LAÏCITÉ

Le jugement sur la loi 21 dans la perspective des Canadiens-Français

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Chronique de Gilles Verrier

Pour plusieurs analystes et commentateurs, le jugement Blanchard est fautif parce qu'il interprète de manière abusive l'article 23 de la Charte fédérale. À juste titre, on en fait la démonstration et on s'en indigne. Un blogueur représentatif des milieux souverainistes y va de sa conclusion :


« Le gouvernement Legault a déjà décidé de porter sa cause en appel. Il devrait faire plus. Il devrait laisser savoir aux Anglo-Québécois qui se moquent de nous, et à Ottawa qui nous regarde de haut qu'il n'acceptera plus jamais de décisions rendues en matière constitutionnelle provenant de juges nommés par le seul premier ministre fédéral. » 


Il nous offre un exemple du tropisme constitutionnel et légal habituel, comme s’il en manquait, qui se termine par les immanquables voeux pieux que nous venons de lire. 


L'approche des Canadiens-Français est différente. Elle se distingue de ces récriminations « dans le cadre du régime» pour attaquer la légitimité du régime lui-même. C'est Maurice Séguin qui s'exprimait en ces termes, le grand historien du national que plusieurs vénèrent, mais dont on se fout de la première leçon. 


Il y a deux Québec. Linguistiquement et institutionnellement, et donc juridiquement. En finir avec la québécitude c’est admettre cette dualité et défendre nos propres intérêts. C’est défendre notre droit historique à une existence nationale pleine et entière; c’est revendiquer nos droits de fondateurs du Canada et d'autochtones d'extraction européenne. Ce qui demeure incompris c'est qu'il est impossible de le faire sans se réclamer Canadiens-Français ou Français du Canada au départ. 


La réappropriation du canal historique de notre identité n’est ni une fantaisie, ni une coquetterie, ni une option, quoique certains puissent en penser. C’est une nécessité existentielle. C'est là la faute mortelle de la doctrine péquiste et de ses rejetons de QS, de la CAQ et suivis, à ce jour, par le nouveau Parti patriote, lequel semble vouloir reculer l’horloge de la québécitude en 1974, avant l’étapisme. D’abord dépréciée dans les écrits de P. E .Trudeau, il ne fallait pas l’écouter. Il ne fallait pas renoncer à une identité historique qui nous fournissait les fondements de la légitimité. C’est pourtant ce qu’a fait toute la mouvance nationaliste d’esprit libéral à partir de 1960. La québécitude, qui nous a fait sortir de notre canal identitaire, compromet depuis notre existence nationale. 


Tant que nous nous en tiendrons à la fiction de la nation québécoise (qui repose statutairement sur l’union de deux communautés de culture, l’une francophone, l’autre anglophone), nous serons paralysés par notre négation d’un séparatisme interne. En devenant Québécois, nous avons créé cette entité juridique qu’est la communauté québécoise d’expression anglaise qui bloque (du fait de ses droits consacrés) toute action visant à préserver ou promouvoir notre singularité française. De par sa définition de la nation, Québec doit statutairement entretenir les Anglo-Québécois dans leur spécificité et leurs institutions, ce qu’il fait consciencieusement depuis 50 ans. De ce point de vue, Québec est dans le même camp qu’Ottawa. PSPP, MBC et tous les nationalistes québécois nous trompent en masquant cette évidence, tout en s’indignant de ses inévitables conséquences déculturantes et assimilatrices. Que reste-t-il pour notre propre défense ? 


Du moment où nous abandonnerions cette québécitude absurde au profit d’une visée cherchant à assurer la pérennité de la nation constituée des Canadiens-Français du Québec, on provoquerait un renversement des perspectives. Plutôt que de courtiser les anglophones québécois afin de trouver un modus vivendi acceptable à tous, nous pourrions reprendre, comme avant les années 1970, notre combat national. Est-ce encore possible alors que nous sommes aux mains des anglo-saxons depuis 250 ans, avec tout ce que cela comporte d’acclimatation aux dominants ? Est-ce possible alors que nous sommes devenus possiblement la nation la plus aliénée et menacée du monde ?


S'en rend-on seulement compte?


Pas du tout. Nos souverainistes de carrière et nos souverainistes partisans, qui tiennent le micro depuis trop longtemps, ne jurent que par le petit Canada qu'est la ¨nation québécoise¨ de leur fantasme, et le fétichisme d’une indépendance trudeauiste. Ils sont dans la lignée de ceux qui se sont laissés berner par des faussaires et des sauveurs du Canada, comme René Lévesque et Claude Morin. Ils le sont toujours (bernés) et aucune autre approche ne semble digne d'intérêt pour eux, malgré un score au bâton qui ne compte que des échecs.


La québécitude a pour fonction de servir de breloque et de colifichet, faire patienter dans le déclin. Elle empêche une prise de conscience collective réaliste de notre situation. Transformés en simples francophones, on a pu nous faire croire que tout francophone, saurait, voudrait s’intégrer à nous. Eh bien, ce n’est pas le cas. Toute personne sait qu’il est préférable d’intégrer la communauté québécoise d’expression anglaise, ou du moins de fréquenter ses institutions dont le prestige est sur-financé par Québec, et d’adhérer au progressisme sociétal qui les caractérise, si on veut favoriser son ascension sociale. Notre seule issue dans cette guerre consiste à regrouper nos forces dans le giron national retrouvé.


Contre toutes les apparences, les dits "Québécois francophones" sont profondément colonisés alors que les défenseurs de notre identité historique de Français-Canadiens (ou Canadiens-Français) sont plus lucides et plus libérés de l'aliénation nationale. C'est en ces termes inversés, qui défient la croyance populaire, que se pose correctement notre avenir si mal engagé.


Il est certain qu'avec la propagande néonationaliste bardée de tous les codes du « progressisme », portée par des médias comme Québécor, l'imposture de la québécitude a encore de beaux jours devant elle. Néanmoins, l'évolution rapide de la société québécoise (immigration, vieillissement, faible natalité) devrait, d'ici quelques années, mener au rassemblement des nationalistes sincères, ceux qui se seraient enfin débarrassés de cette assertion fausse selon laquelle on ne peut exister qu'en s'identifiant à un État du Québec au service d’un peuple multiculturel et bilingue. 


Cette dissociation de notre vitalité nationale et de l’État est d’ailleurs un fait accompli, bien que gravement sous-estimé. Le retour au réel provoquera le constat d’un échec immense. Devenus Québécois pour ne plus être une part du peuple canadiAn, on serait devenus à la fin une part du peuple québécois ! La Fédération des Canadiens-Français se tient à l’avant-garde pour redonner aux Canadiens-Français le poids politique qu’ils ont perdu. 


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Gilles Verrier123 articles

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Entrepreneur à la retraite, intellectuel et autodidacte. Je tiens de mon père un intérêt précoce pour les affaires publiques. On peut communiquer avec moi et commenter mon blogue : http://gilles-verrier.blogspot.ca





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9 commentaires

  • Gilles Verrier Répondre

    20 mai 2021

    Je reviens sur les propos d'Alexandre Cormier-Denis. Il écrit



     « ll serait très facile de réduire les budgets alloués aux anglophones si c'était le seul objectif visé. Cela ne demanderait aucune modification constitutionnelle ou législative, seulement Ottawa comblerait l'argent soustrait par Québec et les réseaux anglophones seraient encore surfinancés. Je suis pour ma part en faveur de la francisation intégrale des réseaux collégial et universitaire anglophones au Québec (ce que nous permet la constitution canadienne), même si cela risque de créer une levée de bouclier au sein même de la population canadienne-française »



    Rien de tel n’a jamais été dans les cartons au Québec et je ne suis pas prêt à croire que ce serait « très facile ». Le plus loin où nous sommes allés en ce sens était le mouvement de francisation de Mc Gill en 1969, boudé par le PQ, et enterré en octobre 1970. À la différence d’aujourd’hui, ce mouvement de francisation profitait tout de même d’une affirmation nationale en plein essor. Vous pouvez bien rappeler que la constitution le permet en principe, mais l’état des lieux l’empêche. Cela serait dénoncé comme une attaque frontale contre les anglophones du Québec et du Canada et s’attirerait peu de sympathie dans le monde, sinon aucune. L’idée est d’une dangereuse témérité. Elle ferait boomerang au moment où les tendances démographiques pointent vers notre mise en minorité prochaine. 



    « Par ailleurs, sur la question démographique, c'est bien l'élection du PQ qui a fait fuir environ 200 000 anglophones hors du Québec à partir de 1977. Un exploit que l'UN n'est jamais parvenu à accomplir en plus de 20 ans de pouvoir total. La loi 99 a des défauts, mais peut servir de base à la future élaboration d'une constitution québécoise dans laquelle il faudrait inclure une formule de ce type : « Le Québec est le foyer national des Canadien français. Toutes les orientations, lois et prérogatives de l'État doivent prendre en considération ce principe fondamental. » »



    Une telle formule d'amendement pourrait effectivement modifier le premier considérant de la loi 99, marquer la fin d’un déni des Canadiens-Français par Québec. Ceci forcerait une ré-écriture de la loi en conséquence, comme les troisième et quatrième considérants avant la fin, qui établissent une relation de cause à effet principale entre le droit à l’autodétermination et les référendums. Une liaison qui constitue une occultation de l’histoire, ce qui est tout à fait loufoque dans la perspective du déni de nationalité des Français canadiens commencé avec la Conquête. 



    « Le Canadien français est devenu Québécois avec Vatican II et l'effondrement interne de l'Église catholique. Le phénomène est bien plus anthropologique que pleinement politique et c'est ce qui rend le retour à la culture canadienne-française pré-révolutionnaire tranquille impossible considérant l'abandon de l'Église à notre endroit. »



    Je ne discuterai pas ici de votre analyse des causes, la part du politique et de l’anthropologie dans l’adoption d’une identité refondue, laquelle deviendra vite purement étatique et territoriale. Mais je refuse votre conclusion qu’il s’agirait d’un « retour à la culture canadienne-française pré-révolutionnaire tranquille » Selon moi, la renaissance nationale se fera par nécessité historique et réflexe de survivance et elle sera "post"-révolutionnaire tranquille. Car, si elle s’inspire de l’histoire longue, elle n’est pas figée par elle, l’évolution se poursuit. 



    Il est clair qu’une armature nationale aux assises profondes nous est indispensable pour affronter les défis actuels posés par la fin du néonationalisme péquiste, lequel apparaît inévitable. Nous pouvons assurer notre avenir à titre de Canadiens-Français, peuple fondateur, devenu autochtone par la Conquête, et dépositaire de la légitimité et de droits historiques, y compris le droit à l’autodétermination, interne ou externe, le tout pouvant faire l'objet de représentations devant des instances internationales. Peu importe ce qu’on peut penser de la valeur de ces instances, ce sont les seuls forums internationaux qui peuvent entendre notre cause. . 



    « Ce qui favorise notre assimilation, c'est notre déclin démographique en raison de la noyade migratoire que nous subissons. »



    Le PQ a proposé son plan. « ...un objectif pour 2031 : que trois allophones sur quatre choisissent le français, plutôt qu’un sur deux actuellement. » Le PQ propose d’aller à notre disparition mais moins vite. Compte tenu de notre natalité, il faudrait que 90 % des immigrants se rallient aux francophones pour éviter le déclin linguistique. 


    Mais former des locuteurs du français n'est pas un facteur suffisant pour inscrire les immigrants dans le continuum historique des Canadiens-Français. Notre assimilation est accélérée par l’immigration de masse, certes, mais c’est l’absence de volonté d’exister chez-nous, chez les nôtres, qui en décuple les effets. En 1969, le gouvernement de PET adoptait la loi sur les langues officielles, faisant passer l’existence de deux peuples fondateurs à l’existence de deux communautés de langues officielles. Le nationalisme québécois s’est adapté et conformé. Il a délaissé la défense de notre personnalité nationale dans sa plénitude pour tout ramener à la défense du français. Amère déception. Ce sera peine perdue car la langue n’est pas un liant suffisant pour faire nation. Pour nous sauver, il faudra d'abord reconstituer pour nous-mêmes un pôle d'attraction et d'appartenance, défendre et enseigner notre épopée nationale, redonner droit de cité à un récit historique construit depuis la Nouvelle-France. C’est ce que font tous les autochtones. Sans qu’un tel mouvement se manifeste, les tendances observées actuellement ne pourront être renversées. L'identité québécoise à double pôle linguistique, constituée de francophones et d'anglophones, est suicidaire. Elle envoie un message double non seulement aux immigrants, mais également aux anglophones et aux francophones. Avec le temps, c’est l’identité québécoise anglophone qui prévaudra, et nous en sommes presqu’au coude à coude. 

     




  • Gilles Verrier Répondre

    15 mai 2021

    Je poursuis...


    Vous écrivez : «Or, jamais l'Union nationale de Duplessis ou de Johnson ne s'est attaquée aux « droits linguistiques » des anglophones.»


    À ma connaissance personne ne propose d’attaquer les droits linguistiques des anglophones. On parle de les ramener à leur juste proportion, mettre fin au sur-financement de leurs institutions qui contribue à accroître le prestige et l’attraction de ces dernières. Une situation établie et chiffrée par plusieurs études, comme vous le savez. L’État du Québec a rendu plus problématique tout redressement à cet égard en octroyant des « droits consacrés » aux anglophones. Comment interpréter ces droits consacrés? Le maintien du statu quo qui les favorise? C’est en tout cas dans cet esprit qu’a agi récemment le gouvernement Legault avec toute la puissance de l’État, vous le savez aussi. Cette consécration d’un statut spécial aux Anglos cache mal l’infériorité historique des Canadiens-Français et la survivance de comportements coloniaux dans une logique inversée qui laisse croire que les Anglos sont ou pourraient être une minorité vulnérable au Québec, ce qui n’a jamais été le cas. Une minorité démographique, certes, mais jamais une minorité sociologique et politique. 


    Vous remarquerez que les mouvements de francisation (MQF, IF) ne pointent jamais du doigt la loi 99 comme élément de cristallisation du déséquilibre linguistique. Pourquoi ? Est-ce que parce que c’est une loi « québécoise » affirmative du droit à l'autodétermination ? 


    Plus loin : «Ce n'est pas la québécitude révolutionnaire-tranquille qui entraîne le respect des institutions anglophones du Québec (universités, collèges, hôpitaux, etc.), mais l'esprit de modération des Canadiens français et la culture politique consensuelle héritée du parlementarisme britannique que partagent nos élites politiques depuis 1791 qui sont en cause. Il faut aussi souligner la peur que suscite la réaction du Canada anglais envers notre diaspora suite à toute action contre les Anglais du Québec.»


    Cet « esprit de modération » est le produit de l’indirect rule institué par l’empire colonial britannique. C’est en réalité une soumission du peuple au régime par la médiation des élites récompensées par l’élévation de leur statut économique, social, etc. Ce mode de gestion colonial est bien connu pour son succès dans l’empire britannique. Ce qui fera dire à Laurier : «I am English to the core». Mais il y a des nuances qui méritent d’être faites. La première période se distinguant de la suite. 


    « Les Canadiens élaboreront de 1763 à 1837, toute une théorie de la «nation canadienne», des ses droits, de ses rapports avec la Grande-Bretagne, les États-Unis et les colonies anglaises. La nation canadienne devient chez eux une expression courante. » (Maurice Séguin)


    Mais si vous voulez dire que la québécitude n’est pas la cause unique de nos déboires, je suis tout à fait d’accord. 


  • Gilles Verrier Répondre

    14 mai 2021

    Merci de votre intervention qui me donne l'occasion de préciser certains points.


    Vous écrivez : « Il faudra alors assumer pleinement le caractère multinational du Québec et arrêter de se bercer d'illusion sur le Québec comme seul État français d'Amérique du Nord. »


    Oui, vous avez raison, il faut assumer la réalité. Les deux grandes communautés "nationales" au Québec sont à peu près de force égale mais les « Québécois francophones », expression courante pour désigner ce peuple sans nom, sont en déclin. Notre État français, que Lionel Groulx appelait de ses voeux, nous l’avons perdu à l'élection du PQ en 1976 et au référendum de 1980. Pour faire le contraire de ce que les Yankees avaient fait avec succès en 1776, soit de laisser partir les Loyalistes, un acte fondateur pour leur pays, le PQ a tout fait pour les retenir. Les initiatives audacieuses n’ont pas été saisies en temps opportun, on est quitte pour se rappeler que l’histoire ne repasse pas les plats.


    Nous ne possédons pas l’État du Québec parce qu’il n’y a pas eu de geste identifiable pour se l’approprier depuis la Conquête. Nous n’avons pas d’autre choix, dans la perspective prochaine de notre mise en minorité, que de rivaliser avec les « Québécois anglophones », pour influencer les décisions de l’État du mieux que nous le pouvons. Nous pourrons mieux le faire par un sain séparatisme, ou une saine indépendance si vous préférez. C’est ce que nos ancêtres avaient compris en fondant des institutions comme la SSJB, l’Action nationale, les caisses populaires, des syndicats, etc., aujourd'hui disparues dans leur forme nationale.


    Nous pourrons mieux affronter les nouveaux défis posés par la fin du néonationalisme péquiste à titre de Canadiens-Français, peuple fondateur, autochtone par la Conquête, et dépositaire de la légitimité et de droits historiques, le tout pouvant faire l'objet de représentations devant des instances internationales. Le Québec étant une province plurinationale entrée volontairement dans la Confédération est par nature divisé sur ces questions et n'a aucun droit à ce titre.


    • Alexandre Cormier-Denis Répondre

      17 mai 2021

      Il serait très facile de réduire les budgets alloués aux anglophones si c'était le seul objectif visé. Cela ne demanderait aucune modification constitutionnelle ou législative, seulement Ottawa comblerait l'argent soustrait par Québec et les réseaux anglophones seraient encore surfinancés.
      Je suis pour ma part en faveur de la francisation intégrale des réseaux collégial et universitaire anglophones au Québec (ce que nous permet la constitution canadienne), même si cela risque de créer une levée de bouclier au sein même de la population canadienne-française.
      Par ailleurs, sur la question démographique, c'est bien l'élection du PQ qui a fait fuir environ 200 000 anglophones hors du Québec à partir de 1977. Un exploit que l'UN n'est jamais parvenu à accomplir en plus de 20 ans de pouvoir total.
      La loi 99 a des défauts, mais peut servir de base à la future élaboration d'une constitution québécoise dans laquelle il faudrait inclure une formule de ce type : « Le Québec est le foyer national des Canadien français. Toutes les orientations, lois et prérogatives de l'État doivent prendre en considération ce principe fondamental. »
      Je crains par ailleurs qu'il ne faille rien attendre de l'ONU ni d'aucune organisation mondialiste pour sauver notre nation. Tout reposera sur notre capacité à rebondir après le cycle caquiste qui risque de durer une bonne décennie.

      • Catherine Doucet Répondre

        18 mai 2021

        « Le Québec est le foyer national des Canadiens-Français. Toutes les orientations, les lois et prérogatives de l'État doivent prendre en considération ce principe fondamental. »
        Tu as tout compris. Il est là notre programme. C'est à partir de là que ça devient réel, qu'on arrête de faire semblant, et que ça force les autres à se découvrir, à prendre position par rapport à la problématique.
        Seulement, il ne faut pas prendre 10 ans pour le mettre de l'avant. Parce que, comme dirait Paul Piché: « je sais que la vie c't'un corridor, mais pas pour mourir, en attendant. »
        C’est ce à quoi il faudrait réfléchir : concevoir cette revendication comme ne visant pas à se substituer au Québec tel qu'il existe actuellement.

  • Alexandre Cormier-Denis Répondre

    12 mai 2021

    Je crois que vous posez le mauvais diagnostic.


    Vous dites : « En devenant Québécois, nous avons créé cette entité juridique qu’est la communauté québécoise d’expression anglaise qui bloque (du fait de ses droits consacrés) toute action visant à préserver ou promouvoir notre singularité française. De par sa définition de la nation, Québec doit statutairement entretenir les Anglo-Québécois dans leur spécificité et leurs institutions, ce qu’il fait consciencieusement depuis 50 ans. »




    Or, jamais l'Union nationale de Duplessis ou de Johnson ne s'est attaquée aux « droits linguistiques » des anglophones.


    Ce n'est pas la québécitude révolutionnaire-tranquille qui entraîne le respect des institutions anglophones du Québec (universités, collèges, hôpitaux, etc.), mais l'esprit de modération des Canadiens français et la culture politique consensuelle héritée du parlementarisme britannique que partagent nos élites politiques depuis 1791 qui sont en cause. Il faut aussi souligner la peur que suscite la réaction du Canada anglais envers notre diaspora suite à toute action contre les Anglais du Québec.


    Nos élites, bien avant l'arrivée du Parti québécois, étaient acquises au « bon » libéralisme anglo-saxon qui pouvait s'accomoder d'un certain conservatisme, contre le « mauvais » libéralisme français de type révolutionnaire et anti-clérical (voir le fameux discours de Laurier de 1877). Notre culture politique est imbibée de cette croyance dans la supériorité des institutions britanniques car elles sont « modérées ».


    De plus, en respectant l'actuelle constitution canadienne, l'État québécois pourrait franciser intégralement le réseau collégial et universitaire anglophone. Pour ce faire, il faudrait avoir une vision jacobine et centralisatrice de la « nation » québécoise uniquement française.


    Le retour à un communautarisme canadien-français déboucherait de façon prévisible sur une reconnaissance des droits acquis linguistiques des anglophones du Québec car formant une communauté nationale distincte de la nôtre. C'est d'ailleurs pratiquement la situation qui prévaut actuellement.


    Mais alors, le français deviendrait donc la langue ethnique des Canadiens français et non plus celle de l'État québécois.


    Il faudra alors assumer pleinement le caractère multinational du Québec et arrêter de se bercer d'illusion sur le Québec comme seul État français d'Amérique du Nord.


    • Éric F. Bouchard Répondre

      13 mai 2021

      Québécois, nous le sommes devenus au même titre que les anglophones du Québec. Des anglophones juridiquement reconnus comme communauté d’expression qui partage, avec des francophones et des Premiers Peuples, une même identité québécoise et un même rapport avec l’État. C’est cette diversité statutaire qui favorise notre assimilation actuelle, tout comme le nationalisme canadien a pu favoriser l’assimilation des nôtres hors Québec depuis le 19e siècle. En ce sens, le Québec français du PQ est effectivement une illusion qui a couvert notre déclin rapide, une imposture dont il faut s’extirper. Car avant la québécitude, nos nationalistes savaient reconnaître et défendre nos droits nationaux propres, ils cherchaient l’émancipation de la nation canadienne-française. Pour stopper notre déclin, c’est l’esprit avec lequel il nous faut renouer. Et pour cela il faut rétablir dans le réel, dans le droit, le politique et la culture, notre dignité nationale. Me suivez-vous?

      • Alexandre Cormier-Denis Répondre

        17 mai 2021

        Avant le PQ, l'UN de Duplessis n'osait même pas faire une réformette linguistique de peur d'aliéner le capital américain. Le PQ a ses défauts, et ils sont nombreux, mais il ne faut pas se voiler la face sur les faiblesses du nationalisme de nos élites politiques largement acquises au libéralisme anglais depuis 1791.
        Le Canadien français est devenu Québécois avec Vatican II et l'effondrement interne de l'Église catholique. Le phénomène est bien plus anthropologique que pleinement politique et c'est ce qui rend le retour à la culture canadienne-française pré-révolutionnaire tranquille impossible considérant l'abandon de l'Église à notre endroit.
        Ce qui favorise notre assimilation, c'est notre déclin démographique en raison de la noyade migratoire que nous subissons.

        • Éric F. Bouchard Répondre

          18 mai 2021

          Depuis 1763, il y a deux manières de voir l’avenir, soit nous formons un peuple nouveau avec le conquérant, soit nous œuvrons à l’émancipation de la nation canadienne-française. Nos élites ont toujours été partagées là-dessus, mais jusqu’à la québécitude, notre nationalisme avait toujours prévalu. Depuis 50 ans cependant, ce n’est plus le cas. Alors même que la décolonisation tendait à renverser le rapport de force politique et juridique à notre avantage, sous l’influence du progressisme identitaire, du néonationalisme devenu post nationalisme, notre visée politique s’est réduite : nous ne cherchions plus dès lors qu’à former un peuple québécois avec une communauté anglophone tout en y conservant un usage prépondérant du français. Ne pouvez-vous pas admettre que cela favorise notre assimilation, et rend plus acceptable notre déclin démographique?