Être minoritaire et dépressif

Le cancer qui nous ronge

Retrouver le goût du pays

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Tribune libre

Il y a les Québécois de souche qui sont nettement majoritaires au Québec, et qui le sont encore dans la région de Montréal. Il y a des Québécois anglophones et autochtones qui sont ici depuis longtemps et aussi des Québécois de différentes origines arrivés plus récemment. Aucun groupe à part les Québécois francophones ne représente à lui seul 20% de la population au Québec, et même de Montréal. Dans un pays normal l’existence de ces minorités ne serait pas une menace à la survie des francophones. Au Canada, tous ces groupes minoritaires au Québec ont la possibilité de faire partie de la majorité en se considérant Canadiens. Sauf exceptions, ils choisissent cette option et font fi de la majorité des francophones au Québec. S’ils vivaient hors Québec ils réaliseraient leur situation de minoritaire mais au Québec ils ne voient que des francophones minoritaires dans le Canada. Sur les enjeux essentiels, les multiples groupes non francophones oublient leurs différences, et pour certains  leurs antagonismes, et s’opposent en bloc aux volontés de la majorité. C’est comme s’il existait un peuple, les Allophone du Québec, et que ce peuple a choisi de s’allier aux anglophones.


Il n’y a rien là de nouveau, Jacques Parizeau avait trouvé une façon simple de le dire, mais il faut toujours se le rappeler et ne pas oublier la nécessité pour les francophones de s’unir aussi sur les questions essentielles.


On ne peut pas reprocher aux minorités de ne pas respecter les volontés fondamentales des Québécois puisque leur pays, le Canada, conteste juridiquement nos lois sur la langue et la laïcité et probablement bientôt celles sur l’immigration, à moins qu'on ne les censure nous-mêmes.


Les Québécois sont accueillants et généreux, ils sont fiers de bien traiter toutes les communautés présentes au Québec. Ils leur ont fait une belle place à la dernière Fête nationale. Ils le font en se disant que c’est important de bien traiter les minorités, sans réaliser que pour elles c’est nous qui sommes minoritaires. Les artistes des différentes communautés n’avaient pas à s’afficher comme défenseurs de la langue française et le la laïcité, un des animateurs Québécois francophones ayant même exprimé ses réticences face aux volontés de la majorité.


Le choix politique d’être d’abord Canadiens va de pair avec une faible estime pour la société québécois, allant pour certains jusqu’au mépris. Il n’y a pas de racisme systémique envers les Québécois de souche mais on peut sentir qu’il existe chez des membres des communautés non francophones une attitude de supériorité face à nous. À cet égard les allophones peuvent s’inspirer d’une attitude généralisée chez les anglophones québécois.


Sur la base de commentaires entendus au fil des ans, j’en suis venu à identifier trois sources distinctes du manque de respect envers la société québécoise.


Premièrement, les immigrants comme les anglophones considèrent souvent que la culture québécoise est une culture négligeable, comme si on pouvait porter un tel jugement sur une autre culture. On fait aussi état de la piètre qualité de la langue française au Québec. Tous les peuples tendent à considérer leur culture comme la meilleure, c’est sans doute naturel. La plupart des immigrants, comme les anglophones du Québec, se rattachent à une culture d’origine regroupant des centaines de millions d’êtres humains et ils ne voient pas que la culture québécoise se rattache elle-même à la culture occidentale et à la grande culture française. La culture dominante dans leur pays d’accueil c’est la culture canadienne anglo-saxonne.


Par ailleurs, beaucoup de communautés immigrantes sont des communautés religieuses et les gens qui ont la foi, surtout lorsqu’ils la vivent en communauté, guidés des chefs spirituels, considèrent souvent les non croyants comme leur étant inférieurs. Dans cette optique, la décision des Québécois de poser, avec la loi sur la laïcité, des contraintes aux pratiques religieuses dans le domaine public, peut leur apparaître comme un geste barbare.


Finalement, la plupart des immigrants travaillent beaucoup, ils peuvent nous trouver un peu paresseux, un peu esclaves des plaisirs de la vie. C’est une perception qui doit être assez répandue chez les immigrants qui s’installent dans un pays riche, qui veulent y faire leur place et accéder à la classe moyenne. Dans ce cas, le manque de respect particulier envers les Québécois vient du fait que les immigrants croient que notre richesse nous vient du Canada anglophone.


Une de nos valeurs qui peut rendre difficile l’intégration des immigrants au marché du travail et créer de la frustration c’est que nous avons toujours valorisé la sécurité d’emploi, à temps plein, et la stabilité qui permet aux jeunes travailleurs de faire des projets, d’investir, dans une famille préférablement mais aussi dans le travail, et de planifier une retraite confortable. Même quand la situation était difficile pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail, on n’a jamais mis des travailleurs au chômage pour donner une chance aux plus jeunes. Ce principe est contesté en pratique par les Uber et autres employeurs d’inspiration néoclassique qui contournent les règles pour recruter les employés les moins coûteux.


Il y a peut-être un travail de sensibilisation à faire auprès des communautés mais pour moi ce n’est pas la démarche prioritaire. Pour se faire respecter, il faut d’abord se respecter soi-même.


Trop de québécois francophones n’ont pas une grande estime de leur langue, de leur culture et de leurs valeurs. Je serais porté à jeter le blâme sur nos élites qui nous ont menés à travers la Révolution tranquille mais surtout à celles qui les ont remplacées par la suite. La Révolution tranquille a fait faire un bond en avant formidable à la société québécoise, cela est incontestable. En même temps elle a bouleversé des équilibres centenaires et les Québécois qui l’ont traversée comme adulte ont vécu une crise de valeurs qui a aussi perturbé leurs enfants.


La société québécoise devait reprendre son souffle et assimiler les bouleversements de la révolution. Ce cheminement n’est pas complété et il me semble que nos élites n’ont pas suffi à la tâche. Quand je parle d’élites je parle de toutes ces personnes qui sont en mesure de par leur statut d’influencer l’opinion publique. À la suite de la Révolution tranquille, une partie de nos élites se sont tournées vers une nouvelle religion, celle de l’argent. Elles se sont du même coup converties à l’anglais et à la culture anglo-saxonne. Il nous reste un grand bassin d’élites nationalistes mais la puissance des médias leur permet de donner une voix beaucoup plus fortes à certains influenceurs qu’à d’autres. C’est pourquoi nous avons absolument besoin de personnalités nationalistes très fortes pour redonner aux Québécois francophones leur fierté et le goût d’avoir un pays.


Les Québécois retiennent surtout de leur histoire les colons, les coureurs de bois, les infirmières, prêtres et autres pionniers qui sont à l’origine de notre installation sur le territoire. Ils oublient souvent comme les immigrants que ces fondateurs et nous-mêmes intégrons les valeurs de la culture occidentale et de la culture française qui n’ont rien à envier aux autres grandes civilisations. C’est la civilisation occidentale qui a générée la révolution industrielle et les sociétés prospères qui sont les nôtres. C’est un aspect de notre civilisation basé sur des valeurs matérielles mais qui a fait reculer la misère et la pauvreté dans le monde, et qui amène ici une grande proportion des immigrants. N’y a-t-il pas de quoi être fier? 


Ce sont les anglo-saxons qui ont été le fer de lance du développement industriel, on a dit que les valeurs du protestantisme étaient particulièrement favorables au développement du capitalisme, mais l’ensemble de l’Occident a vite intégré le modèle anglo-saxon. Au Québec, le catholicisme a freiné le développement du capitalisme mais avec la révolution tranquille le Québec a rapidement comblé l’écart de richesse les autres pays industrialisés. On nous nargue en nous faisant valeur la richesse supérieure de l’Alberta, mais la comparaison avec les pays et régions producteurs de pétrole est impertinente. Le Québec a une économie moderne et diversifiée et nos valeurs traditionnelles semblent avoir favorisé un capitalisme moins sauvage et notamment une classe d’entrepreneurs qui ont vraiment à cœur le bien-être de leur communauté.


Quant à la qualité de la langue, les historiens nous disent qu’elle s’est dégradée pendant les premières décennies suivant la conquête alors que le régime anglais refusait l’ouverture d’écoles françaises. La qualité du français me semble s’être améliorée dans la population depuis les années soixante, si on exclut du jugement les élèves des collèges classiques qui profitaient d’une éducation exceptionnelle.


Les Québécois ont décidé assez brusquement de rejeter l’église catholique mais vivre la laïcité n’est pas si facile. Les Québécois catholiques ont vécu un vide spirituel et peut-être que plusieurs se sentent diminués par le manque du contact avec Dieu que leur assurait les prêtres. L’appui à la loi sur la laïcité a été nettement majoritaire mais devant les violentes protestations des communautés religieuses certains Québécois peuvent douter de sa justesse. Il faut redire qu’une société laïque est plus forte et plus avancée qu’une société où des dirigeants religieux décident de tout, et si différentes communautés cohabitent, la laïcité de l’État est essentielle. Sur le plan personnel chacun est toujours maître de ses croyances.


Finalement la vie relativement facile des Québécois, notre société de consommation, donne un peu mauvaise conscience à un peuple pour qui le travail ardu fait partie des valeurs traditionnelles. On a atteint un niveau de développement économique qui  permet  à la majorité des citoyens de consacrer plus de temps aux loisirs. De plus la prise en charge par l’État, dans le détail,  de la prestation de la plupart des services publics ne laisse pas beaucoup de place à l’implication des citoyens. Compte tenu de ce qui a été découvert dans la prestation des services aux ainés, il aurait peut-être lieu pour les citoyens de s’imposer davantage.


Les citoyens en mal de défis et de motivation pourraient aussi retrouver le goût d’avoir des enfants.


On pourrait croire que ceux que notre existence dérange utilisent nos démons intérieurs, associés à notre culture, notre laïcité et notre éthique de travail, pour tenter de nous affaiblir. En réalité, nous sommes un grand peuple et nous avons toutes les raisons d’être fiers.


Nos élites nationalistes devraient donc consacrer beaucoup d’efforts à reconstruire la fierté nationale des Québécois. S’ils y réussissaient le goût de se donner un pays reviendrait en force et c’est le seul moyen de devenir un jour vraiment majoritaire.



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