Gesté : le village français qui a détruit son église

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La France souffre de son déracinement

Ne l'appelez plus jamais Gesté. Dites plutôt : « commune déléguée de Beaupréau-en-Mauges ». Depuis 2012, lorsque malgré l'indignation générale et le combat acharné d'une association locale, la municipalité de Gesté a rasé l'église, de l'eau a coulé sous les ponts et la commune a été rayée de la carte. Comme les autres du canton, elle s'est fondue dans Beaupréau, chef-lieu de canton des Mauges, au sud-ouest du Maine-et-Loire (Anjou). Plongée au cœur d'une France qui ne croit plus en rien, pas même à son existence.

En 2012, la municipalité de Gesté a rasé son église, ne gardant que la crypte et le clocher. Cause invoquée : la vétusté du bâtiment construit au XIXe siècle, d'abord la nef massive, puis un choeur plus élevé et néogothique. Les opposants d'alors - l'association MVPG (Mémoire vivante du patrimoine gestois) - pointaient plutôt la politique d'abandon systématique de l'église par les municipalités successives, pour lesquelles les prétextes d'économie cachaient maladroitement une certaine aversion pour le patrimoine.


Autour de Gesté, d'autres communes ont essayé de détruire leur église, reculant devant la détermination des opposants parfois. Ici, on est au cœur des Mauges, pays « blanc » opposé à la Révolution anti-cléricale et aux assassins sanguinaires de 1793 qui décimaient la population entière des villages qui s'opposaient à leurs crimes, royaliste, catholique. Les communes ont souvent plusieurs chapelles en plus de l'église - comme Montfaucon qui a trois chapelles en plus de son église haut perchée - voire plusieurs églises, comme Villedieu-la-Blouère, Beaupréau ou le Fief-Sauvin.










Cependant, bien que la foi des fidèles ait survécu au choc du concile Vatican II, le déclin a été plus brutal qu'ailleurs, et ici aussi l'Eglise rétrécit. Avec un facteur que le reste de la France connaît peut-être moins : un certain désamour de ceux qui restent catholiques pour le patrimoine religieux dont ils ont hérité - souvent exceptionnel, tant les églises sont impressionnantes à l'extérieur comme à l'intérieur, et difficile à entretenir cependant - et une volonté de coller aux modes de l'architecture qui a traversé les âges. Au XIXe, l'on détruisait les églises de l'Ancien Régime, souvent en triste état et devenues insuffisantes en taille, pour faire du néogothique, alors pourquoi ne pas les abattre pour faire des églises en béton plus faciles à chauffer et plus petites, adaptées à une chrétienté qui rétrécit, expliquent ces fidèles qui se disent « pragmatiques ».


C'est ainsi que - chose inconcevable pour bien des catholiques français - les fidèles catholiques de Gesté, curé en tête, ont soutenu la démolition de leur église. A l'époque la mairie soutenait que la restaurer coûterait plus de 3 millions d'euros. Un devis largement surévalué et remis en cause par les opposants à la démolition, en vain.


La semaine dernière, la première pierre de la nouvelle église de Gesté a été posée. Elle coûtera 2,5 millions d'euros, entre consolidation du clocher, travaux de démolition partiels et construction de la nouvelle église proprement dite, une « galette de béton » de forme ovale. Les travaux devraient être achevés pour la Noël 2017. Les travaux sont entièrement financés par la commune nouvelle de Beaupréau, et ne sont éligibles à aucune subvention - alors que la restauration de l'église aurait pu être aidée par des organismes aussi divers que la région, le département ou encore la Fondation du Patrimoine.


L'Etat a juste donné un peu d'argent pour les fouilles, qui ont permis de trouver des ossements et des sarcophages. Des gestois pointent d'ailleurs un dérapage : « ce dont les archéologues ne voulaient pas, ils le balançaient près de la salle polyvalente, qui est au-dessus de l'église. Les enfants de l'école [toute proche, NDLR] étaient tout le temps dans ces tas, et devinez ce qu'ils ont trouvé : des ossements ». En toute logique, ceux-ci n'auraient jamais du se trouver dans un tas de déblais, mais auraient du être précieusement collectés et mis dans un ossuaire au cimetière.


« A l'heure où on mutualise tout, les agents municipaux, les communes même, on aurait pu aussi mutualiser les églises. On aurait continué d'aller à Beaupréau que ça ne posait pas de problème », estiment deux ouvriers de Gesté, en train d'aménager un futur magasin. Signe d'un chantier presque maudit : la première pierre, qui est en fait un amas de parpaings autour d'une caisse en bois, posés en grande pompe en présence du maire de Beaupréau et de l'évêque, a tenu moins d'une semaine. « Elle était en plein dans notre aire de déchargement, on l'a virée », assurent les ouvriers chargés de consolider les planchers du clocher avant les travaux de démolition partielle. Elle gît d'ailleurs sur un côté du campanile. « La pierre, ce n'est pas grave », réagit le patron du bar de la commune, « c'est du pipeau, elle a juste été posée pour que l'évêque et le maire fassent leur petit discours. Cela dit, c'est sûr que la nouvelle église, ce ne sera pas l'ancienne ». Dont la masse du choeur dominait la place, face au café.


Pour Jean Woznica, président de MVPG, l'association qui s'est tant battue pour que l'ancienne église reste debout, difficile de dissiper l'impression d'un « gâchis ». D'autant plus que le mobilier liturgique de l'ancienne église, sauvé de la démolition - sauf les vitraux - ne sera pas remployé dans la nouvelle église. L'envie de faire du neuf a poussé le diocèse à tout rénover, des bancs à l'autel, pour près de 260.000 € qui seront collectés auprès des fidèles. L'avenir de l'ancien mobilier liturgique reste incertain. Sera-t-il mis à la casse, ou d'autres communautés paroissiales catholiques dans le besoin pourront l'acquérir pour lui donner une nouvelle vie ?











Même si l'église sera reconstruite, les blessures restent vives et les fractures ouvertes. « On a pu participer au forum des associations de Gesté, organisé par la municipalité, mais pour cela on a du nettoyer notre site. Supprimer surtout tous les articles gênants pour les anciens maires favorables à la destruction de l'église, MM. Léger et Baron. Du coup la mairie veut bien nous laisser rénover les tombes des soldats morts en 1914-1918 dans le cimetière, et réfléchit même à nous filer l'ancienne crypte de l'église dont ils ne savent que faire ».


Pour Jean Woznica, « on a trop vite fait le deuil de la chrétienté » à Gesté, en particulier, et dans les Mauges, en général. « L'ancienne église, une fois restaurée, avait 1000 places, la nouvelle, qui coûtera au moins autant, 450. Certes, aujourd'hui, 1000 c'est trop mais qu'en sera-t-il dans deux générations, voire un siècle ? On construit une église pour l'avenir ». Et il y à Gesté, ancienne commune rayée de la carte - comme tant dans l'Anjou - des enfants qui n'ont jamais pu entrer dans l'église. Ils ne l'ont vue qu'interdite d'accès ou en ruines. « Dix ans de perdus, un immense gâchis », pour Jean Woznica. Et probablement pas le dernier, hélas, dans cet Anjou jadis si catholique et qui veut maintenant faire table rase de sa chrétienté. A 6 km de Gesté, dans l'ancienne commune de Villedieu-la-Blouère - nom oh combien symbolique ! - une église est, elle aussi, menacée de destruction. Faute de chrétiens pour la faire vivre et la défendre.



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