construction peuvent varier, mais il est certainement supérieur à la contribution qui est exigée des étudiants pour le financement des universités.
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Si le groupe des « lucides » a décidé de reprendre du service sous la houlette de Lucien Bouchard, c’est manifestement qu’il estime que le gouvernement a perdu le contrôle de la situation.
« Voici une situation où, au-delà de toute allégeance politique, la population doit donner son appui à l’État, ultime responsable de la paix publique, de la sécurité des personnes et de l’intégrité de nos institutions », écrivent les « lucides » dans le texte qu’ils ont fait publier dans les journaux d’hier.
Le problème est que les magouilles libérales ont fait perdre à l’État le respect d’une grande partie de la population. En laissant se multiplier les injonctions de façon désordonnée en sachant très bien qu’elles ne seront pas respectées, malgré le cri d’alarme lancé par le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland, le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, risque de faire payer l’ensemble du système judiciaire pour l’impuissance de son gouvernement à régler la crise. Manifestement, la solution ne peut être que politique.
Selon le ministre des Finances, Raymond Bachand, il est maintenant illusoire d’espérer un règlement négocié, de sorte que le débat ne pourra être tranché qu’à l’occasion des prochaines élections générales. Très bien, mais qu’entend faire le gouvernement d’ici là pour ramener le calme dans les établissements d’enseignement postsecondaire et sauver la session ?
Pauline Marois a annoncé hier qu’un gouvernement péquiste annulerait la hausse des droits de scolarité et se contenterait d’une simple indexation. En donnant ces assurances aux associations étudiantes, elle s’est cependant bien gardée de leur suggérer de mettre fin à la grève. Veut-elle à son tour laisser mûrir les raisins de la colère ?


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