Rien n'a été réglé à Kanesatake

Vingt ans après la crise d'Oka, les revendications restent les mêmes

Crise d'Oka - 20 ans plus tard... et aujourd'hui

Marco Bélair-Cirino - Plus de 250 personnes ont souligné hier le début, il y a 20 ans, de la crise d'Oka, qui allait tenir le Québec en haleine pendant 78 jours. Mohawks et Blancs ont rappelé que les enjeux du conflit de 1990 se posent toujours et, encore aujourd'hui, minent sourdement le développement de Kanesatake.
«Nous sommes ici pour rappeler que ça a eu lieu il y a vingt ans. Depuis, les gouvernements ont tout fait sauf régler les raisons de la crise», a répété la présidente de Femmes autochtones du Québec, Ellen Gabriel, qui était sur la ligne de front en 1990. Elle agissait alors comme porte-parole de sa communauté. «Ils dépècent notre terre», a-t-elle souligné.
Derrière elle, une femme brandissait une affiche sur laquelle il était écrit en lettres rouges sur fond blanc: «20 ans après, rien n'a changé».
Les centaines de manifestants ont marché sous un soleil de plomb au rythme de chants traditionnels vers l'ouest, sur la route 344, pour s'arrêter un moment devant l'entrée du cimetière Pine Hill, tout près de l'endroit où avaient été érigées les barricades en 1990. Ils s'étaient élancés une heure plus tôt du centre-ville de la municipalité d'Oka. Les manifestants — des Mohawks, des sympathisants d'autres communautés à travers le Canada, mais aussi un large contingent de Blancs — ont par la suite convergé vers le centre communautaire de Kanesatake, sis à quelques pas, dans la pinède.
Quatre autobus jaunes nolisés par le Regroupement de solidarité avec les Autochtones avaient fait, hier, l'aller-retour entre Oka et Montréal. «Ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que les enjeux [derrière la crise] de l'été 1990, ces enjeux-là, entre autres choses la protection de la terre, sont encore là aujourd'hui», a affirmé François Saillant, qui est membre du Regroupement de solidarité avec les Autochtones.
Rappelons que la crise de 1990 avait éclaté peu après que la municipalité d'Oka eut donné son feu vert à l'agrandissement d'un terrain de golf et son empiétement sur le cimetière des Mohawks.
Litige vieux de près de 300 ans
Des projets de développement menacent actuellement le territoire de la Seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes sur laquelle les Mohawks cherchent à faire reconnaître leurs droits depuis près de 300 ans et, par ricochet, empoisonnent les relations entre le conseil mohawk, d'une part, et les gouvernements du Canada et du Québec, sans oublier la ville d'Oka, d'autre part. «On lutte pour la paix. Et la paix est impossible sans la justice», a ajouté M. Saillant.
À cet égard, le grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, Sohenrise Paul Nicholas, accueille avec un «optimisme prudent» la nomination de l'ancien haut fonctionnaire Fred Caron comme négociateur fédéral en chef dans le cadre des pourparlers au sujet de la Seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes. Il a fait valoir que M. Caron aura l'oreille du ministre des Affaires indiennes et du Nord du Canada, Chuck Strahl. «Il s'agit d'une bonne chose», a dit le grand chef, avant de préciser qu'il ne connaissait toujours pas la date de la première rencontre avec l'émissaire d'Ottawa.
«Les Mohawks ont toujours protesté contre l'aliénation illégale de ces terres et se sont toujours battus, parfois par la force, pour les défendre. [...] Nous ne voulons pas d'une deuxième crise d'Oka, nous voulons que cette question soit réglée comme il se doit, c'est-à-dire par la négociation d'une entente formelle», a conclu M. Nicholas.
Ellen Gabriel a quant à elle répliqué: «Ce n'est pas une bonne chose. Regardez son curriculum vitae», lorsque Le Devoir l'a informée que Fred Caron avait été saisi du dossier.
«C'est une journée où on a à se réconcilier avec des bouts de notre histoire», a lancé la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi. «La réconciliation doit mener à des reconnaissances de droits territoriaux, ce qui n'est pas encore fait», a-t-elle poursuivi.
Par ailleurs, le Regroupement de solidarité avec les Autochtones a déploré le refus du gouvernement de Stephen Harper de ratifier «sans conditions» la Déclaration sur les droits des peuples autochtones adoptée à la quasi-unanimité par les États membres de l'Assemblée générale des Nations unies.
Francine Lemay, la soeur du caporal Marcel Lemay qui a été tué par balle le 11 juillet 1990 dans un échange de coups de feu entre des agents de la Sûreté du Québec et des Mohawks, a pour sa part participé au lancement d'un ouvrage sur l'histoire de la communauté de Kanesatake intitulé À l'orée des bois, qu'elle a traduit en français. «J'ai voulu offrir à la population francophone une autre perspective de l'histoire méconnue d'un peuple courageux attaché à ses racines», a-t-elle affirmé.


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