Fermeture du «Globe and Mail» à Québec: symptôme d'un désintérêt pour la politique québécoise

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C'est sûr, il ne se passe plus rien d'important au Québec, devenu sous Charest et Couillard, une province comme les autres






La fermeture du bureau du Globe and Mail à l’Assemblée nationale témoigne du désintérêt progressif des médias du reste du Canada pour la politique québécoise. En trente ans, le nombre de représentants des médias anglophones à l’Assemblée nationale est passé de 39 à 6.


 

Rhéal Séguin a été le dernier journaliste à occuper le poste de correspondant du Globe. Pour lui, c’est clair : ils ont perdu de l’intérêt pour le Parlement quand la « menace » souverainiste s’est estompée.


 

Certes, l’arrivée d’Internet et la crise des médias ont contribué aux coupes, mais le politique a joué un rôle crucial. « Quand je suis arrivé en 1990, on était en plein coeur du dossier du lac Meech. Le rôle du Québec dans le Canada était jugé capital dans ces années-là », raconte-t-il.


 

« Au début des années 2000, avec l’arrivée de Jean Charest, ils ont décidé que la couverture politique québécoise sur une base quotidienne n’était plus si intéressante. Le référendum était derrière nous… La souveraineté n’étant plus à l’ordre du jour, le Québec n’était plus une menace. C’est devenu pour eux une province comme les autres, et le centre de gravité pour le Canada s’est déplacé vers l’ouest. »





La fermeture du bureau du Globe fait suite à de nombreux départs ces dernières années, dont celui du Toronto Star en 2002 et celui, plus récent, du poste de correspondante pour la station de radio CJAD.


 

Pour explorer le phénomène, Le Devoir a réuni trois ex-journalistes anglos vendredi dans son bureau près du Parlement : Kevin Dougherty de Canadian Press (1977-1982) et The Gazette (2000-2014), Anne-Louise Gagnon (recherchiste au Globe and Mail de 1982 à 2004) et Robert McKenzie, correspondant du Toronto Star (1964 à 2002).


 

La rencontre a d’ailleurs eu lieu autour d’une vieille table du Globe récupérée par Le Devoir lors de la fermeture.


 

Correspondants à l’étranger


 

« La menace “séparatiste”, ça a protégé nos jobs ici ! » résume avec humour M. McKenzie, un Écossais débarqué au Québec au milieu des années 1950. Lui-même n’a jamais voulu utiliser le terme « séparatiste » dans ses textes.


 

Pour ces journalistes, les périodes de tension Québec-Canada ont été aussi passionnantes que difficiles. « Parfois, tu parlais aux gens de Toronto et c’était comme une autre planète », résume Anne-Louise Gagnon avec en tête le souvenir de la campagne référendaire de 1995.


 

Tenus de raconter ce qu’on ne voulait pas entendre, ils se sont souvent retrouvés pris entre l’arbre et l’écorce. « Nos médias étaient tellement montés contre le Québec qu’ils se mettaient à détester le messager », raconte M. McKenzie.


 

Comment s’en sortir ? En se collant aux faits. « Il fallait être inattaquable », raconte Kevin Dougherty.


 

En entrevue plus tôt cette semaine, Rhéal Séguin abondait dans le même sens. « J’ai toujours abordé mon rôle un peu comme un journaliste étranger. Tu gardes une distance et tu racontes de la façon la plus objective possible la réalité. […] Il s’agissait de ne pas alimenter les fausses perceptions que les gens avaient du Québec. »


 

Sa collègue Anne-Louise Gagnon (qui travaille aujourd’hui pour l’Assemblée nationale) se rappelle avec nostalgie des reportages fouillés qu’ils produisaient pour le Globe. « On pouvait ne pas parler d’un dossier pendant des semaines, mais, quand on se penchait là-dessus, ça donnait une synthèse bien ramassée. »


 

Des avantages


 

Lors des conférences de presse au Parlement, les journalistes anglos posent leurs questions dans leur langue à la fin, après les médias francophones. Selon M. McKenzie, cette façon de faire remonte ironiquement à René Lévesque. « C’est lui qui a introduit les conférences de presse bilingues : avant, ça a toujours été unilingue français. […] Moi, j’ai vu ça comme un recul pour le français. »


 

Selon lui, Lévesque « était meilleur en anglais. Il était plus coloré, plus direct ». Pour cela comme pour d’autres choses, le côté anglo a aussi parfois été avantageux.


 

Ainsi, Rhéal Séguin avait frappé fort en 1992 lorsqu’il avait rendu publics les échanges téléphoniques entre André Tremblay et Diane Wilhelmy sur le dossier constitutionnel.


 

Leur contenu était frappé d’un interdit de publication au Québec, mais pas dans le reste du Canada, alors le Globe l’avait publié partout sauf dans son édition québécoise. « J’ai eu la visite de policiers, ce jour-là. »


 

Enfin, même si elles sont à la fin, les réponses en anglais sont souvent les meilleures, renchérit Kevin Dougherty. « Souvent, à la fin, les politiciens sont tannés et prennent moins de précautions. »


 

Il se rappelle d’ailleurs avoir eu un gros scoop lors de l’annonce de la nationalisation de l’amiante en 1977. La conférence de presse était à 16 h 30 un vendredi. « Les journalistes francos partent au bout en anglais, et là, Lévesque dit [en anglais] : “Bon, la Bourse est fermée maintenant, je peux vous le dire : j’ai nationalisé l’amiante.” »


 

On comprend pourquoi, lors des annonces suivantes, les journalistes francophones sont restés pour écouter les réponses en anglais.

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