Nouveau programme de français

Abolition de l’exposé oral en français

Tribune libre

L’application du nouveau programme de français au primaire et au secondaire est reportée en 2027-2028, répondant ainsi à une préoccupation des enseignants de disposer de trop peu de temps pour se l’approprier d’ici le début de l’année scolaire 2026-2027.

Or parmi les changements proposés, le nouveau programme de français prévoit notamment remplacer l’exposé oral devant la classe par des débats, discussions et jeux de rôle. À mon avis, c’est bien peu faire de cas des nombreux objectifs de l’exposé oral lesquels visent à développer la compétence à communiquer de façon claire, structurée et cohérente. De surcroît, ils font appel à la recherche d'informations, la structuration d'un raisonnement, l'utilisation d'un vocabulaire précis, la maîtrise de la prosodie et la capacité à s'adresser à un public. 

À ce sujet, j’ai souvenir encore du silence respectueux des élèves au moment où le locuteur se présentait devant la classe pour présenter son exposé, et, phénomène tout à fait naturel voire formateur, de la nervosité qui l’accompagnait. Les sujets proposés étaient variés, passant de la critique d’un livre ou d’un film, d’une chanson à l’analyse d’un fait vécu et cela, en l’espace de 2 à 3 minutes. Pendant la présentation de l’élève, je me tenais au fond de la classe et cotais le degré d’atteinte des critères précédemment retenus et divulgués aux élèves sur une échelle de 1 à 10.

De remplacer les exposés oraux par des débats, discussions ou jeux de rôle tient, à mon sens, de l’aberration, les objectifs visés par les deux modes d’expression étant totalement différents, les débats faisant appel notamment au pouvoir de persuasion d’un participant à l’intérieur d’un groupe. Et s’ajoute à cette différence la difficulté, voire l’impossibilité de noter la performance de l’élève dans les échanges avec le reste du groupe.

À toutes fins pratiques, débats et exposés oraux sont inconciliables quoique complémentaires, la capacité d’un élève à exprimer sa perception sur un sujet faisant partie des objectifs qui y sont inhérents. C’est pourquoi, il serait pertinent, à mon sens, de mener de front les deux exercices pédagogiques au lieu de déshabiller Pierre pour habiller Paul.


Henri Marineau, enseignant en français au secondaire retraité, Québec



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