Il y a 28 ans commençait la campagne référendaire

Ce que l’identité québécoise a coûté aux Canadiens-Français

L'échec du référendum n'est pas là où l'on pense

Chronique de Gilles Verrier

 


 


Il y a 28 ans, se mettait en branle la campagne référendaire de 1995. Tous ceux qui étaient en âge de vivre ces moments s’en souviennent. Pour aller tout de suite dans le vif du sujet, j’ai toujours cru que Parizeau a eu tort de ne pas rebondir sur le vote favorable exprimé par 60 % des Canadiens-Français. Passons sur les allégations de tricheries pour nous rappeler un autre moment important. En 1969, Jacques Parizeau s’était joint au Parti Québécois. Dans son allocution d’adhésion au parti, le 19 septembre, il dit : « ...les Canadiens français ne veulent pas que leur gouvernement véritable soit à Ottawa ».


 


Dans tous les cas de figure, le oui de 1995 était l’expression d’une claire majorité de Canadiens-Français. Ce oui avait toute la valeur d’un désaveu du fédéralisme. Il était le résultat bien compté d’une crise de confiance envers les institutions fédérales. Comme le verdict était celui de la nation porteuse de la cause, Parizeau aurait été parfaitement justifié de surprendre l’adversaire par une volte-face à la Sun Tzu. Au lieu de se démettre, il aurait dû en remettre, réclamer sur le champ des négociations constitutionnelles. Se faisant mandataire du peuple canadien-français, usant d’une intrépidité mesurée, il aurait pu être un Pierre Le Moyne d’Iberville des temps modernes. Et qui oserait dire que dans une fédération des négociations ne peuvent pas être réclamées en tout temps ? Qui pourrait prétendre que le peuple fondateur du Canada n’a pas droit aux pouvoirs nécessaires pour assurer son avenir ? En fait, il aurait pu reprendre quasiment mot pour mot les revendications de Daniel Johnson du 6 février 1968, lancées en pleine conférence constitutionnelle.(1) Donc, rien de nouveau ! Que du solide, que des revendications historiques !


 


Il est temps de réaliser que l’échec du référendum n’est pas là où l’on pense. Il n’est pas dans le résultat numérique global, mais dans l’encerclement des Canadiens-Français. L’identité québécoise a interdit aux Canadiens-Français de s’exprimer en leur nom, d’avoir, comme ils l’avaient avant, une personnalité politique bien à eux. On a perdu à cause de « l’argent et des votes ethniques », certes, mais il en manque un bout. On a perdu à cause d’une identité québécoise qui a transformé les Canadians du Québec en compatriotes des Canadiens-Français. Cette identité fabriquée accorde depuis, en pratique, aux Canadiens anglais un droit de veto sur la définition de notre avenir. Le 30 octobre 1995, une fausse « nation », échafaudée sur l’existence forcée d’un destin commun entre deux communautés historiques concurrentes et de poids inégal, a sacrifié les Canadiens-Français.


 


Dans son discours de fin de soirée, Jacques Parizeau semble être venu tout près de dire ce qui aurait été le véritable coup de théâtre du demi-siècle. Il aurait suffi de quelques mots pour qu’il nous épargne l’amer sentiment de la défaite. À partir de la vingtième seconde du vidéo, il dit : « … on va cesser de parler des francophones du Québec, on va parler de nous à 60 %… et nous… », suit un moment d’hésitation.  


 


https://youtu.be/Y61a2Vh-NdY


 


Si nous ne sommes pas des Québécois francophones, qui sommes-nous ?


 



 


Il ne faut pas voir dans ce qui précède une charge contre Jacques Parizeau. Dans une certaine mesure, il était lui-même le rouage de phénomènes plus complexes et pas toujours discernables dans le feu de l’action. Une conscience renouvelée ne se produit pas du jour au lendemain, cela demande du temps, de l'énergie et des efforts. 


 


Les aléas de l’histoire mettent parfois sur la même route des voyageurs qui ont des destinations différentes. Pour Trudeau, qui en avait contre toute nation, la loi sur les langues officielles de 1969 soutenait son projet de provincialisation du Canada français. Prirent alors naissance des Ontarois, des Fransaskois et ainsi de suite, avec au Québec des Québécois francophones. Quant à l’État du Québec, il se voyait confier la mission de protéger une minorité anglophone déjà choyée. Et le nationalisme québécois tomba dans le piège, fier de se penser en majorité provinciale, subordonnée et illusoire. Faute des pouvoirs, on joue bien la comédie.


 


Dans ce mouvement de démembrement du Canada français enclenché par Trudeau père, le souverainisme jouera le rôle de l’allié circonstanciel. Après avoir divisé les États généraux du Canada français (1967-1969), il prendra tout son relief avec l’approche référendaire dont l’ambition était de créer une nouvelle communauté nationale. C’est là qu’on a commencé à dire que les Canadiens-Français du Québec étaient devenus des Québécois, à l’instar du mouvement parallèle de provincialisation des autres provinces. Mais pour le cas du Québec, cependant, l’allégation est un peu forcée puisque les Canadiens-Français étaient Québécois depuis qu’ils payaient des taxes à Québec, soit depuis 1867. Mais ils savaient qu’ils n’étaient pas les seuls Québécois et leur identité confédérale n’était jamais entrée en concurrence avec l’attachement qu’ils conservaient pour leur identité historique. La nouvelle identité québécoise, quant à elle, promue par un souverainisme trudeauiste, voudra se substituer aux Canadiens-Français et ne cachera pas sa détermination à les faire disparaître.  


 


1- https://www.sqrc.gouv.qc.ca/documents/positions-historiques/positions-du-qc/partie2/DanielJohnsonPere1968.pdf


Featured 11c309e183a1007b8a20bca425a04fae

Gilles Verrier136 articles

  • 214 903

Entrepreneur à la retraite, intellectuel à force de curiosité et autodidacte. Je tiens de mon père un intérêt précoce pour les affaires publiques. Partenaire de Vigile avec Bernard Frappier pour initier à contre-courant la relance d'un souverainisme ambitieux, peu après le référendum de 1995. On peut communiquer avec moi et commenter mon blogue : http://gilles-verrier.blogspot.ca





Laissez un commentaire



4 commentaires

  • François Champoux Répondre

    25 octobre 2023

    Est-il nécessaire d’être des «nous»?


    Quel est mon nous? Yamachichois, Trifluvien, Québécois, Canadien, Américain, citoyen du monde, humain? Je choisis humain. Avec mes voisins, ça facilite les relations de paix et de vie; de vie et de paix.


    « La terre est ma patrie et l’humanité ma famille. » (Khalil Gibran)


    François Champoux, humain


  • François Champoux Répondre

    24 octobre 2023

    Bonjour,


    Est-il nécessaire d’être des «nous»?


    Quel est mon nous? Yamachichois, Trifluvien, Québécois, Canadien, Américain, citoyen du monde, humain? Je choisis humain. Avec mes voisins, ça facilite les relations de paix et de vie; de vie et de paix.


    "La terre est ma patrie et l'humanité ma famille." Khalil Gibran


    François Champoux, humain


  • Normand Bélair Répondre

    3 octobre 2023

    « le peuple fondateur du Canada » n'est pas le Canadien-français. C'est un Français, c'est un Canadien. French-Canadian est un terme présenté par nos conquérants. Il faut, un jour, cessez d'utiliser ce terme de dénigrement.


    « L'identité québécoise a interdit aux Canadiens-Français de s’exprimer en leur nom, »


    Pardon ? Vous ne semblez pas avoir compris quelque chose que tous les peuples de la terre comprennent, être ce qu'on est et le vivre et ne pas se faire imposer qui nous sommes par d'autres.  C'est bien vous et seulement vous qui refusé d'être Québécois. Personne, mais personne ne vous empêche d'être votre identité. Même les Acadiens refuse ce nominatif de « loser ».  C'est à vous de prendre l'espace du terme Québécois, il est à vous ce terme, ça vous appartient, c'est notre nominatif, votre nominatif. Le French Canadian n'est pas qui je suis. 



    Un terme tellement dégradant, tellement blessant d'accepter encore aujourd'hui de se laisser nommer par l'autre de qui nous sommes.


    Nous ne sommes plus des esclaves de l'autre, des Canadiens français. Il est terminé ce film morose là.






     


    • Pierre Bourassa Répondre

      19 octobre 2023

      La bâtisse a été conquise militairement et l'on vous a placé au sous-sol,vous disant que vous demeuriez toujours à la même adresse civique.
      Je mange toujours du blé d’Inde et vois des Indiens dans les réserves,sont des termes provenant d’une erreur historique de navigation maritime qui perdurent jusque dans notre nomenclature d'aujourd'hui,pourquoi?
      Ce n’est pas un secret pour personne que nous étions Canadiens avant l’arrivée des militaires britanniques,terme provenant du mot amérindien Kanata,mais vos pouvoirs comme Canadien moderne sont ceux du locataire de sous-sol payant un loyer mensuel,et si vous avez le malheur de vous réveiller et de vous comporter comme ayant les pouvoirs d’antan,les militaires cogneront à nouveau à votre porte.
      Vidé de son contenu historique,vous ne voulez pas vous identifier sous le vocable Canadien,ou Canadien Français, parce que pour la lignée française dont nous provenons,ce terme a été vidé de sa substance.De plus,la séparation du territoire en provinces représente un véritable tour de magie identitaire nous faisant oublier nos origines.Monsieur Verrier utilise le terme Canadien Français pour nous rattacher à nos origines historiques et nous faire comprendre les risques du multiculturalisme à outrance et de notre disparition éventuelle.Cela prend du courage pour affronter cette réalité.Malgré tout,pour être réaliste,je ne crois pas que le terme québécois disparaisse,mais nous devons arroser nos racines sans nous sentir coupables cette fois-ci.