Dure journée pour le maire Tremblay

Corruption à la ville de Montréal


Pratiquement tous les enquêteurs de la province vont se pencher sur Montréal: ceux de Revenu Québec, de la Régie du bâtiment, du ministère des Affaires municipales, de la Commission de la construction, sans oublier l'escouade Marteau et l'unité anticollusion de Jacques Duchesneau, ex-chef de police de la Ville de Montréal. Et Jacques Duchesneau ne porte pas le maire Tremblay dans son coeur.
Tous ces policiers et enquêteurs vont scruter les secrets de l'administration Tremblay.
C'est la toute nouvelle Unité permanente anticorruption (UPAC) qui a hérité du mandat. C'est elle qui va inspecter Montréal sous toutes ses coutures et qui va coordonner la super enquête. L'UPAC a de l'argent, un budget annuel de 30 millions. De plus, c'est le premier mandat qu'elle reçoit du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil. Elle voudra faire ses preuves, démontrer son efficacité, surtout que le ministre lui a mis de la pression. Il veut des résultats. «Le plus rapidement possible», a-t-il précisé en point de presse, hier matin.
Le ministre Dutil n'a pas mis de gants quand il a annoncé la nouvelle. Son ton était cinglant. C'est un homme de peu de mots. J'ai rarement vu un point de presse bouclé aussi rapidement.
«A-t-il averti le maire avant de prendre sa décision? a demandé un journaliste.
- Non! a répondu le ministre.
- Le gouvernement est-il inquiet quand il regarde ce qui se passe à Montréal?
- L'inquiétude est profonde», a-t-il dit.
***
Le maire a attendu plusieurs heures avant de répliquer. Il a convoqué un point de presse à 15h15. Il est arrivé en retard, accompagné de ses fidèles lieutenants qui n'ont pas dit un mot. Même s'il y avait un monde fou, Gérald Tremblay n'a répondu qu'à quatre questions en français et trois en anglais.
Il était furieux contre Québec qui a lancé une gigantesque enquête sur sa Ville sans le prévenir. Ce sont ses relationnistes qui lui ont appris la nouvelle. Eux-mêmes l'ont su en regardant la télévision. Un procédé cavalier qui montre à quel point l'exaspération du gouvernement Charest est à son comble. Le lien de confiance entre Québec et Montréal est rompu.
Le maire ne s'est pas gêné pour exprimer sa frustration. «Le ministre de la Sécurité publique, à la suite d'articles dans les journaux ou des questions de l'opposition, a décidé de faire une enquête. C'est son droit le plus légitime, mais la faire sans me téléphoner est totalement inacceptable!»
Cette fois-ci, c'est vrai qu'il ne le savait pas.
Le torchon brûle entre Montréal et Québec. Au début de la semaine, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, cachait mal son irritation devant les histoires d'espionnage qui éclaboussent la Ville et les méthodes abusives, voire illégales, utilisées par l'ex-enquêteur du maire, Pierre Reid.
Québec en a plein le dos. Il a donc lâché ses meilleurs limiers sur Montréal pour qu'ils fouillent les moindres recoins de l'hôtel de ville.
Car le mandat est large. Vaste comme l'univers. L'UPAC a carte blanche. Au commissaire Robert Lafrenière, le grand patron de l'UPAC, de piger. Le ministre lui a donné des pistes: les méthodes utilisées par Pierre Reid, incluant l'ouverture clandestine des courriels du vérificateur et d'un élu, Claude Dauphin, la surveillance de l'ex-chef de police, Yvan Delorme, les nombreux contrats octroyés à des firmes de sécurité privée, dont BCIA qui a surveillé le quartier général de la police sans contrat pendant des années. Ce ne sont pas les sujets qui manquent.
Et ce n'est pas tout. Le ministre ouvre toute grande la porte. L'UPAC pourra aussi enquêter sur des allégations de corruption, en plus de «coordonner toute autre enquête concernant la gestion de la Ville de Montréal». Vaste, très vaste. Trop? L'enquête risque de s'éterniser. Ou de s'enliser.
Le rapport sera rendu public, a promis le ministre. Fort bien, mais quand? Dans un an? Deux? Tout le rapport ou seulement les passages qui semblent acceptables aux yeux des policiers qui n'ont jamais péché par excès de transparence? En attendant les conclusions de l'enquête, toutes les portes vont se fermer, les enquêteurs vont fouiller et le grand public ne saura rien.
J'ai posé quelques questions techniques au ministère de la Sécurité publique qui a tout pris en note, mais qui n'a même pas pris la peine de me rappeler. J'ai aussi demandé une entrevue au patron de l'UPAC, Robert Lafrenière. Réponse: non. On m'a renvoyé à un site web qui contenait trois paragraphes chenus qui ne disaient rien. Bonjour la transparence.
***
Gérald Tremblay jure qu'il n'a rien à se reprocher. «Je ne suis pas inquiet, mes livres sont ouverts», a-t-il dit, hier.
Quand les enquêteurs et les policiers vont débarquer à l'hôtel de ville, le maire va peut-être comprendre l'ampleur de la tuile qui vient de lui tomber sur la tête. Car contrairement à Pierre Reid, un amateur, ce sont de vrais enquêteurs et de vrais policiers qui vont ouvrir chaque placard et examiner chaque squelette.
Pas de doute, c'était une bien mauvaise journée pour Gérald Tremblay.
Pour joindre notre chroniqueuse: michele.ouimet@lapresse.ca


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