La Presse au Saguenay–Lac-Saint-Jean : le pari risqué des conservateurs

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Le fils de Duceppe a ses chances de devenir député


(Saguenay) Le Parti conservateur ne s’en cache pas : il mise sur l’effet Richard Martel, ex-entraîneur de hockey, pour colorer tout le Saguenay–Lac-Saint-Jean en bleu foncé le 21 octobre. Mais la partie est loin d’être gagnée pour la formation d’Andrew Scheer, dont la promesse d’instaurer la déclaration de revenus unique fait craindre la perte de centaines d’emplois dans la région.


« La recette Martel »





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La notoriété de Richard Martel, qui a été l’entraîneur-chef le plus victorieux de la LHJMQ, est incontestée au Saguenay. Ci-dessus, le député sortant de Chicoutimi–Le Fjord s’entretient chaleureusement avec un citoyen à la Place du Royaume, à Chicoutimi, le 21 août.





« On croit vraiment en nos chances de remporter les trois circonscriptions au Saguenay–Lac-Saint-Jean. » Le député sortant de Chicoutimi– Le Fjord, Richard Martel, met rapidement la table.

 


 

Dans son bureau de campagne du boulevard Talbot à Chicoutimi, l’élu conservateur s’installe au centre, entre ses deux collègues candidats dans Jonquière et Lac-Saint-Jean, Philippe Gagnon et Jocelyn Fradette. L’ex-entraîneur-chef des Saguenéens, de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), n’a rien perdu de son aplomb.


« C’est notre joueur de centre », lance l’aspirant Fradette. Les analogies sportives ne manqueront d’ailleurs pas durant l’entretien. Ici, le Parti conservateur vise « la triple couronne » en ravissant le siège du Parti libéral du Canada (PLC) dans Lac-Saint-Jean et celui du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans Jonquière le 21 octobre.





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Richard Martel, entouré de Philippe Gagnon (à gauche) et de Jocelyn Fradette, dans son bureau de campagne, à Chicoutimi, le 21 août.





La formation d’Andrew Scheer mise notamment sur la notoriété de ses candidats pour faire d’importants gains au Québec. Encore hier, le chef conservateur était de passage à Jonquière en compagnie de son trio de candidats. Ce qu’on appelle dans les rangs conservateurs « la recette Martel » a pris naissance lors de l’élection partielle en juin 2018.


« C’était la première fois que le Parti conservateur défaisait le pouvoir lors d’une partielle au Québec », se rappelle le principal intéressé. Richard Martel l’avait alors emporté haut la main en récoltant plus de la moitié des voix. « On avait une stratégie dans tout ça : je me suis annoncé et mis sur le terrain de bonne heure », ajoute-t-il.


C’est ce qu’il souhaite reproduire en 2019. Les deux candidats saguenéens ont été investis tôt l’hiver dernier et ont pu se mettre à la tâche sur le terrain bien avant leurs adversaires. Le Parti libéral n’a désigné sa candidate dans Chicoutimi–Le Fjord qu’en fin de journée, hier. Dans Jonquière, le candidat libéral a été désigné il y a quelques jours à peine.


La notoriété de Richard Martel, qui a été l’entraîneur-chef le plus victorieux de la LHJMQ, est incontestée au Saguenay. Lors de notre passage au centre commercial Place du Royaume en compagnie des trois candidats, il était difficile de trouver quelqu’un qui ne connaissait pas celui qui a été derrière le banc des Saguenéens pendant 11 ans.





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Grâce à son passage de 11 ans derrière le banc des Saguenéens, Richard Martel est une figure très connue dans la région.







Au-delà de tout ça, si t’es pas bon avec les gens, tu ne peux pas faire de politique.



Richard Martel, député sortant de Chicoutimi–Le Fjord



M. Martel n’aime pas non plus l’expression voulant que la politique soit un sport extrême. Le sport, c’est beaucoup moins nuancé, dit-il. « La politique, tu prends des décisions qui auront un impact direct sur la vie des gens », lance-t-il.


Faisant son chemin entre les tables de l’aire de restauration, le député sortant semble comme un poisson dans l’eau. L’un l’arrête, l’autre lui serre la pince. « Richard ? Ça fait longtemps que je le connais », lance un passant à La Presse. Il faudra d’ailleurs mettre fin aux nombreux échanges pour être capable de partir pour le dîner.





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Pour Philippe Gagnon (à droite) et Jocelyn Fradette (veste bleu ciel), la popularité de Richard Martel est sans contredit un atout.





« Oui, il y a eu la vague Richard Martel », admet Philippe Gagnon, quadruple médaillé en natation des Jeux paralympiques de Sydney en 2000. « Mais il y a aussi les chaussures qu’il porte à la Chambre des communes. Ça m’a donné beaucoup confiance. Comment, en un an, il avait laissé son manteau de coach pour son habit de député », illustre-t-il.


Jocelyn Fradette, conseiller municipal d’Alma depuis 14 ans, et Philippe Gagnon participent d’ailleurs souvent à des événements en compagnie du populaire Martel.


Une promesse qui inquiète


Les conservateurs doivent composer au Saguenay–Lac-Saint-Jean avec la promesse de leur formation d’instaurer, à la demande du gouvernement de François Legault, la déclaration de revenus unique. Dans la région, l’Agence du revenu du Canada (ARC) emploie quelque 1200 personnes, dont 1000 uniquement au centre fiscal de Jonquière.


Déjà, le Syndicat des employés de l’impôt craint « la catastrophe » et anticipe la perte de milliers d’emplois au Québec. Le chef conservateur, Andrew Scheer, dans une entrevue éditoriale à La Presse au début de septembre, a promis que « personne n’allait perdre son travail » avec la mise en œuvre de ce changement.


Il a formulé de nouveau sa promesse hier, à Jonquière, lors d’une annonce aux installations de Potvin & Bouchard, à deux pas du centre fiscal.


« On a besoin de ces gens-là, ce sont des gens compétents », souligne Richard Martel.




On ne peut pas se permettre, en région, de perdre ces emplois-là et on le sait.



Richard Martel, député conservateur sortant de Chicoutimi–Le Fjord



La formation politique suggère plutôt de mettre l’expertise des fonctionnaires de l’agence fédérale au profit de la lutte contre l’évasion fiscale.





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Karine Trudel, députée sortante du NPD dans Jonquière





C’est une solution qui est loin de convaincre la députée sortante du NPD dans Jonquière, Karine Trudel, qui a bien l’intention de faire de cette bataille le fer de lance de sa campagne. « Les familles vont aller faire quoi ? », lance la néo-démocrate, attablée lors du petit-déjeuner dans un restaurant de la rue Saint-Dominique.


« Quand j’entends : “Ils vont se replacer ailleurs”… Je trouve que c’est un argument poche, admet-elle, sans détour. On parle d’emplois de qualité, des avantages, de revenus pour la ville en termes de taxation, c’est direct ici. »




À Jonquière, c’est 1000 emplois et une masse salariale de près de 40 millions de dollars.



Karine Trudel, députée sortante du NPD dans Jonquière



Le Bloc québécois défend aussi l’instauration d’une déclaration de revenus unique et soutient que le PLC et le NPD, qui s’y opposent, « trompent la population avec leur menace de pertes d’emplois ». Selon la formation bloquiste, le transfert de la déclaration de revenus fédérale à Québec ferait « économiser temps et argent » aux Québécois.


Ce que pourfend Karine Trudel. « On n’économiserait pas, c’est faux », assure-t-elle. Le Nouveau Parti démocratique s’était montré en faveur de la demande de Québec avant de se raviser en raison de la question de l’emploi. La formation avait alors évalué les effets de cette mesure et avait conclu qu’elle menacerait des emplois vitaux de certaines régions.


Dévastateur, croit le syndicat


« On a fait notre travail, on a regardé l’ensemble de l’œuvre et on a dit : “non, ce n’est pas possible” », poursuit Mme Trudel. Ces propos parlent au Syndicat des employés de l’impôt. « C’est sûr qu’il va y avoir un impact dévastateur à Revenu Canada [au Québec] », lance le président national, Marc Brière, qui n’en revient toujours pas.


« C’est mentir [lorsqu’on parle d’aucun emploi perdu], c’est induire la population en erreur. […] Mettons que personne ne perd sa job, on va être au-dessus de 17 000 employés du revenu au Québec [ARC et Revenu Québec] alors qu’il y en a environ 40 000 pour tout le Canada au complet, c’est complètement irréaliste », argue-t-il.


L’Alliance de la fonction publique du Canada, à laquelle est affilié le Syndicat des employés de l’impôt, s’est enregistrée comme tiers auprès d’Élections Canada. En août dernier, le syndicat a mené une campagne publicitaire, appelée Ne vous laissez pas flouer par les conservateurs, dans la presse écrite et à la radio.


M. Brière pourrait aussi se faire plus présent dans les médias pendant la campagne pour faire valoir les arguments du syndicat.


De son côté, la mairesse de Saguenay, Josée Néron, s’est dite « préoccupée par les possibles pertes d’emplois » au centre fiscal de Jonquière. Elle n’a rien contre « le fait d’explorer cette avenue », mais elle estime qu’il est « impératif de conserver ces emplois de qualité ». Mme Néron souhaite obtenir « une assurance » sur la question puisque « la perte d’emplois serait catastrophique ».


L’Agence du revenu du Canada embauche par période de pointe jusqu’à 5500 employés au Québec.


Région arc-en-ciel 





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La rue Racine, au centre-ville de Chicoutimi





Le paysage politique du Saguenay– Lac-Saint-Jean a changé au cours des quatre dernières années alors que deux élections partielles ont dû avoir lieu en 2017 et en 2018. Pour l’heure, la grande région est colorée en orange, en rouge et en bleu foncé. Est-ce qu’une formation politique arrivera à s’imposer en 2019 ?





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Richard Martel, député sortant de Chicoutimi–Le Fjord





CHICOUTIMI–LE FJORD


Le député sortant de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, sollicite un deuxième mandat, lui qui n’est à la Chambre des communes que depuis juin 2018. « Quand je suis arrivée à Ottawa, les députés avaient déjà trois ans de faits », remarque-t-il. Il admet que l’apprentissage a d’ailleurs nécessité qu’il mette « les bouchées doubles » pour arriver à maîtriser les grands dossiers et apprendre à naviguer au Parlement.


Connu pour son tempérament plutôt sanguin au hockey, Richard Martel se présente beaucoup plus comme un « joueur d’équipe » dans ses habits de député. Son ancienne vie d’enseignant est plus près de son rôle d’élu que celle d’ex-entraîneur, dit-il. « En politique, il y a beaucoup de négociation, il faut que tu sois bon avec les autres, même dans l’opposition. Je pense que peu importe les programmes, il faut être bon joueur, entretenir nos relations. »


AUTRES CANDIDATS


Parti libéral du Canada


Dajana Dautovic Actuaire à l’emploi du gouvernement du Québec


Nouveau Parti démocratique


Stéphane Girard


Bloc québécois


Valérie Tremblay


Bachelière en administration des affaires œuvrant depuis 20 ans dans l’enseignement, l’administration et le commerce


Parti vert du Canada


Lynda Youde


Candidate à l’élection partielle de 2018, Mme Youde possède une maîtrise en environnement et est retraitée du milieu des services financiers.


Parti populaire du Canada


Jimmy Voyer


Vétéran des Forces armées canadiennes


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ÉLECTION PARTIELLE EN JUIN 2018


Parti conservateur du Canada


Richard Martel : 52,8 %


Parti libéral du Canada


Lina Boivin : 29,5 %


Nouveau Parti démocratique


Éric Dubois : 8,6 %


Bloc québécois


Catherine Bouchard-Tremblay : 5,6 %


Parti vert du Canada


Lynda Youde : 3,1 %


Indépendant


John Turmel : 0,4 %


Source : Élections Canada


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JONQUIÈRE





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Karine Trudel, députée sortante du NPD dans Jonquière





Élue une première fois en 2015, la députée du Nouveau Parti démocratique, Karine Trudel, brigue de nouveau les suffrages dans Jonquière. Celle qui était auparavant factrice et présidente du Syndicat des travailleurs des postes du Saguenay–Lac-Saint-Jean a choisi de faire le saut en politique dans la foulée notamment du plan de privatisation du secteur des postes des conservateurs de Stephen Harper.


Elle dit non une première fois lorsqu’on lui offre de porter les couleurs du NPD. « J’avais déjà fait le calcul que je ne pouvais pas me présenter en politique parce que j’étais monoparentale avec deux garçons et moi, quand on me parle d’un projet, j’ai déjà la finalité dans la tête », raconte celle qui dit ne jamais « faire les choses à moitié ».


C’est en discutant avec sa garde rapprochée qu’elle tente le saut, avec l’appui de ses parents pour l’accompagner dans ce défi. Femme hyper organisée, elle tient « un conseil de famille » pour faire le point dès 2016 et c’est là qu’elle décide d’être des élections de 2019.


AUTRES CANDIDATS


Parti libéral du Canada


Vincent Garneau 


Chef de cabinet de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, depuis janvier 2017 et conseiller principal Relations Canada–États-Unis


Bloc québécois


Mario Simard 


Ancien attaché politique du député fédéral Claude Patry de 2011 à 2015, M. Simard est chargé de cours au département de sciences humaines et sociales à l’UQAC


Parti conservateur du Canada


Philippe Gagnon 


Diplômé en administration des affaires, responsable du sport universitaire à l’UQAC et quadruple médaillé en natation des Jeux paralympiques de Sydney


Parti vert du Canada


Lyne Bourdages 


Employée d’un centre de la petite enfance


Parti populaire du Canada


Sylvie Théodore 


Neurologue


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RÉSULTATS DANS JONQUIÈRE LORS DES ÉLECTIONS DE 2015


Nouveau Parti démocratique


Karine Trudel : 29,2 %


Parti libéral du Canada


Marc Petterson : 28,5 %


Bloc québécois


Jean-François Caron : 23,3 %


Parti conservateur du Canada


Ursula Larouche : 16,9 %


Parti vert du Canada


Carmen Budilean : 1,4 %


Parti Rhinocéros


Marielle Couture : 0,8 %


Source : Élections Canada


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LAC-SAINT-JEAN





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Le libéral Richard Hébert, député sortant de Lac-Saint-Jean





Élu lors de l’élection partielle du 23 octobre 2017, après le départ du conservateur Denis Lebel, Richard Hébert a remporté Lac-Saint-Jean, mettant ainsi fin à une disette libérale de 35 ans. Celui qui a été maire de Dolbeau-Mistassini de 2013 à 2017 se dit fier de son bilan. « On a calculé dans mon comté que c’est environ 50 millions qu’on a investis depuis 2017 », se targue M. Hébert.


« Un député, c’est à ça que ça sert. Un député au provincial et au fédéral, ce n’est pas pareil. Au provincial, ils ont des enveloppes discrétionnaires, M. [Philippe] Couillard avait au moins 100 000 $ dans son tiroir. Moi, j’ai 40 000 $ par année pour un comté où il y a 38 municipalités, alors faites le calcul », explique-t-il, rencontré à Alma.


« Mon job, c’est de trouver le bon programme qui peut aider l’association ou le groupement, mais aussi défendre les intérêts et les opinions de ma région », assure celui qui estime « connaître les enjeux de la région comme le fond de sa poche ». Avant d’être élu au municipal et ensuite au fédéral, M. Hébert évoluait dans les services funéraires.


AUTRES CANDIDATS


Parti conservateur du Canada


Jocelyn Fradette 


Conseiller municipal à la Ville d’Alma depuis 2005, M. Fradette est enseignant depuis 25 ans.


Bloc québécois


Alexis Brunelle-Duceppe 


Militant de longue date du Bloc québécois et fils de Gilles Duceppe, M. Brunelle-Duceppe est journalier à l’usine Produits forestiers Résolu.


Nouveau Parti démocratique


Jean-Simon Fortin 


Né à Alma et étudiant en psychologie à l’UQAC


Parti vert du Canada


Julie Gagnon-Bond


Native d’Alma, cette artiste multidisciplinaire réside à Saint-Prime depuis 10 ans. Elle s’est d’ailleurs lancée dans la course à la mairie en 2017.


Parti populaire du Canada


Dany Boudreault 


Travailleur du secteur forestier et représentant syndical


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RÉSULTATS ÉLECTION PARTIELLE D’OCTOBRE 2017


Parti libéral du Canada


Richard Hébert : 38,6 %


Parti conservateur du Canada


Rémy Leclerc : 25,0 %


Bloc québécois


Marc Maltais : 23,4 %


Nouveau Parti démocratique


Gisèle Dallaire : 11,7 %


Parti vert du Canada


Yves Laporte : 1,3 %


Source : Élections Canada


EFFORT BLOQUISTE





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Le candidat du Bloc Alexis Brunelle-Duceppe fait campagne dans Lac-Saint-Jean avec son illustre père, l’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe, le 19 août.





Le Bloc québécois a rapidement formé son trio de candidats au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Parmi eux, la candidature d’Alexis Brunelle-Duceppe ne passe pas inaperçue :  il est le fils de l’ex-chef de la formation Gilles Duceppe. « J’ai toujours fait partie de la politique, et la politique a toujours fait partie de moi, c’était le bon temps pour moi », explique le candidat dans Lac-Saint-Jean, rencontré par La Presse, alors qu’il faisait campagne en compagnie de son père avant le déclenchement des élections.


 

Alexis Brunelle-Duceppe s’est installé au Lac-Saint-Jean, d’où vient sa femme, il y a deux ans. Il œuvre maintenant chez Produits forestiers Résolu à l’usine d’Alma comme journalier. Le papa de trois enfants est bien conscient que le nom de son père le précède, mais compte bien faire connaître le sien dans la région.


« C’est sûr que c’est facile de faire le lien. Moi, je le vois comme une force », dit-il, assurant faire du terrain et multiplier les rencontres avec les intervenants. « Je me fais une propre opinion. Mon père et moi, on n’est pas toujours d’accord. Je veux faire connaître mon prénom, mais je porte aussi ce nom de famille. Il faut faire la part des choses, je pense. »


Alexis Brunelle-Duceppe s’est longtemps impliqué en coulisses pour le Bloc québécois, mais aussi chez le Parti québécois. L’arrivée d’Yves-François Blanchet à la tête de la formation fédérale l’a incité à faire le saut. Lac-Saint-Jean (à l’époque Lac-Saint-Jean–Saguenay) a porté les couleurs du Bloc québécois longtemps. Lucien Bouchard était lui-même député de la circonscription à la naissance du parti indépendantiste en 1991.





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Un travailleur d’Industries GRC, entreprise spécialisée dans la transformation de métal en feuille, à Jonquière





Les élections en trois enjeux


La renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain a mis à mal l’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui repose entre autres sur la production d’aluminium, l’industrie forestière et la production laitière. Et bien que le nouvel ALENA soit sur le point d’être ratifié, les derniers mois ont laissé leurs traces.





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Adrien Guibert-Barthez, co-porte-parole de la Coalition Fjord





LE GAZODUC DE LA DISCORDE


Le grand projet de l’entreprise GNL Québec s’invite dans la campagne électorale. La Coalition Fjord a déposé, une semaine avant le déclenchement des élections fédérales, une pétition de 40 000 noms s’opposant au projet, estimé au total à 14 milliards de dollars. Il s’agirait du plus important investissement privé de l’histoire du Québec.


« Il n’y a pas un parti politique, s’il veut être crédible en environnement, qui dira oui à ce projet-là », lance le co-porte-parole de l’organisme, Adrien Guibert-Barthez.


Le projet de GNL Québec comprend la construction d’un gazoduc qui amènera du gaz naturel de l’Ouest canadien et d’une usine de transformation du gaz au Saguenay à des fins d’exportation vers l’Europe et l’Asie. En plus des investissements alléchants pour la région, le projet créerait 4000 emplois pendant la phase de construction de l’usine (quatre ans) et 300 emplois permanents à terme.


« On ne peut pas continuer à construire des infrastructures gazières et pétrolières si on souhaite faire la transition énergétique », s’insurge M. Guibert-Barthez. La coalition s’inquiète notamment de l’accroissement du trafic maritime projeté dans le fjord du Saguenay et de l’augmentation des gaz à effet de serre. « On viendrait rajouter des infrastructures pour 25, 30 ans. La transition, elle va se faire quand au final ? »


Les formations politiques fédérales soufflent le chaud et le froid dans le dossier, à l’aube du scrutin. Les libéraux attendent les résultats des évaluations environnementales avant de trancher, tout comme le Bloc québécois. Le Nouveau Parti démocratique s’est dit « ouvert » au projet, mais exigera « des garanties » des promoteurs.


Le Parti conservateur a dit appuyer le projet, à condition qu’il réussisse les étapes environnementales. Mardi, le Parti vert a pour sa part carrément demandé l’arrêt du projet.


Le promoteur GNL Québec assure que son projet est bon pour l’environnement, notamment parce que le gaz naturel liquéfié au Saguenay sera envoyé par bateau en Europe et en Asie pour remplacer des énergies plus polluantes comme le charbon.


Le projet de gazoduc et d’usine de gaz naturel liquéfié fait l’objet d’examens environnementaux à Ottawa comme à Québec. La Coalition du Fjord réclame d’ailleurs que ces évaluations soient conjointes.





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Alexandre Fréchette, président
du Syndicat des travailleurs de l’aluminium





EXIT LES TARIFS, PROJET ATTENDU


L’agrandissement du centre de coulée de billettes à l’usine de Rio Tinto à Alma sera au cœur de la campagne fédérale, promet le Syndicat des travailleurs de l’aluminium. « La [formation] qui va être le plus susceptible de faire pression pour que ce projet-là démarre, c’est vers elle que notre appui va aller », a indiqué le président Alexandre Fréchette.


Les travailleurs de l’usine d’Alma attendent depuis des années le feu vert du projet qui se traduira par des investissements de quelque 250 millions dans les installations. « C’est aussi 50 emplois, et plus de 250 emplois pendant la phase de construction. C’est majeur chez nous », ajoute M. Fréchette, qui représente 650 membres.


Au début de l’année, Rio Tinto a évoqué que l’imposition des tarifs douaniers américains sur l’aluminium causait une certaine incertitude dans l’industrie. Une explication qui ne satisfait plus le syndicat, puisque les tarifs sont levés depuis le mois de mai dernier.


« Le gouvernement fédéral a fait sa part », admet Alexandre Fréchette, rappelant que la ministre Chrystia Freeland était de passage à Alma en mai dernier. « Maintenant, ce qu’on cherche d’un futur gouvernement, c’est qu’il exige que Rio Tinto passe à l’action. On est rendu là : il n’y a plus de prétexte, c’est le temps de passer à l’action », ajoute-t-il.


Selon M. Fréchette, les investissements de l’agrandissement du centre de coulée de billettes sont dans les cartons depuis 2006.





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Patrick Bourgeois, président-directeur général d’Industries GRC





DES MARQUES DE L’ALENA


« Les six premiers mois de 2018, ç’a été horrible. » Le président-directeur général d’Industries GRC, Patrick Bourgeois, est catégorique : l’imposition des tarifs américains sur l’acier et l’aluminium dans la foulée de la renégociation de l’ALENA a eu des impacts lourds de conséquences pour la PME de Jonquière.


La menace des tarifs douaniers – qui sont finalement entrés en vigueur en mai 2018, puis levés en mai 2019 – a eu un effet immédiat sur le carnet de commandes de l’entreprise spécialisée dans la transformation de métal en feuille. « Notre coût d’approvisionnement des matières premières a bondi de plus de 25 % », explique M. Bourgeois.


Patrick Bourgeois estime qu’il aurait dû mettre à pied temporairement une vingtaine de ses 50 employés pendant cette période. « Moi, c’était je garde mes ressources », lance-t-il, faisant allusion à la pénurie de main-d’œuvre et à la force d’attractivité de la grande industrie au Saguenay. « On allait passer au travers ensemble », dit-il.


Patrick Bourgeois a alors choisi de prendre le pari d’offrir de la formation à temps plein à ses employés, le temps que les tarifs soient levés. L’entreprise a essuyé des pertes de centaines de milliers de dollars lors de ce qu’il qualifie de « panne sèche ».


La situation s’est finalement rétablie peu à peu au cours de 2018, même si les tarifs douaniers étaient toujours en vigueur. « C’est un peu comme quand le prix de l’essence monte. Tu attends, tu attends et un moment donné, il faut que tu fasses le plein », illustre-t-il.


Pour l’heure, Industries GRC est toujours en attente de savoir si elle pourra toucher une subvention du gouvernement fédéral pour un projet de développement technologique. À la suite des mesures protectionnistes de Donald Trump, Ottawa avait annoncé en mars dernier un programme pour aider les entreprises frappées par les tarifs.


Industries GRC embauche quelque 65 employés.




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