Le vaisseau amiral

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L'effritement du PQ est inévitable : le parti a confondu le progressisme et le nationalisme depuis trop longtemps


Ceux qui avaient assisté à la présentation que Jean-François Lisée avait faite à huis clos lors de la Conférence nationale des présidentes et présidents du PQ, en novembre dernier, avaient déjà pu constater que le chef déchu ne se sentait aucunement responsable de sa cuisante défaite.


Il a finalement trouvé les responsables. Lui qui s’était préparé à lutter contre tous les vents contraires, que ce soit le cynisme, la division au sein du mouvement souverainiste ou le désir de changement des électeurs, avait sous-évalué cet ennemi « plus sournois et plus efficace » qui avait prévu, prédit, voire souhaité la mort de son parti. Bref, les médias.


La lecture du nouveau livre de M. Lisée sera assurément passionnante et ne pourra qu’enrichir le débat sur l’avenir du PQ, qui s’ouvrira officieusement quand le conseil national se réunira le 23 mars pour examiner le « plan d’action » de l’année à venir.


On peut d’ores et déjà prévoir que son diagnostic ne fera pas l’unanimité. Dans une lettre publiée lundi dans Le Devoir, sous le titre « La nécessaire reconstruction du mouvement souverainiste », un groupe de personnalités indépendantistes proposent une autre analyse.


« Comment s’étonner que le projet ne soit plus associé aux priorités des Québécois si les organisations qui en sont porteuses ne le placent même pas à l’agenda ? D’un côté, le Parti québécois a tergiversé sur la question depuis le dernier référendum, au gré de ses nombreux chefs. De l’autre, Québec solidaire a toujours opté pour une position plus tranchée sur l’axe gauche-droite, faisant en sorte de repousser bon nombre de souverainistes et de garder en son sein des fédéralistes convaincus. »


 

 

On peut difficilement nier que la souveraineté n’a pas été l’obsession du PQ au cours des dernières années. Ce que la plupart des gens ont retenu est probablement la charte des valeurs, sans parler des fréquents changements de chef du parti.


Il est facile de jeter la pierre à Jean-François Lisée, qui a proposé ouvertement le report du référendum à un deuxième mandat, après avoir jadis cherché une autre « sortie de secours », mais il a simplement eu la franchise de dire tout haut ce que les autres — sauf Martine Ouellet — auraient fait de toute manière. Même Pierre Karl Péladeau n’a jamais voulu s’engager.


Par ailleurs, le sondage postélectoral réalisé par la firme Ipsos, en collaboration avec la sociologue Claire Durand, indiquait que moins de la moitié (47 %) des électeurs de Québec solidaire était pour l’indépendance du Québec, par rapport à 78 % des électeurs péquistes.


Dans la mesure où le Parti québécois « n’est plus jugé cohérent, ni même crédible, pour réaliser la souveraineté » et que QS « se scinderait vraisemblablement entre les camps du OUI et du NON », les signataires de la lettre concluent que la création d’un nouveau véhicule est devenue indispensable.


 

 

Tout cela n’est pas très neuf, direz-vous. Dans une autre lettre publiée dans Le Devoir, le 9 septembre 2014, Jean-Martin Aussant proposait déjà « un congrès de refondation duquel naîtrait un nouveau grand parti avec des gens de tous les horizons et toutes les ressources regroupées en son sein ».


Même s’il a défendu les couleurs du PQ à la dernière élection, l’ancien chef d’Option nationale n’a pas changé d’idée, mais il n’est peut-être pas le mieux placé pour faire la promotion de cette refondation. Si personne ne doute de ses convictions, plusieurs lui reprochent d’avoir été lui-même un des artisans de la division du mouvement indépendantiste.


Il est sans doute heureux que des membres de la société civile, qui ne sont pas soupçonnés de nourrir des ambitions personnelles, s’impliquent dans le débat. Créer un nouveau « vaisseau amiral », comme le PQ l’a longtemps été, s’annonce cependant ardu, c’est le moins qu’on puisse dire.


Pendant des années, le Conseil de la souveraineté, puis les Organisations unies pour l’indépendance (OUI) ont vainement tenté d’amener les différents partis souverainistes à adopter une stratégie commune. Le rejet par QS de l’alliance électorale avec le PQ, puis de la « feuille de route » commune vers l’indépendance inspirée du modèle catalan, a démontré de façon tragique les limites de cette approche.


S’il a refusé la main tendue par le PQ, QS voudra encore moins fusionner ou se saborder pour donner naissance à un nouveau parti. Le PQ serait donc le seul à se dissoudre pour mieux ressusciter sous un autre nom ? Si toutes les pièces demeurent en place, cela ferait-il vraiment avancer les choses ? D’ailleurs, rien n’assure que les militants péquistes soient prêts à renoncer à leur nom de baptême, même si le père fondateur le trouvait lui-même trop prétentieux.


Les souverainistes sont actuellement prisonniers d’une sorte de cercle vicieux. Tant qu’un référendum ou tout autre moyen d’accéder à l’indépendance n’est pas imminent, d’autres combats paraissent plus urgents aux yeux de plusieurs, mais ce jour ne pourra venir que s’ils s’unissent.









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