Le ballon d'essai de PSPP ne passe pas

Référendum ? La réponse est NON !

Deux expériences peu convaincantes - de qui se moque-t-on ?

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Chronique de Gilles Verrier

Toute une stratégie !


Le référendum a cinquante ans cette année (1974-2024). Cinquante ans, ça se fête, mais qui s’attend à des célébrations ? Que reste-t-il aujourd’hui de cette stratégie autrefois innovante ?  Toujours au programme du PQ, ratée par deux fois, elle est pourtant à l’abri d’un bilan impartial. Personne n’a voulu s’aventurer dans l’examen approfondi d’un acte doublement manqué. On s’est contenté de laver la responsabilité du Parti en pointant du doigt un peuple qui n’aurait pas suivi. Trop facile. Aucun événement n’a autant divisé le Québec que les référendums de 1980 et de 1995. Avant de nous engager dans une nouvelle aventure, PSPP devra nous présenter un bilan des profits et pertes. Il en a le devoir. À partir de là on va pouvoir jaser. En attendant, quelques rappels...


 


Avancez en arrière


Poussé par une volonté d’aboutir à des changements constitutionnels profonds (la souveraineté-association), le parti contredisait toutefois sa hâte. Le frein référendaire a été appliqué pour rassurer les indécis : ceux qui voulaient le PQ au pouvoir, mais pas de son option. On rajoutait donc un référendum au programme six ans après la naissance du Parti Québécois. À partir de ce moment, faute d’un oui, le gouvernement se condamnait à la passivité constitutionnelle. Quasiment une révolution dans les relations Québec-Ottawa. Fallait-il maintenant demander la permission pour discuter de l’avenir du Canada ? En revanche, assurait-on chez les référendistes, un oui devait ouvrir toutes grandes les vannes du changement. Mais dans les semaines suivant un oui majoritaire, que serait-il advenu ? Serions-nous dans les marches de la souveraineté, ou pris dans les filets de négociations ardues, inutilement et trop longuement repoussées ?


 


L’attrait du pouvoir


Avec l’étapisme, le PQ ne gagnait pas beaucoup de nouveaux adeptes. En revanche, en étalant dans le temps la réalisation de son objectif primordial, il perdait en crédibilité ce qu’il donnait en guise d’assurance. Pas étonnant que le principe même de l’étapisme ne fit jamais consensus chez les partisans. Qui se souvient que la résolution référendaire du 17 novembre 1974 fut rejetée par 35 % des délégués, 630 voix contre 353. Le journaliste Jacques Guay rapporte qu’à l’inverse, les parlementaires et l’exécutif étaient tous groupés en sa faveur.


 


L’attrait du pouvoir se vérifie sans peine quand on regarde de près la résolution référendaire. Elle prévoyait un référendum dès l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois, un engagement qui fut vite oublié. Bien installé dans les fauteuils ministériels, on ciselait des bijoux législatifs. Du référendum, on en parlait peu. On attendait la fameuse question qui ne venait pas. Finalement, tout se joua de manière assez improvisée à la fin du mandat. On n’avait prévu aucune relance. Mais pour prix de consolation, un sourire contrit lâchera : « À la prochaine fois ».


 


Des négociations constitutionnelles au point mort


Depuis l’échec du processus de Victoria en 1971, les négociations étaient au point mort. Sans se lier les mains, comme dans le cas d’un référendum préalable, il y avait d’autres moyens de rassurer, voire de rallier plus largement l’électorat. Promettre de tout mettre en œuvre pour relancer la négociation constitutionnelle n’était pas impensable. Reprendre sur les bases claires déjà défendues par Daniel Johnson huit ans plus tôt, ou sur quelque chose d’apparentés pouvait se faire sans verrouiller l’avenir. Et, du reste, Égalité ou indépendance, ce n’est pas vilain ! 


 


Lévesque était contre


Or, on le sait, Lévesque était contre. En février 1968, il avait réagi très mal à l’intervention constitutionnelle de Johnson. Dans un communiqué à la presse, il avait jugé que les « intérêts du Québec n’avaient pas été représentés à Ottawa. » [i]


Son tour venu, en attendant le référendum, Lévesque s’abstiendra évidemment de toute initiative constitutionnelle. Pire, avec la défaite de mai 1980, il fera de Trudeau le maître du jeu. À peine réélu, Lévesque sera contraint de prendre part à la nouvelle ronde de négociation, en novembre 1981. Une catastrophe.


Il est clair qu’au début du deuxième mandat péquiste (1981) le Québec se trouve dans une position de faiblesse constitutionnelle sans égale depuis 1867. Noyé dans un front commun avec des provinces anglophones, sur la défensive, le Québec touchait un creux historique. La Nuit des longs couteaux n’étant en ce sens qu’une formule de convenance pour sauver le soldat Lévesque. Ce qui fut fait.


 


La question nationale, une question à double sens 


La brume s’étant levée lentement, on discerne mieux aujourd’hui que le référendum a semé la confusion sur la question nationale. Il a produit un changement radical quant à la composition du peuple qui était d’abord concerné. Que (ou qui ?) fallait-il libérer ? La législature provinciale ou la nation ? 


Pour Johnson, c’est d’abord la nation canadienne issue de Nouvelle-France, une réalité sociologique. Pour Lévesque, la question du Québec renvoie à une nation québécoise, marque déposée de l’État du Québec. Binationale de fait, cette dernière possède un territoire, donné par la Confédération, et une législature provinciale, donnée elle aussi par la Confédération. Elle est en manque de pouvoirs aux yeux des « francophones », mais pas aux yeux des autres Québécois de toute origine.


 


De la nation ou de l’État d’abord ?


Pour le premier, Johnson, la solution passe d’abord par la reconnaissance de la nation sociologique (culturelle, historique et fondatrice), laissée sans statut dans le Canada britannique, comme dans le Canada faussement fédéral de 1867. 


Pour le second, Lévesque, étendre les pouvoirs de l’État provincial passe par une séparation. Le référendum, espère-t-on, rendra le mouvement irréversible. L’État, devenu « complet », donnera alors son complément naturel : une nation québécoise. Dans son discours à la fondation du PQ, Lévesque explique pourtant que la nation québécoise deviendra une réalité avec l’indépendance. Poursuivant, il ajoute que l’indépendance devrait entraîner, du coup, la disparition du Parti Québécois. 


 


Québec et Ottawa roulent en tandem


Peut-être par un caprice de l’histoire, la « nation québécoise » du futur est passée


rapidement dans le vocabulaire courant. Avec les Sinners[ii] et leur fameux tube, Québécois, un titre qui rime avec jeunesse et modernité, la trudeaumanie a son volet québécois. Mais, à l’inverse, la continuité avec laquelle rimait jusque-là la lutte nationale, fait maintenant démodé. 


Bien que toujours dans le Canada, animée par un renouveau culturel dynamique, si on ajoute à cela un brin d’imagination, la nation québécoise devint tout à coup celle que l’on pouvait vivre ici et maintenant. Elle repousse d’autant le vocable canadien-français qu’on vante sans l’avoir notre affranchissement du passé. Au départ, c’est du passé colonial et de ses vestiges qu’on veut s’affranchir. Mais devenue plus perméable (trudeauisme oblige), la nation québécoise des Canadiens-Français, toujours sous le joug fédéral malgré le pays imaginaire, prendra bientôt la forme d’une nation binationale, puis plurinationale et cosmopolite mâtinée d’anglophilie. Donc, quand on a tout mis à plat : s’affirme au Québec une évolution générale qui va dans le même sens que celle du Canada. Pour achever ce qui devient avec le temps une sorte de révolte contre la tradition, assez commune à l’Occident de nos jours, la fraction des « conquérants » verra la consécration de ses droits (Loi 99 - 2000), pendant que l’autre, historiquement dominée, perdra son identité. Elle sera réduite officiellement à son squelette linguistique de Québécois francophone. La description à ce jour la plus autorisée du peuple québécois (et de son Canadiens-Français occulté) se lit, plusieurs le savent, dans le préambule de la Loi 99 (2000).


 


Un argumentaire rachitique


Au lieu de faire apparaître positivement une nation issue de Nouvelle-France, au sein d’autres nations au Québec, le PQ va simplement l’ignorer. Dans la foulée, il va refuser de pourvoir la cause nationale d’un argumentaire antérieur à la Révolution tranquille. Les mots colonialisme, conquête et Canadien-Français seront déclassés au rang d’un vocabulaire désuet et proscrit. Tout se joue désormais sur le partage des pouvoirs, les points d’impôt, les budgets des ministères et de l’État. Plus rien ne reste du Conseil souverain ou de l’Acte de Québec. Rien n’avait été préparé pour qu’un référendum perdant, ce qui advint, nous laisse en héritage un argumentaire substantiel, qui aurait suppléé à une défaite passagère. Rien.


 


Une nation québécoise qui se régule en mode automatique


Avec le référendum, tout Québécois détient un vote grâce auquel il peut se prononcer sur l’avenir de la nation canadienne de souche. Par effet de continuité canadian, la conception libérale et trudeauiste a fait de l’État du Québec un dispensateur de services entre des ayants droit. La question du sort de la nation devient l’affaire de tous, y compris des immigrants de fraîche date. C’est pour rappeler aux Canadiens-Français qu’ils n’ont pas le droit de flirter avec une quelconque ethnicité, bien que d’autres minorités du Canada possèdent pleinement ce droit. Rappelons donc que, pour le cas du référendum de 1995, plus de 60 % des Canadiens-Français ont voté oui, ce qui, dans le cadre d’une nation québécoise civique, ne pouvait « moralement » être pris en compte comme l’expression claire de ceux qui étaient à l’origine de toute cette affaire. Pas besoin du grand frère d’Ottawa, la nation québécoise se régule d’elle-même. Avec naturel, elle sait priver avec la nation de ses droits. 


 


Entre supranationalisme et nation ethnique de bon droit


C’est le cas des Premières Nations qui vient hanter notre soif d’ordre et de cohérence. Il vient nous rappeler une injustice dans tout son relief. Pendant que la belle exception ethnique réservée aux autochtones prospère, on rappelle à qui le veut que les entités nationales doivent se dissoudre dans l’idéal de la postnationalité.


 


Au Canada, l’égalité est officiellement citoyenne… avec des exceptions. Il n’est pas admis que le concept d’égalité s’étende aux nations internes. D’où, dès le départ, en 1974, le peu de difficulté à faire émerger un référendum québécois de type supranational : des individus porteurs de droits, comme le droit de vote, mais sans adhésion nationale, se prononcent pour faire du Québec un pays. D’où l’absence d’un argumentaire plongeant dans l’histoire prébritannique du Canada. Et c’était avant 1982.


La doctrine trudeauiste fait son œuvre. Elle ne laisse aucune place à des solutions originales, même celles appliquées avec succès dans d’autres pays, comme l’institution d’un fédéralisme des nations. Ou, l’autonomie interne. La formule ne se décidera pas par référendum, mais par des négociations soutenues par des acteurs nationaux conscients d’être qui ils sont. Au premier chef, Daniel Johnson père, un mélange d’audace, de fermeté et de souplesse indépassées.


 


Un régime fédéral accommodant


Le référendum marque le passage d’une nation sociologique à une nation étatique, qui va de Johnson à Lévesque. La question nationale a changé de peuple. Plus prosaïquement, le référendum venait au secours d’une prochaine accession du PQ au pouvoir, vu la déception causée par le peu de sièges remportés en 1973. Le pouvoir ! À son dire, le premier gouvernement du Parti Québécois l’exercera avec beaucoup de succès jusqu’à la fin de son mandat. Tout compte fait, il trouve dans un régime fédéral non retouché la marge nécessaire pour satisfaire ses ambitions. C’est sur ces réalisations bien mises en évidence qu’il sera réélu en 1981, une victoire historique par les voix récoltées, qui laissait dans le vague pour une deuxième fois tout programme constitutionnel.


 


Une approche gagnante


Personnellement, je ne crois pas qu’un autre référendum serait utile ni possible. L’idée mal partie a vieilli. Se fixer pour objectif un fédéralisme des nations au sein du Québec me semble une voie praticable et ambitieuse. Sans s’en douter, la loi 99 a mis la table pour une telle formule fédérale dans son préambule, avec le seul défaut que Québec n’a pas reconnu de statut aux Canadiens-Français. Sans réparer cette bévue, notre avenir ne tient plus à grand-chose.


Faute de référendum, il faut prendre exemple sur la méthode Johnson et ce qu’elle m’inspire.


 


Le modèle de Daniel Johnson


Johnson a d’abord laissé l’adversaire dans l’incertitude quant à ses véritables objectifs et aux gestes qu’il pourrait poser. De plus, il avait les nerfs pour négocier à un contre dix, ce qui est une qualité d’exception, mais indispensable. Il faut penser à l’atmosphère dans les séances à huis clos, quand un seul n’est pas d’accord face à dix autres qui le sont. Johnson a donné l’impression qu’il était l’homme capable de poursuivre la négociation jusqu’au bout. Soit jusqu’à ce qu’une entente en ressorte ou que le refus d’Ottawa soit clair, limpide et apparaisse irrévocable. 


 


À ce point, il restait encore à partager le refus d’Ottawa avec les Québécois et les Canadiens-Français, afin qu’une large opinion publique soit bien au fait du refus en question.. Naturellement, prendre tout le temps nécessaire. Une fois réalisées ces conditions, un référendum prudent pouvait devenir une option sérieuse, pas avant. Et la prudence consistait dans un tel cas à formuler une question gagnante, c’est-à-dire la moins controversée et la plus consensuelle possible. Pour finir l’exercice, je me suis amusé à en formuler une que voici : 


 


Existe-t-il oui ou non deux nations sociologiques et culturelles au Canada ?


Si oui, doivent-elles être reconnues comme des nations égales ?


 


Avec une telle question, la prise en compte du vote des anglos versus celui des francos allait de soi. Le problème, nous l’avons dit, c'est le glissement qui s'est fait vers une nation québécoise de substitution, officiellement indifférente à sa double, voire sa multiple nationalité. Le référendum est venu renforcer ce théâtre. On se voile la face devant la réalité composite du Québec.


 



[i] René Lévesque répond à Daniel Johnson dans Le Devoir du 12 février 1968. La partisanerie à son meilleur. https://canadiens-francais.com/wp-content/uploads/2023/09/renelevesque-reponse-a-johnson-19680212.pdf





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Gilles Verrier139 articles

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Entrepreneur à la retraite, intellectuel à force de curiosité et autodidacte. Je tiens de mon père un intérêt précoce pour les affaires publiques. Partenaire de Vigile avec Bernard Frappier pour initier à contre-courant la relance d'un souverainisme ambitieux, peu après le référendum de 1995. On peut communiquer avec moi et commenter mon blogue : http://gilles-verrier.blogspot.ca





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