Les militants de l’indépendance

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« Quel que soit le résultat électoral du Parti Québécois le 1er octobre au soir, il existera encore un mouvement souverainiste fort, organisé, capable de mener une animation politique à grande échelle à la grandeur du pays. »

Même les observateurs les plus blasés le constatent: malgré sa pénible troisième place dans les sondages, le Parti Québécois conserve une base militante d’une vigueur étonnante, et on ne saurait la réduire à une collection de têtes blanches nostalgiques, s’époumonant à chanter un pays dont le commun des mortels ne veut plus entendre parler. On y trouve aussi un grand nombre de jeunes qui ont aussi entendu ce qu’on appelait autrefois l’appel de la patrie. J’ajouterais: quiconque connaît un peu le mouvement souverainiste est généralement étonné par sa vigueur militante.


Rien n’est plus naturel, en quelque sorte: le rêve du pays traverse l’histoire du Québec et à chaque génération, il rejoint les cœurs les plus nobles. À travers lui s’expriment certaines aspirations fondamentales de l’âme humaine, qu’il s’agisse de l’enracinement ou d’avoir un pays à soi à travers lequel participer au monde. Dans un monde où le militantisme se canalise de plus en plus vers des causes ultraspécialisées, qui relèvent moins du bien commun que de la névrose narcissique, le combat national québécois a au moins la vertu de poser directement la question de l’avenir d’un peuple. L’idée d’indépendance traverse l’histoire du Québec: depuis près de deux siècles, à chaque génération, elle est remontée à la surface même si bien souvent, et pendant longtemps, elle demeurait vague et ne rejoignait que certains cercles de jeunes nationalistes. Avec la Révolution tranquille, elle s’est investie au cœur de notre vie politique: c’est en fonction d’elle qu’on se positionnait politiquement. C’est elle qui structurait notre imaginaire politique. Devenir un pays ou rester dans le Canada, telle était la question.


Le peuple québécois est passé bien proche d’avoir son pays, mais nous le savons, il a échoué. Nous sommes aujourd’hui dans une période post-souverainiste. La question ne passionne plus le commun des mortels. Elle ne structure plus comme avant la vie publique. Ils sont nombreux à sentir que le peuple québécois a manqué la fenêtre historique de l’indépendance et qu’elle n’est pas à la veille de se rouvrir, à moins d’une surprise majeure. On ne milite plus pour l’indépendance dans l’espoir de la voir se réaliser à court terme mais dans l’espoir qu’elle reviendra à moyen terme au cœur du débat public. Et pourtant, dans ce contexte de démobilisation généralisée, où l’électeur de base ne sait plus trop de quoi on lui parle quand on évoque la souveraineté, ils sont encore des milliers à militer activement pour que la flamme demeure vivante, dans l’espoir qu’une brèche historique finisse par s’ouvrir, qui permettra au projet souverainiste de revenir à l’avant-scène.


On peut en tirer dès maintenant une conclusion: quel que soit le résultat électoral du Parti Québécois le 1er octobre au soir, il existera encore un mouvement souverainiste fort, organisé, capable de mener une animation politique à grande échelle à la grandeur du pays. Certains vétérans décideront de rentrer dans leurs terres. C’est normal. Cette bataille est exaltante. Elle est aussi épuisante. Mais d’autres prendront le relais et se battront pour l’indépendance de leur pays, en se disant au fond d’eux-mêmes que tant que le peuple québécois voudra vivre, il sentira la pulsion de l’indépendance. Et lorsqu’il voudra vivre vraiment, il proclamera l’indépendance.