Discours inaugural - L'avenir, vraiment?

Jean Charest n'a décidément pas dit son dernier mot de premier ministre. Mais qui croit encore qu'il peut tenir ses engagements?

PLQ - les derniers feux - Printemps 2011



On attendait un gouvernement essoufflé, qui ressasserait la bonne performance économique du Québec. On a plutôt eu droit à un discours inaugural qui rhabille au goût du jour de vieilles promesses, qui évite l'affrontement et qui est tourné vers l'avenir. Jean Charest n'a décidément pas dit son dernier mot de premier ministre. Mais qui croit encore qu'il peut tenir ses engagements?
Coïncidence? Après avoir été élevée au rang de priorité numéro un dans le manifeste de François Legault, c'est l'éducation qui ouvrait la marche des cinq priorités que s'est fixées le premier ministre Jean Charest pour aborder l'avenir du Québec dans son discours inaugural.
Mais c'était aussi affaire de stratégie. Car nul n'attendait le premier ministre sur le terrain de l'éducation, nul n'avait pressenti qu'il pigerait aussi allègrement dans des idées de l'ADQ, nul n'avait vu venir des promesses aussi précises qu'un tableau intelligent par classe, un ordinateur portable par professeur, un enseignement intensif en anglais pour les élèves de sixième année, et le vouvoiement pour tous.
Des engagements inattendus, faciles à comprendre: les esprits étant réchauffés, M. Charest poursuivit donc sur tout ce que le Québec pourrait faire d'unique au monde — Plan Nord, transports électriques, politique bioalimentaire — tout en s'ajustant à une société en changement: projets pour garder les gens de plus de 65 ans au travail, pour leur maintien à domicile, ou pour assurer l'occupation du territoire. C'était toujours facile à comprendre, un véritable engagement dans l'avenir. «On ne peut pas vivre aux crochets de l'actualité», disait M. Charest hier soir en entrevue à TVA.
Il est vrai que ce discours est loin d'une actualité bien embêtante, faite d'enseignants débordés, d'un système de santé qui fuit de toutes parts, de débat autour du principe même de l'exploitation du gaz de schiste, d'accommodements raisonnables à gérer dans l'administration publique, et de l'entêtante demande des Québécois pour une enquête sur l'industrie de la construction. De tout cela, M. Charest n'a soufflé mot.
Par contre, une grande partie de son discours reprenait des annonces déjà faites. Quant au reste, c'était le royaume de la tarte aux pommes. Tant mieux si les soins aux cancéreux sont mieux coordonnés, mais cela ne donnera toujours pas un médecin de famille à l'ensemble des Québécois. Tant mieux si le vouvoiement est à nouveau de mise à l'école: c'est une marque de respect pour le professeur bien moins coûteuse que l'augmentation de salaire promise par François Legault! Mais cela donnera-t-il aux élèves le sens de l'effort, et du temps pour que les profs s'occupent vraiment d'eux? Il faudra d'ailleurs en trouver des professeurs pour enseigner les mathématiques en anglais en Gaspésie, en Abitibi, au Saguenay! Et le vaste plan promis de services intégrés aux personnes âgées ne sera-t-il qu'une fusion de programmes déjà existants?
Faute de détails, rien de plus normal que plusieurs groupes de la société civile se soient montrés prudents devant ce discours a priori alléchant. «Dans nos débats, nous jetons souvent sur nous-mêmes un regard sévère», y déplorait d'ailleurs M. Charest. C'est vrai qu'il y a de bons coups qui se font au Québec: une mesure ici, ou là. Mais c'est une liste que l'on coche, pas un projet dans lequel on plonge, une vision qui fait rêver, une transformation qui marque l'histoire. Ce souffle-là, les libéraux ne sont jamais arrivés à le trouver depuis 2003 et même si le premier ministre, tout à son Plan Nord, voudrait bien nous persuader du contraire, il n'était toujours pas là hier.


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