Une stratégie pour la survie du chantier Davie

L'impuissance expliquée

Un pouvoir ouvrier à la rescousse

Tribune libre

Une polémique a éclaté dans la région de Québec. Une syndicaliste de la CSN, la consœur Ann Gingras, présidente du Conseil Central de Québec-Chaudière-Appalaches, a exprimé son étonnement de voir le NPD soudainement s’intéresser au chantier Davie.
Un représentant NPD, Denis Blanchette, député de Louis-Hébert, s’est aussi soudainement surpris, dans une lettre au lecteur au Soleil, journal régional, que ses interventions en Chambre ne soient pas prises en compte.
Sur le chantier en particulier, le représentant conservateur, M. Blaney s’était dit « déçu » (sic) quand un contrat majeur pour des brise-glace du fédéral avait été octroyé à un chantier des Maritimes plutôt qu’à Lévis.
Les tenants et aboutissants de ces débats sur la scène publique exposent bien aux yeux de tous les enjeux pris en compte : des milliers d’emplois, tout un secteur de la construction maritime sur le fleuve Saint-Laurent et, finalement, la vitalité économique de toute la région.
Les protagonistes de cette discussion sont plus ou moins au cœur d’une situation qui demande une explication plus approfondie. Les représentants des partis fédéraux ne se rendent pas compte, pour être poli, qu’ils sont au centre d’un problème que le Canada ne peut pas résoudre : celui de l’état de subalterne dans lequel est maintenu le Québec depuis les tous débuts de la Confédération.
Les Québécois qui se sont engagés à défendre le Québec à Ottawa se sont retrouvés, non pas devant une institution où le Québec avait sa place, mais dans un lieu de pouvoir où celui-ci était partagé au désavantage du Québec ou de toute autre nationalité à y avoir des représentants : autochtones, acadiens, métis…
Le véritable rôle des ces représentants du Québec a été de prouver au ROC (Rest Of Canada) qu’ils étaient capables de maintenir le Québec dans le Canada. Ils ne s’aperçoivent donc pas qu’étant considérés eux-mêmes comme des subalternes au Parlement, ou comme des intrus dans un lieu de pouvoir où ils sont marginalisés, comme leur propre nation dans le Canada qu’ils ne font en fait qu’une bataille stérile digne de celle de Sisyphe.
L’incapacité des institutions fédérales à protéger nos droits (le droit au travail, par exemple) devrait les éveiller à un autre point de vue politique. Et leur aveuglement surprend devant l’état de fait qu’ils avouent eux-mêmes n’avoir plus qu’un droit de parole sans véritable poids politique dans ce Parlement.
Le chantier Davie serait le premier avantagé par un Québec indépendant où il serait possible de planifier rationnellement le travail des multiples petits chantiers le long du Fleuve. On se demande même si l’inertie autour de ce chantier, ou sa disparition, n’est pas envisagée froidement par les forces fédéralistes.
La question n’est donc pas d’intervention en Chambre ou de prise de parole. Longtemps les travailleurs du chantier ont pris la parole eux-mêmes pour exprimer leur désir de se mettre à l’ouvrage pour faire valoir leurs talents de créateurs de la richesse. Ils ne demandent que la possibilité ou le pouvoir de le faire.
L’entrave principale ne serait-elle pas levée si l’on arrêtait d’attendre le « sacro-saint privé » qui ne manifeste depuis des années que de l’intérêt pour la rente capitaliste au lieu de la construction maritime?
Vous me direz, il faut bien des dirigeants acceptés par les ouvriers pour faire marcher les Chantiers?
Bien sûr, mais pourquoi pas une propriété publique, celle de tous les Québécois, partagée avec une assemblée souveraine des ouvriers où ceux-ci, comme producteurs, auraient le dernier mot sur leur destin? (Voir notre programme au http://www.pcq.qc.ca/ à la partie « pouvoir ouvrier »)
Pourquoi ne pas songer dès maintenant à Québec à investir dans le potentiel des travailleurs en nationalisant le chantier Davie plutôt que de laisser croupir les ouvriers dans le chômage et l’appauvrissement? J’ai déjà dit ailleurs que le Québec se soucie bien peu de sa classe ouvrière. Le chantier Davie en illustre encore une fois les déplorables conséquences.
Les empoignades sur la place publique ne résoudront rien sinon de relancer les débats sur les enjeux très actuels et urgents de poser encore une fois ceux de la question nationale : impuissance des représentants à Ottawa à faire progresser le Québec vers sa liberté et son émancipation tout en ayant le regard tourné sur tout le potentiel de travail gaspillé à laisser les ouvriers du chantier Davie au chômage ou obligés de s’éloigner de leur famille et de leur milieu de vie pour travailler en laissant ainsi perdre toute leur expertise.


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1 commentaire

  • Marcel Haché Répondre

    23 octobre 2012

    Votre texte est remarquable. Je partage totalement votre point de vue, y compris celui concernant la nationalisation, qui ne serait pas dans ce cas une affaire financière insurmontable, mais une affaire très accessible au principe de justice.

    Montréalais temporairement installé dans la Capitale au début des années 80, j’avais été écoeuré par les libéraux de la place, de leur chantage aux jobs, qui avaient incité les gars de la Davie à marcher pour des emplois qui leur revenaient de droit. De droit. Mais les travailleurs avaient marché, comme quémandé, comme si ces jobs avaient été des privilèges.
    Par lâcheté, les députés de l’avilissement, et toute une élite avilie de Québec, suggéraient aux gars de la Davie d’accepter l’humiliation et de « marcher » sous l’œil complice, et la gueule aussi, des débuts déjà très prometteurs d’une certaine radio. Le Roi débutait solidement le règne de cette radio… Pendant qu’à Montréal, tout Montréal n’en avait que pour Montréal et monsieur le maire…
    Cela faisait déjà longtemps que j’étais indépendantiste. J’ai su, à ce moment-là, que je le serais toujours.