Le Québec a-t-il besoin de sa propre armée?

Il y a beaucoup mieux que les forces armées pour faire face aux catastrophes du genre de celle de Saint-Jean, ou encore du Saguenay

Québec face à Ottawa - JJC sans le Bloc


Beaucoup de gens au Québec sont furieux de voir avec quelle désinvolture le Ministère de la Défense Nationale du Canada a retiré les troupes venues de Valcartier aider les gens en difficultés dans
les régions inondées du lac Champlain et du Sud-Richelieu. Une dame est même allée jusqu’à proposer que nous organisions vitement une armée québécoise.

D’accord, d’accord mais avant de passer aux actes, je vous invite tous à envisager quelques considérations d’ordre géopolitique, politique, logistique, économique et technique avant de formuler
la moindre opinion, certitude ou décision sur le sujet.

D’abord, un retour en arrière. Je m’occupe du problème de la défense du Québec depuis la fondation de l’Alliance Laurentienne dont j’ai fait partie depuis 1957. Ce n’est pas d’hier que j’y travaille et j’y
travaille toujours même passé 80 ans. Pour commencer, donc, accordez-moi au moins le quart du dixième de 1% du commencement de savoir de quoi je parle quand j’aborde cette question.

Nous avons fait beaucoup de travail depuis ce temps, d’abord pour tuer dans l’œuf au moins quatre tentatives d’interventions des Canadian Armed Forces contre le Québec depuis la Crise d’Octobre 70, soit les
manoeuvres Neat Pitch et Northern Express et les menaces d’interventions armées de PE Trudeau, déterminé à détruire au Québec les classes sociales “responsables” du “séparatisme”, notamment les nouvelles
classes moyennes et les syndicats.

C’était au cours des années 1971 à 1981. Nous avions fait beaucoup de chemin pour assurer notre sécurité collective pendant ces années de transition. J’ai fait ma part
comme vous le savez, jusqu’à risquer la cour martiale militaire et 40 ans de prison sous le National Security Act, car j’ai préparé la défense du Québec pendant mon service comme officier d’infanterie et
officier d’État-major dans l’armée. Aujourd’hui, les précédents que j’ai créés ont fait leur chemin. Les militaires savent qu’ils ne doivent plus obéir aveuglément aux ordres, surtout lorsque ces ordres leur
demandent de commettre des crimes et crimes de guerre. Les procès de Nuremberg qui ont suivi la seconde Guerre mondiale m’ont fourni à moi en tant qu’officier en service les précédents dont j’avais
besoin pour éviter la mise en accusation et la cour martiale.

***
Et maintenant, passons à la phase suivante: Le Québec a-t-il besoin d’une armée et comment faire pour commencer du bon pied?

La réponse est OUI, si le Québec devient un État indépendant et NON s’il demeure une province d’Empire inféodée comme il l’est maintenant à un pouvoir central post-impérial, unitaire et arbitraire.

Néanmoins, les Québécois, qui sont très conscients des sommes énormes versées à Ottawa pour des forces armées sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle, comme nous venons de le voir, ne sont pas du
tout contents de voir que ces forces armées ne peuvent venir leur rendre service en cas de catastrophe comme celle du Richelieu. Le Ministre actuel de la défense avise les Québécois de faire appel aux
entreprises privées. Nous sommes en régime conservateur, ne l’oubliez pas.


Voici ma première observation technique à ce sujet:

Il y a beaucoup mieux que les forces armées pour faire face aux catastrophes du genre de celle de Saint Jean, ou encore du Saguenay, ou encore des incendies de Rimouski et Cabano, il y a plus de
50 ans, sans oublier la tempête de verglas de 1998.

Cette solution: un Corps de la Défense Civile organisé par l’État du Québec.

Ce corps comprendrait ses propres unités d’intervention, composées de professionnels et de volontaires formés et entrainés dans une École de la Défense Civile, qui pourrait aussi s’occuper de prévention et
de formation pour tout le monde, y compris les jeunes qui, par ce moyen, vont acquérir une formation civique.

Ce Corps public comprendrait un département de recherches en matière de catastrophes et de défense civile, de même que des cours et des unités d’intervention, équipées de la logistique nécessaire
pour faire rapidement face à différentes circonstances. Pas besoin de l’armée qui n’est pas formée ni entraînée pour la défense civile.

Qu’est-ce que vous en dites? Nous avons une occasion dès maintenant de commencer à mettre une telle organisation sur pieds.

ET puis, nous pouvons aller nous instruire chez les autres, notamment en France, en Suisse et en Suède.

Je vous laisse à votre réflexion.

JRMS

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René Marcel Sauvé217 articles

  • 237 344

J. René Marcel Sauvé, géographe spécialisé en géopolitique et en polémologie, a fait ses études de base à l’institut de géographie de l’Université de Montréal. En même temps, il entreprit dans l’armée canadienne une carrière de 28 ans qui le conduisit en Europe, en Afrique occidentale et au Moyen-Orient. Poursuivant études et carrière, il s’inscrivit au département d’histoire de l’Université de Londres et fit des études au Collège Métropolitain de Saint-Albans. Il fréquenta aussi l’Université de Vienne et le Geschwitzer Scholl Institut Für Politische Wissenschaft à Munich. Il est l'auteur de [{Géopolitique et avenir du Québec et Québec, carrefour des empires}->http://www.quebeclibre.net/spip.php?article248].





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7 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    8 novembre 2012

    C’EST UN RENDEZ-VOUS À QUÉBEC LE 11 NOVEMBRE 2012
    Opération Coquelicot Bleu 2012
    Par le collectif Coquelicot bleu
    Québec, le 7 novembre 2012
    Chers compatriotes québécois,
    Le 11 septembre prochain à la croix du Souvenir à Québec, profitez d’une occasion en or de souligner plus particulièrement l’apport singulier et significatif des soldats québécois lors des grands conflits et missions de paix qui les ont mobilisés, de la Guerre de Sept Ans (1756 à 1763) aux deux Grandes guerres, de l’Afghanistan au Rwanda en passant par la Serbie, le Kosovo et le Monténégro. Quand, en effet, les Québécois et leurs représentants élus prennent-ils le temps de les honorer sans les fondre de façon impersonnelle dans le Grand Tout canadien? La compétence sur l’armée est de juridiction fédérale, mais rien n’interdit à quiconque de souligner l’apport des militaires québécois. Pour ce faire, nous vous invitons à porter fièrement un coquelicot bleu. Suivez ce lien pour apprendre comment les fabriquer.
    L’Histoire du Québec remonte à 404 ans déjà, soit au moins depuis la fondation de Québec, en 1608. Nous devons donc être solidaires des soldats québécois ayant participé à des conflits depuis plus de 400 ans, et non seulement depuis 1812 ou 1867, comme voudraient le laisser croire certains fédéralistes.
    Nous désirons aussi souligner le fait que de grands souverainistes québécois ont servi dans l’armée, comme Pierre Bourgault, Bernard Landry, ex-premier ministre du Québec, et l’ex-ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard.
    Les militaires québécois ne constituent pas un bloc monolithique. Des centaines d’entre eux ont voté pour le Parti Québécois et ont voté « OUI » par le passé. Ils sont nos alliés !
    Une anecdote vous fera sourire. Lors de la cérémonie de l’an passé, un militaire-vétéran nous a posé la question suivante : « Que faites-vous ici aujourd’hui, messieurs ? » Nous lui avons répondu qu’en tant que souverainistes québécois, nous tenions à rendre hommage aux militaires québécois qui ont pris part à la libération de la France du nazisme. Il prit alors, la pointe de notre drapeau du Québec et l’embrassa, en déclarant qu’il nous attendait depuis longtemps. Eh bien, nous voici !
    Par ce geste symbolique, nous envoyons un message puissant en faveur de l’identité québécoise, qui fera certainement le tour du monde, et bien que certains au Canada pourraient en être froissés, ce serait à tort : le but n’est pas de minimiser l’apport des soldats des autres provinces, mais simplement de souligner plus particulièrement celui de nos commettants.
    C’est donc un rendez-vous pour la deuxième année, aux couleurs du Québec ce dimanche 11 novembre 10 h 30 à la Croix-du-Souvenir, près de la porte Saint-Louis dans le Vieux-Québec.
    Nous vous invitons tous à apporter des fleurs naturelles et votre drapeau du Québec. Ils méritent mieux que les couronnes artificielles qu’on y dépose année après année et qui ne sont pas à la hauteur de nos soldats.
    Au nom du collectif du Coquelicot bleu
    Denis Julien (Lotbinière)
    Robert Bertrand (Québec)
    Jean-François Vallée (Kamouraska)

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mai 2011


    Monsieur Sallinger,

    Vous soulevez une question pertinente pour laquelle je
    n'ai aucune réponse. Il faut y voir.
    JRMS

  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    28 mai 2011

    @ M Sauvé
    Un texte très pertinent dans le contexte. J'espère que le PQ en prendra connaissance.
    @ Jacques Noel
    Je partage entièrement votre avis.
    JCPomerleau

  • Stefan Allinger Répondre

    28 mai 2011

    Bonjour M. Sauvé,
    Très intéressant votre articles. Un service civil est une excellente idée.
    J'ai entendu sur les ondes cette semaine que l'intervention de l'armée au Québec était facturée au gouvernement du Québec. Avez-vous des détails sur ces ententes? Nos impôts ne sont-ils pas suffisants?
    Stefan Allinger

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mai 2011

    Tout à fait d'accord: ca fait d'ailleurs longtemps je défends cette idée:
    1) Ca pourrait servir d'embryon à une futur armée québécoise
    2) Ca pourrait servir à calmer certaines populations minoritaires pendant l'accession à la souveraineté
    3) Ca fournirait une formation aux jeunes Québécois qui n'aiment pas l'école et végètent présentement
    Côté couts, ce serait très abordable.
    Comme cette milice aurait peu d'équipements, le gros des dépenses irait aux salaires.
    5,000 miliciens à une moyenne de 20,000$ par année (c'est une fonction à temps partiel), ce ne serait que 100 millions par année, plus un autre 100 millions pour l'encadrement. Comme ces jeunes seraient retirés du BS et du chômage, le cout net serait minime.

  • Florent Marquis Répondre

    27 mai 2011

    Tout à fait d'accord avec vous M. Sauvé. Il est grand temps que le Québec s'organise pour assurer la protection civile de ses citoyens par ses propres moyens. Je pense qu'être obligé de faire appel à l'armée canadienne pour venir en aide aux autorités civiles comme lors des inondations du Saguenay en 1996, la crise du verglas en 1998 et les inondations du Richelieu cette année envoie un TRÈS mauvais message à la population du Québec, celui de l'incapacité de l'État du Québec de garantir la sécurité de sa population. À chaque fois que c'est arrivé, j'en connais qui ont pensé avec beaucoup de mépris que le Québec n'est même pas capable d'aider sa population lors d'une catastrophe naturelle et doit faire appel à l'armée canadienne, alors qu'est-ce que ça va être si il est un jour livré à lui-même? Bien sûr, ces personnes oublient que le jour de l'indépendance, le Québec va récupérer les moyens qui lui font présentement défaut. Mais ces personnes, et il y en a beaucoup, ne voient que l'incapacité de l'État du Québec d'agir par lui-même quand ça devient vraiment difficile et se basent là-dessus pour voter NON au référendum et crier sur tous les toits que les séparatistes sont des imbéciles parce que l'État du Québec donne la preuve de son incapacité à chaque fois qu'il fait appel aux Canadian Forces pour venir en aide à sa population sinistrée.
    Je verrais très bien une organisation paramilitaire avec personnel formé et entraîné, commandement, contrôle, communications, renseignement, surveillance et reconnaissance, moyens logistiques, etc. Cette organisation serait sous l'autorité du ministère de la sécurité publique et aurait les moyens de se déployer n'importe où sur l'ensemble du territoire du Québec. On peut penser qu'une partie du personnel serait constituée d'employés à temps plein, l'autre partie serait constituée de réservistes avec des effectifs et des ressources pour les secours d'urgence dans chaque municipalité ou dans chaque MRC.
    Tout cela demande des moyens, beaucoup de moyens, pour choisir le matériel et l'acquérir, sélectionner et former le personnel, mener des exercices d'entraînement de façon régulière, et déployer le matériel et le personnel lorsque nécessaire.
    Un effet secondaire de la constitution d'un Corps de Défense Civile du Québec serait que ça donnerait un peu plus de stature à l'État du Québec. Un autre effet potentiel est que ça pourrait attirer vers une institution de l'État du Québec des individus qui autrement se dirigeraient vers les Forces Canadiennes parce qu'ils sont attirés vers ce genre de service public qu'un Corps de Défense Civile fournit.
    Vous mentionnez que ce Corps de Défense Civile aurait ses services de recherche. En effet, le choix et la répartition des ressources sur un territoire aussi vaste que celui du Québec requiert une bonne dose d'analyse et de compréhension des menaces potentielles à la sécurité publique. Il est par exemple inutile de se prémunir contre les inondations là où elles sont très peu probables.
    Ceci dit, je ne pense pas que nous pouvons compter sur le gouvernement actuel pour mettre en place ce Corps de Défense Civile. Ils ont une vision beaucoup trop tronquée de l'État du Québec pour envisager pareille initiative.
    Florent Marquis
    Québec

  • Michel Pagé Répondre

    27 mai 2011


    Monsieur,
    Bien, mais je soumets aussi que l’essentiel sens de l’entraide et de solidarité communautaires est la mère d'une société viable et juste...
    Il y a une obligation des gouvernements et des services d’urgence d’aider en cas de crise, et les sinistrés auront eu grand besoin de cette aide d’urgence. Leur épreuve est lourde à porter, compassion et fraternité leurs sont acquises.
    Toutefois, des reportages montrent aussi des attitudes qui portent sur une conception de dépendance par rapport à l’État-providence, ainsi un sinistré âgé racontant qu'il ne serait pas en mesure de faire le nettoyage de sa propriété rapidement sans l'aide de soldats; un maire qui demande et s’attend à ce que l’armée fasse le boulot de nettoyage des propriétés privées, et ainsi de suite.
    Où est rendue la solidarité ancestrale populaire. La dépendance à la sociale-démocratie et à l’État-providence aurait-elle ramollit les esprit et les volontés?
    Les sinistrées ont besoin d’aide certes, mais être en attente de ce que « le gouvernement devrait faire » et des services de l’armée pour des tâches qui relèvent de la responsabilité individuelle ou communautaire n’est pas une attitude utile ni même saine. Les sinistrés devraient pouvoir en premier lieu, au-delà de l’Opération d’urgence et de sécurité immédiate, pouvoir compter sur la famille, les enfants, la parenté, la communauté, la Fabrique des Églises paroissiales… pour aider à nettoyer leur propriété et les abords immédiats de la rivière. Il fût un remps où l’entraide familiale et communautaire voulait dire quelque chose, elle relevait d’un devoir moral fondamental…
    Quant aux maires des municipalités, il pourraient utilement organiser des corvées citoyennes faisant appel à la solidarité communautaire dans un sens large pour aider au nettoyage de l'espace public et para-public. Les citoyens du Manitoba le font bien. Rappelons aux citoyens que le mot « corvée » se réfère à une pratique qui démontre à quel point l'entraide et la solidarité sont importants . Cet usage s'est poursuivi sous le régime seigneurial en Nouvelle-France, et au-delà. Les corvées s’accomplissaient en général dans la bonne humeur, car elles sont agrémentées de chansons et d’histoires. Une fois l’ouvrage terminé, les hôtes de la corvée servent un copieux repas aux travailleurs, le tout étant suivi d’une soirée dansante. En Acadie, toute l’affaire prend le nom de frolic, qui signifie en anglais: folâtrer….
    Je suis d'accord avec le ministre de la Défense qui a exposé que l'armée n'intervient qu'en cas d'urgence, pour sauver des vies, et sécuriser. Ce ministre a été capable d'exprimer clairement la cohérence de l’action et de la mission de son ministère, et qui ne succombe pas au populisme.
    Nous saluons le sens communautaire et de solidarité positive de l’initiative du comité SOS Richelieu, la Grande corvée planifiée pour les 11 et 12 juin. Bravo, voilà ce qu’est retourner une épreuve en une occasion de solidarité et de cohésion sociale! De toutes les manières, en plus de l’aide citoyenne aux sinistrés, les berges du Richelieu ont bien besoin d’être nettoyées, et la rivière vidée de détritus que la population y déverse depuis des lunes.
    Participons donc à la grande Corvée des 11 et 12 juin, ce dans un esprit de cohésion et de solidarité spontanée....
    Bien votre