Turquie, les Ottomans sont-ils de retour ?

Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir



Chacun regardait cet ancien Empire Ottoman, démantelé, et le
considérait comme un pays pauvre avec ses 77 millions d'habitants.
En très peu de mois ne voit-on pas un changement assez caractéristique
porté par le gouvernement islamiste de Tayyip Erdogan ? Ne le voit-on pas
peu à peu s'éloigner de cette Europe, dont pourtant les Turcs avaient
alors désiré faire partie, afin aussi dans doute, de bénéficier de son
apport financier, comme l'avaient fait précédemment d'autres pays tels la
Grèce, le Portugal, l'Espagne, la Roumanie ..
Aujourd'hui ce pays " fier et sûr de lui" a célébré avec faste la prise de
Contantinople le 29 mai 1453, démontrant à tous que son glorieux passé
d'Empire Ottoman ne peut-être totalement enfoui. Empire qui n'a jamais été
en son temps colonisateur, mais seulement destructeur et assimilateur.
Voudrait-il s'opposer à nouveau à l'Occident ?
Pourtant l'empire Ottoman avait été construit sur la destruction de la
culture gréco romaine. Rappelons-nous les trésors enfouis sur les rives de
l'Euphrate : Zuegma, Séleucie, Apamée ?.. Ces trois noms que personne n'a
oubliés, qui depuis plus de 23 siècles attestent de l'architecture et des
arts, non seulement Grecs mais également Romains, ne sont pas le passé
des Turcs ! Ils révèlent au contraire les civilisations auxquelles
l'Europe se rattache, y compris l'Empire de Bysance, plus avancé, plus
raffiné que l'Empire Ottoman...
Séleucie, fondée en 300 avant notre ère, sur une colline remontant à
partir de l'Euphrate, par un général de l'armée d'Alexandre le Grand, du
nom de Séleucos, alors qu'en face, mais dans la plaine, se trouvait Apamé,
du nom de la jeune femme de Seleucos. Ces deux cités l'une en face de
l'autre, de part et d'autre du fleuve, n'en formèrent qu'une puisqu'on
les désigna sous le nom de "Zuegma" ce qui signifie en Grec, le pont ou
encore le lien..
Plus de mille ans vont passer pour cette florissante Zuegma, elle a compté
jusqu'à cinq cent mille habitants à l'époque byzantine, située dans la
vallée de l'Euphrate, sur la route de la soie entre la Chine et Antioche.
Plus tard, bien plus tard, alors que les restes de la cité antique sont
déjà enfouis dans les sables, en 1995 les Turcs commencent les travaux pour
le barrage de Bireck, dont le lac doit recouvrir inexorablement Apamé dans
la longue plaine, ainsi qu'une grande partie de Séleucie..
Des archéologues Français mais aussi d'autres pays accourent, essayant de
sauver ce qui peut l'être, ils mettent à jour une importante organisation
urbaine, de nombreux bâtiment, tels théâtre, temple, nécropole, maisons
patriciennes.. quantités de peintures murales.. des mosaïques.. tant de
choses, d'objets... d'un intérêt inestimé !
Tout ce qui peut être enlevé et préservé est installé dans le musée
archéologique de Gaziantep.. Tous travaillent avec ardeur mais la mise en
eau du barrage, en 2000 fera disparaître à jamais ce site de l'antiquité
grecque et romaine : Apamé et Seleucie, leurs trésors perdus, toutes les
traces d'un bien glorieux passé ...
La République turque avait été fondée en octobre 1923 par le général
Moustapha Kema. Il voulait libérer les Turcs de l'emprise de l'islam,
c'est ainsi qu' en 1937, il institue la laïcité et l'inscrit dans la
Constitution.
Sa candidature à l'entrée dans l'U.E est agréee en 1999, on peut donc dire
que la Turquie est du côté de l'Occident puisque membre de l'OTAN et du
conseil de l'Europe.
Pourtant le parti de l'AKP, parti à tendance islamique pour la justice et
le développement, arrive au pouvoir en 2002, Tayyip Erdogan a le soutien
populaire, il met au pas l'armée, donne certes des gages à 'U.E en
abolissant la peine de mort, mais reste absolument sur ses positions pour
Chypre !
Une nouvelle diplomatie semble pourtant se profiler de jours en jours, un
rapprochement avec l'Iran ? une rupture avec Israël ? un éloignement
discret avec l'U.E ?
La Turquie apparaît de moins en moins comme un état multiethnique, on
observe de nombreux attentats contre les chrétiens..
La Turquie ne veut-elle pas plutôt maintenant se rattacher aux ex-pays de
l'Union Soviétique, ne rêve-t-elle pas du pantouranisme, l'union de ces
peuples turcophones d'Asie ?
Alors en observant cela, ne voudrait-elle pas dans un avenir proche
revenir d'où elle vient en réalité, du Proche Orient ?
Cette réflexion demeure en attente, seul l'avenir nous montrera où et vers
quel chemin veut se diriger ce pays.
L'Europe, quant à elle, ne peut sans doute pas se mélanger dans un
ensemble Moyen oriental, si on se référe à l'Histoire du passé, nous voyons
quel fut toujours le parcours différent des deux rives de la méditerranée..


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Marie-Hélène Morot-Sir151 articles

  • 280 937

Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018. "Les Femmes à l'ombre del'Histoire" janvier 2020   lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=evnVbdtlyYA

 

 

 





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7 commentaires

  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    12 juin 2010

    Je vous remercie beaucoup de tous vos commentaires et je remercie particulièrement Monsieur Tellier . En effet il est important lorsqu'on parle du problème Turc de parler aussi des Kurdes.
    Les Kurdes sont vraisemblablement des descendants des Mèdes, voisins des Perses établis sur un territoire situé au-dessus de la mer Caspienne, Hérodote en parle comme d'un peuple puissant ayant peut-être même fondé un empire sept siècles avant J.C.. ce que rien ne vient corroborer jusqu'ici mais cependant ils semblent avoir été considérés à l'égal de l'empire babylonien.. Au départ de simples gardiens de troupeaux en montagne, et très certainement c'était un peuple à part.. ils avaient attaqué le grand Xénophon pour empêcher les armées hellènes de prendre leurs montagnes séculaires ..
    Depuis le traité de Sévres en 1920 puis celui de 1923 de Lausanne et la division de l'Empire Ottoman, le Kurdistan est une nation mythique, sans état propre, cette population importante de plus de 30 millions de personnes est malheureusement établie sur les territoires de quatre pays, et bien évidemment ces pays Iran, Irak, Syrie ou Turquie, s'opposent vivement à la création d'un Etat Kurde, puisque dans ce cas il leur faudrait céder un morceau de leur propre territoire national .
    Bien entendu les Kurdes, de leur côté, ne rêvent que de leur indépendance et résistent autant qu'ils le peuvent, lorsque le pays dans lequel ils se trouvent veut les assimiler, et interdire leur langue, mais ils résistent malheureusement sans réelle organisation, on peut dire en ordre dispersé, parce qu'eux-même présentent des différences importantes à la fois religieuses et linguistiques ..et sans aide d'autres nations non plus !
    De plus une émigration Kurde assez récente est à observer, ils se sont éparpillés dans tous les pays d'Europe et jusqu'en Australie..
    En France, l'institut Kurde de Paris est un grand centre d'études pour la préservation de la langue Kurde, et de nombreuses associations kurdes existent dans plusieurs villes françaises de même des émissions à la télévision française sont émises en langue Kurmandj..

  • Archives de Vigile Répondre

    11 juin 2010

    Les kurdes en Turquie;le côté silencieux d’une zone de guerre
    [« Le Parti des travailleurs kurdes (PKK) est entré en lutte armée contre l'armée turque en 1984, exigeant la reconnaissance de l'identité et de la langue kurdes ainsi que le droit à l'autodétermination.
    Entre 1984 et 1999, environ 3.500 villages et hameaux kurde ont été évacués par l’armée Turque. L'évaluation des ONG situe entre un et quatre millions le nombre de personnes contraintes à une migration forcée.
    Les personnes déplacées n'ont reçu aucune aide financière, ni aucune assistance pour l'alimentation, le logement, l'éducation, la santé ou l'emploi. Elles ont rejoint les rangs des destitués urbains.
    Parler kurde dans un espace publique est interdit . Les hommes craignent de perdre leur emprise sur leurs épouses et leurs filles. Ils les enferment à la maison.Souvent quand une femme est violée,sa famille la punira par la mort.Crime d’honneur.Les hommes surveillent étroitement les gestes et comportement des femmes.Pourtant dans leur culture,la femme est un grand sujet d’amour.
    Une domination masculine est à l'oeuvre dans le mouvement kurde. Les hommes ont toujours le dernier mot. Les femmes ne pouvent pas briser les chaînes de leur foyer et surmonter la violence domestique. Une fille, ce n’est rien pour un Kurde. Chez les Kurdes,la femme n’est même pas traitée comme une domestique, elle est un objet, un animal.Il est normal de la battre quotidiennement.
    Des femmes kurdes ont fondé Ka-Mer (le centre des femmes) à Diyarbakir il y a onze ans pour combattre les violences faites aux femmes. Aujourd'hui, Ka-Mer lutte contre les "crimes d'honneur", la polygamie, les mariages forcés et précoces et les autres formes de violences dans 23 villes de l'est et du sud-est de la Turquie où la population est majoritairement kurde.
    Les kurdes n’ont pas leur place au parlement turc. Le rôle de ce Parlement, c’est de couvrir l’action de l’Etat, de l’armée, de la police. Au-dessus du Parlement, il y a les membres du conseil de sécurité nationale, qui prennent les décisions. Les parlementaires sont comme des notaires, qui enregistrent leurs décisions.
    Les armes se sont tues en 1999 lorsque le dirigeant du PKK a été arrêté au Kenya et transféré en Turquie pour son procès. Mais la trêve a été rompue en 2004: le PKK a repris sa lutte, utilisant ces dernières années des bases dans le nord de l'Irak.
    Récemment,les kurdes de Turquie ont mis leur demande d’indépendance dans le congélateur.»]
    Source ; http://www.google.ca/search?hl=fr&source=hp&q=femme+kurde&meta=&aq=f&aqi=g1&aql=&oq=&gs_rfai

  • Archives de Vigile Répondre

    9 juin 2010

    Pourquoi pensez-vous que la Turquie a changé de camp !
    Depuis l'invasion de l'Iraq, Israel et les USA supportent les rebelles kurdes du nord de l'Iraq contre la Turquie.
    Israel veut cette guerre mondiale.

  • Archives de Vigile Répondre

    9 juin 2010

    L'État turc et le problème kurde
    Au coeur du Proche-Orient, les Kurdes constituent un peuple de 25 à 30 millions de personnes écartelé entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie, mais aussi en Arménie et en Géorgie.Ce peuple est la grande victime de la partition de l'Empire ottoman et de la création des États modernes du Proche-Orient après la Première Guerre mondiale.
    Les Kurdes sont davantage unifiés par la religion, étant presque tous des musulmans sunnites,que par la langue.Ils possèdent toutes les caractéristiques d'une nation, sans pouvoir disposer d'un État qui leur appartienne en propre.
    Pour conserver leur identité, les Kurdes ont dû s'opposer à des gouvernements centralisateurs et répressifs, la plupart du temps par la violence, à défaut d'autres solutions que leur refusent conjointement les États dans lesquels ils sont intégrés.Les Kurdes résistent farouchement aux dominations étrangères depuis plus de 70 ans.
    Depuis le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 tous les gouvernements turcs successifs ont nié l’existence de leur minorité Kurde.On compte aujourd'hui 13,1 millions de Kurdes en Turquie (21 % de la population du pays).
    Une loi a été adoptée pour exterminer le peuple kurde de Turquie. Il s'agit de la Loi sur l'établissement forcé, no 2510, du 14 juin 1934.L'objectif visé par la loi no 2510 se retrouve dans les propos du ministre turc de la Justice de l'époque : «Le Turc est le seul seigneur, le seul maître de ce pays. Ceux qui ne sont pas de pure origine turque n'ont qu'un seul droit dans ce pays : le droit d'être serviteurs, le droit d'être esclaves ».
    La région kurde a vécu sous le régime de la loi martiale jusqu'en 1946, en plus d'être interdite aux étrangers jusqu'en 1965.
    Un décret du 16 décembre 1990 est venu préciser les pouvoirs du «super-préfet turc». Les résultats parlent d’eux-mêmes : détentions sans procès, déportations de civils, recours systématique à la torture, suspension de la liberté de presse, sans compter les opérations de nettoyage de l'aviation turque depuis la fin de la guerre du Golfe (1991). Quant à la plupart des dirigeants kurdes, ils croupissent en prison et les déportations massives se perpétuent,de même que le pilonnage des villages kurdes.
    En ce début du XXIe siècle, la politique de destruction du Kurdistan est encore plus féroce que jamais, comme en témoignent l'anéantissement de villages entiers, la déportation de populations civiles et les assassinats politiques qui sont devenus monnaie courante.
    La communauté internationale demeure muette. Il est vrai que le gouvernement turc est un allié stratégique des États-Unis qui ont besoin de celui-ci pour leur stratégie anti-irakienne; d’ailleurs, la Turquie abrite une base permanente de 5000 militaires américains,sans compter des soldats britanniques et français ainsi que des armes nucléaires.
    L’armée turque a acquis une importance majeure dans ce pays. Cette armée n’a qu’un projet : conserver l’alliance américaine et constituer son bras armé contre les Russes et les Arabes.Elle a un droit de veto sur tous les budgets votés au parlement d’Ankara.L’armée a intérêt à poursuivre ce conflit qui renforce leur emprise sur le pays.
    Le gouvernement turc croit encore éradiquer la guérilla kurde, sans rien céder aux aspirations culturelles ou politiques des Kurdes.
    Sources ;

    http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/turquie_3kurdes.htm
    http://www.google.ca/search?hl=fr&source=hp&q=kurde+en+turquie&meta=&aq=0&aqi=g1&aql=&oq=kurde+en+turqu&gs_rfai=

  • Archives de Vigile Répondre

    9 juin 2010

    Merci Mme. Morot-Sir de cet éclaircissement historique. cela donne des clés pour la compréhension de l'actualité et des fenêtres ouvertes pour l'avenir.
    Certaines personnes, dont la compréhension de tels textes semble ardue, s'amusent, pour se donner de l'importance, à embrouiller tout ça avec des commentaires hors propos.
    Effectivement les questions que vous posez pour l'avenir ne pourront être répondues qu'avec le temps. Comme l'affirme Marie-Mance Vallée, ce n'est pas très encourageant.
    Ivan Parent

  • Archives de Vigile Répondre

    8 juin 2010


    THE BRITISH AMBASSADOR TO THE OTTOMAN EMPIRE SIR GERALD LOWTHER’S LETTER TO SIR CHARLES HARDING, May 29, 1910 —
    “ Shortly after the revolution in July 1908, it soon became know n that many of the Young Turks’ leading members w ere Freemasons. I t w as noticed that Jew s of all colours, native and foreign, w ere enthusiastic supporters of the new dispensation, till, as many Turks expressed it, every Hebrew became a potential spy of the Young Turks. Turks began to remark that the movement was rather a Jewish than a Turkish Revolution.”
    Plus de détails:
    http://www.scribd.com/doc/27071802/Jews-Armenian-Holocaust
    Il y a aussi cette video :
    http://www.youtube.com/watch?v=oBFleg8nvzg&feature=related

  • Archives de Vigile Répondre

    8 juin 2010

    J'espère que votre vision de la Turquie actuelle n'est pas prémonitoire, car, gare à l'Europe ! et pourquoi pas à tout l'Occident.
    Je trouve de plus en plus les Occidentaux d'une naïveté incroyable envers tous ces peuples qui ont une longue histoire.