Société

Les ados, ces incompris

Tribune libre

 


 


La crise d’adolescence, voilà une réalité qui cause bien des maux de tête aux intervenants qui sont confrontés aux comportements souvent déroutants de la part des adolescents, notamment les parents et les enseignants. Parmi les manifestations de cette crise, on ne peut passer sous silence le braquage des ados contre toute forme d’autorité qui viendrait brimer leur liberté. Aussi ai-je cru opportun de vous exprimer quelques voies d’accès que j’ai explorées durant mes quelque trente années d’expérience dans des classes de troisième secondaire, et qui pourraient vous permettre d’entrer en communication avec les ados sans coup férir.

Une main de fer dans un gant de velours

Durant ma carrière en enseignement, il m’a été donné de rencontrer sur mon chemin de jeunes débutants qui avaient décidé d’adopter une position d’égalité avec leurs élèves dans l’intention d’établir une relation plus harmonieuse avec eux. En réalité, le contraire se produisait immanquablement, les élèves ayant vite adopté une attitude «amicale» avec leur professeur.

Or, le professeur n’est pas un ami pas davantage qu’un parent envers son enfant. Qu’on le veuille ou non, une ligne infranchissable doit être établie afin d’établir l’autorité indispensable pour créer un climat propice à l’apprentissage ou à l’éducation à la maison. Et pour ce faire, l’enseignant comme le parent doivent intervenir avec une main de fer dans un gant de velours, à savoir avec cohérence et souplesse. En termes clairs, permettre le droit à l’erreur de la part de l’ado.

La mise en évidence des talents

Combien de fois dans ma carrière ai-je entendu un ado se traiter de «poche» et qu’il n’excellait dans aucune activité touchant autant le domaine scolaire que les loisirs. Dans ces occasions, je rencontrais l’élève dans mon bureau et je lui expliquais qu’il était impossible qu’il n’ait aucun talent et qu’il n‘avait qu’à chercher pour arriver à le découvrir.

À titre d’exemple, je me souviens d’un élève démobilisé qui était devenu à la fin de son secondaire un des meilleurs joueurs de badminton de l’équipe qui représentait l’école dans des compétitions interscolaires. Lors du bal des finissants, deux ans plus tard, il m’a remercié pour cette rencontre qui avait changé toute la dynamique de sa vie, notamment sur le plan de la confiance en soi. En bref, je lui avais donné la p’tite tape dans le dos qu’il lui fallait pour se lancer dans la vie.

Garder contact

L’attitude souvent arrogante de certains ados vis-à-vis les personnes en ligne d’autorité, parents ou enseignants, peut inciter les intervenants à adopter parfois la ligne dure et ainsi couper les ponts avec l’adolescent, une position qui ne fera qu’aggraver la situation. Quoiqu’il soit parfois ardu de garder le contact avec l’ado, je suis d’avis que c’est la seule voie qui conduira à la réconciliation.

À cet effet, je me souviens d’une mère qui me racontait, lors d’une rencontre avec les parents, qu’elle était complètement découragée de l’attitude de son garçon qui se rebiffait au moindre de ses conseils. Elle avait adopté le silence pour se protéger. Je lui conseillai plutôt de garder contact avec son ado à défaut de quoi aucun rapprochement ne serait possible. J’ai rencontré cette mère quelques années plus tard . Elle était rayonnante et ne tarissait pas de remerciements eu égard au conseil que je lui avais donné. Sa relation avec son fils avait changé pour le mieux grâce aux compromis qu’ils avaient établis entre eux.

Les ados et les règles de conduite

De tout temps, les ados se sont braqués contre toutes règles de conduite, que ce soit à l’école ou à la maison. À ce sujet, au début de chaque année scolaire, j’avais pris l’habitude d’expliquer à mes élèves les raisons qui justifiaient l’établissement de ces règles, la plus importante à mes yeux étant le respect envers les personnes et les objets.

Ainsi, à la fin des cours, des élèves prenaient l’habitude de lancer des bouts de papier en direction de la poubelle, et bien souvent, le dit papier atterrissait à côté de la poubelle. «Rien de grave, quelqu’un est payé pour le ramasser». «Pas du tout, répondais-je, l’employé à l’entretien ménager est payé pour vider la poubelle, et cet employé mérite le respect au même titre que tout employé de l’école.»

Conclusion

La crise d’adolescence est là pour rester. Toutefois, ses effets peuvent être atténués si, en tant qu’intervenants, nous allons puiser les richesses enfouies dans chacun des ados qui sont des humains à part entière malgré des apparences qui ne sont que temporaires dans leur vie. Aussi faut-il rester en contact avec eux pour le plus grand bien de leur évolution dans la société.


Henri Marineau, Québec


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Né dans le quartier Limoilou de Québec en 1947, Henri Marineau fait ses études classiques à l’Externat Classique Saint-Jean-Eudes entre 1959 et 1968. Il s’inscrit par la suite en linguistique à l’Université Laval où il obtient son baccalauréat et son diplôme de l’École Normale Supérieure en 1972. Cette année-là, il entre au Collège des Jésuites de Québec à titre de professeur de français et participe activement à la mise sur pied du Collège Saint-Charles-Garnier en 1984. Depuis lors, en plus de ses charges d’enseignement, M. Marineau occupe divers postes de responsabilités au sein de l’équipe du Collège Saint-Charles-Garnier entre autres, ceux de responsables des élèves, de directeur des services pédagogiques et de directeur général. Après une carrière de trente-et-un ans dans le monde de l’éducation, M. Marineau prend sa retraite en juin 2003. À partir de ce moment-là, il arpente la route des écritures qui le conduira sur des chemins aussi variés que la biographie, le roman, la satire, le théâtre, le conte, la poésie et la chronique. Pour en connaître davantage sur ses écrits, vous pouvez consulter son site personnel au www.henrimarineau.com





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