Des crises aux 7 ans… mort annoncée du capitalisme ?

Tribune libre

Cent ans de capitalisme nous ont poussé à des crises répétées et cycliques et des drames personnels majeurs. Au nom de la liberté, les entreprises, dont le premier objectif est l’augmentation des capitaux et des profits, ont envahi le monde avec plus ou moins d’élégance dans bien des cas. Nous sommes aujourd’hui en face d’une crise permanente du climat, de nombreuses crises alimentaires, d’épidémies reliées aux crises sanitaires et de crises économiques à répétition. Le capitalisme est une arme puissante, un levier de développement incomparable, mais il est, selon toutes les constatations actuelles, dangereux pour la survie de l’espèce humaine.
Je ne prêche pas la mort du capitalisme. Mais je suis chercheur d’une alternative moins dommageable… et si elle existe, plutôt réparatrice. J’ai assisté à une conférence internationale organisée par les entreprises d’économie sociale – coopératives et mutuelles – et intitulée « Quel projet de société pour demain ? » Pas étonnant que Desjardins, le premier employeur au Québec avec plus de 68 000 employés et la 6ème coopérative en importance au monde, ait été l’hôte de cette rencontre. Et pas étonnant non plus que je m’y sois trouvé, puisque j’ai la lourde mais fascinante tâche de tenter de rédiger un projet de société pour le Québec de demain au sein du Mouvement Québec Renouveau.
Voyons une définition de l’entreprise d’économie sociale :
"Par économie sociale, on entend les activités économiques productrices de biens ou de services, exercées par des sociétés, principalement coopératives et/ou à finalité sociale, des associations, des mutuelles ou des fondations, dont l’éthique se traduit par les principes suivants : 1° finalité de service à la collectivité ou aux membres, plutôt que finalité de profit ; 2° autonomie de gestion ; 3° gestion démocratique et participative ; 4° primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus."
Principalement, il s’agit donc d’une mentalité de redistribution des profits aux membres qui la composent et d’engagement dans la communauté. J’ajouterais que la plupart d’entre elles ont développé un souci écologique qui vise à diminuer leur empreinte physique sur leur environnement. L’économie sociale est le troisième volet de la Sainte Trinité économique, après l’État et le capitalisme.
Le capitalisme règne en maître dans presque toutes les institutions. On vante ses mérites démocratiques - puisque tout le monde peut avoir accès à la richesse en démarrant son entreprise - dans nos institutions d’enseignement, dans les médias, dans les organisations économiques, auprès de l’opinion publique, même auprès des gouvernements. Pourtant, très récemment, un nouveau son de cloche se fait entendre. Si la croissance peut être fulgurante, la chute peut aussi s’avérer catastrophique. Au final, on se rend bien compte que pour beaucoup d’appelés, peu seront élus…
La crise économique actuelle nous a prouvé une chose, tous pays confondus. Le modèle coopératif présente une meilleure résilience à la fluctuation des marchés. Au Québec, nous avons peu ressenti les effets de la crise, notamment parce que, d’une part, l’État est très présent, et d’autre part, nous avons développé un réseau signifiant d’économie sociale. Ce ne sont pas les seules raisons, mais je ne pense pas me tromper en affirmant que ces raisons sont parmi les principales. Le modèle coopératif offre aux entreprises une croissance plus lente mais plus stable et surtout plus fiable. On le compare à la tortue de la fable, tandis que le capitalisme pourrait être le lièvre qui ne termine pas la course…
Si on pense aux valeurs de solidarité et d’entraide, personne ne peut être contre la vertu. Mais ces entreprises demeurent ce qu’elles sont, c’est-à-dire des joueurs dans une grande compétition. Si Desjardins a augmenté ses tarifs, fusionné ses caisses, diminué ses points de services, diminué les heures d’ouvertures pour automatiser davantage, c’est dans une perspective de combat avec les banques. Le discours de sa présidente était d’ailleurs éloquent : il faut augmenter la performance pour créer une prospérité durable à long terme et consolider la confiance des membres. Et on finit toujours par l’argument à la mode de développement durable, qui veut répondre aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.
Or, toutes les ressources ne sont pas renouvelables. Tous les territoires ne sont pas extensibles. D’autres planètes habitables sont encore bien loin hors de notre portée…
Remarquez que je ne condamne personne et je salue hautement cet effort de partage et de conscience écologique. Personnellement, ce me semble plus vertueux que les prospecteurs de profit peu importe le moyen… quoique les compagnies privées tendent de plus en plus à emprunter ces voies d’engagement envers la communauté et de remboursement à l’écologie, parce que côté publicitaire, ça commence aussi à rapporter toujours plus de profit… ! Ce gain de capital redistribué à toute une communauté vaut quand même mieux que le partage des gains entre très peu de dirigeants et ce qui reste aux actionnaires. N’empêche que peu importe le modèle, des pays continuent de s’enrichir aux dépens d’autres quelque part…
Alors je continue à réfléchir. Je prends l’exemple de Boisaco, entreprise coopérative, moteur économique de la ville de Sacré-Cœur sur la Côté-Nord. L’un de ses créateurs, Guy Deschênes, dialogue chaleureusement avec nous, assurant que l’être humain est au cœur de toutes les décisions et relations de travail. Sans vous exposer en détails tout le parcours de l’entreprise, résumons à ceci : en quelques années seulement, la coopérative formée en trois parts égales d’investisseurs communautaires, de travailleurs de la forêt et de travailleurs d’usine, a réinvesti pour créer ce qui est aujourd’hui une industrie de huit usines différentes de transformation de matières premières dont la ville bénéficie. Chapeau pour la croissance et pour la redistribution dans la communauté, mais cette logique d’expansion demeure la même qui sous-tend toute la pensée capitaliste… Le fait de vendre partout dans le monde est impressionnant, quoique de plus en plus courant, mais reste-t-il vraiment de la richesse pour tout le monde ? Sont-ce toujours des solutions où toutes les parties sont gagnantes ?
En Italie, le modèle coopératif oblige ce type de compagnie à employer un minimum de 30 % de défavorisés ou de personnes handicapées pour leur permettre de réintégrer le milieu du travail. Cette réinsertion est accompagnée d’une exonération d’impôt pour les bénéficiaires pendant la période de réinsertion pouvant aller jusqu’à deux ans. Ici, cette règlementation aurait pour conséquence directe l’allégement du fardeau de l’État en diminuant le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale. Ils ont aussi signé une Loi qui reconnaît les liens étroits entre les coopératives et l’État.
En France les coopératives, souvent aussi appelées « Mutuelles », font légion dans de très grands secteurs de l’économie du pays. Elles participent très activement à réduire les inégalités sociales en matière d’assurance, dans l’agriculture, la viticulture, dans le secteur bancaire et même dans le système de santé où des centres mutualistes dentaires, optiques, médicaux et même chirurgicaux soignent sans faire de bénéfice.
Ici, lors des appels d’offres pour les contrats gouvernementaux, les entreprises sociales ne sont pas considérées. L’État pourrait-il dorénavant examiner l’apport social, écologique et humanitaire des soumissionnaires et non plus seulement le prix ? À quand une coop de travailleurs de la construction (avec de bons gardes du corps, bien sûr ) ?
Un constat se pose et reste à éclairer. Le rapport à l’État est toujours à double-sens : on est bien heureux qu’il fournisse le fric, mais on souhaite être libre de toute entrave ou règlementation… N’y aurait-il pas moyen de rédiger des critères précis pour la création des coopératives afin d’éviter que lorsqu’elles mettront les pieds dans le monde marchand, leur vocation première n’en soit pas minée ? Peut-on pousser la vertu à sa règlementation stricte ?
En attendant, l’entreprise d’économie sociale me semble quand même plus noble dans l’intention que l’économie dominante actuelle où triomphe la cupidité d’un groupe restreint d’individus…
Si l’État doit donner l’exemple, pourquoi ne pas transformer certaines sociétés d’État en mouvements coopératifs ? Admettons qu’Hydro-Québec redistribue ses profits aux familles sous forme d’allocation familiale en fonction du nombre d’enfants et inversement proportionnel au salaire familial. En plus de favoriser la natalité, cette politique donnerait aux québécois le réel sentiment qu’Hydro-Québec leur appartient, ce que nous avons tendance à oublier de plus en plus. Et pourquoi ne pas procéder de la même façon avec toutes nos ressources naturelles au lieu de les dilapider à des intérêts étrangers particuliers ?
Dans le même ordre d’idées, pour réduire le problème des urgences, nous ne sommes pas contre le ticket modérateur, mais il faudrait instaurer une assurance maladie complémentaire qui pourrait encore une fois être élaborée sous forme coopérative étatique. Cela éviterait que les compagnies privées accumulent de nouveaux profits sur le dos de la santé. Et puisque nous en sommes là dans nos réflexions, pourquoi pas une coop Médicaments Québec qui achèterait collectivement les médicaments auprès des laboratoires pour les redistribuer aux pharmaciens : un pouvoir d’achat accru qui augmenterait le capital des québécois et amoindrirait les profits des compagnies pharmaceutiques. Voilà des idées modernes que le Mouvement Québec Renouveau aimerait mettre en place.
Serge Bonin 15/10/2010
Mouvement Québec Renouveau

http://www.quebecrenouveau.qc.ca/
Rejoignez-nous sur facebook :

http://www.facebook.com/group.php?gid=140071542674901


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé