L'opinion de Bernard Landry #25

Les autres s'unissent...

L'opinion de Bernard Landry


Et nous autres, on veut se séparer... J'ai entendu cette phrase un nombre infini de fois au cours des quarante années au cours desquelles j'ai milité pour notre indépendance nationale. Elle était prononcée en toute bonne foi par des gens qui n'arrivaient pas à se rallier à cette cause qui me paraît si naturelle.
Or cette fameuse phrase elle est totalement contraire à la réalité. Il est vrai que des gens y croient sincèrement, mais dans nombres de cas, elle est inspirée par des personnes qui la savent fausse et qui s'en servent comme argument démagogique pour contrer notre idéal national.
"Les autres", comme on les désigne, qu'ont-ils fait précisément au cours de l'histoire? Presque toutes les nations qui pouvaient être indépendantes le sont devenues, en se "désunissant" pour exercer leur pleine liberté, des nations qui décidaient de leur destin à leur place.
Les États-Unis l'ont fait en 1776 en se "désunissant" de la Grande-Bretagne, et le Montenegro l'a fait en 2006 en se "désunissant" de la Serbie. Entre-temps pratiquement toutes les nations des Amériques ont conquis leur liberté, les grandes nations mexicaine et brésilienne ou les petites comme Haïti ou la République Dominicaine.
Les nations africaines ont choisi massivement l'indépendance à partir du milieu du vingtième siècle, les pays d'Europe du nord et l'Irlande l'avaient fait au début. Le Groënland lui-même est devenu presque indépendant il y a quelques semaines!
L'immense majorité de ces pays qui ont choisi la liberté, n'avaient pas ou n'ont pas même encore aujourd'hui, des moyens aussi puissants que le Québec pour le faire. Et que l'on me nomme un pays qui a renoncé à son indépendance après l'avoir obtenue! Un seul! Cela doit vouloir dire que l'indépendance est supérieure à la dépendance.
Alors d'où vient la phrase perverse et son utilisation biaisée? De l'Europe,
prétend-on. Pourtant cette union exemplaire de vingt-sept pays est le meilleur modèle que l'on puisse trouver pour inspirer le destin du Québec. L'Europe est une association de pays libres et indépendants. Ce n'est ni une fédération, ni une confédération.
Les pays de l'Union Européenne sont tous membres des Nations Unies. Ils ont leurs propres consulats et ambassades au travers le monde. Ils perçoivent leurs impôts et taxes, font leurs propres lois et signent leurs propres traités internationaux.
C'est vrai qu'ils ont des ententes de coopération avancée et des institutions formidables pour assurer la libre circulation des biens, des services, des capitaux et même des personnes. Les indépendantistes québécois du P.Q. de René Lévesque, jusqu'au minuscule P.I. créé récemment, n'ont jamais songé à une autre façon que cette manière réaliste et d'intérêt mutuel de traiter avec le Canada.
L'Irlande, avec cinq millions d'habitants sur le demi-milliard de l'Union Européenne vient de bloquer par son veto un projet constitutionnel européen. Le Québec, avec presque le quart de la population du Canada, s'est fait imposer une constitution rejetée par notre Assemblée nationale aussi bien par René Lévesque que Claude Ryan. Ce simple exemple devrait décourager à jamais ceux qui utilisent le modèle européen à l'encontre de notre indépendance nationale.
Imaginez la tête de Nicolas Sarkozy à la télévision en apprenant que Bruxelles vient de décider que la France serait, malgré elle, "bilingue et multiculturelle". En Angleterre, ce serait probablement pire, car chacun sait qu'il s'agit du peuple le plus nationaliste de la terre. Les Anglais sont même entrés dans l'Union Européenne avec des années de retard et refusent toujours la monnaie commune malgré le franc succès de l'euro.
Il y a cependant une façon de faire de la phrase vicieuse une affirmation vertueuse. Les autres nations s'unissent de diverses manières en toute liberté et égalité dans les institutions internationales. Faisons comme elles: elles s'unissent, unissons-nous donc avec elles dans ces institutions. Que le Québec soit, comme le Canada et les autres, membre de l'O.N.U., du F.M.I., de l'O.M.C., de l'O.I.T., de l'O.M.S. etc. etc.
Un tel genre d'union est parfaitement compatible avec la dignité des nations, leur identité, leur culture et, bien entendu, leurs intérêts économiques. Pendant que les autres nations s'unissent de cette manière fière et responsable, on voudrait que le Québec plutôt qu'être "à la table des nations", siège avec l'Ile-du-Prince-Edouard, la Nouvelle-Écosse et les autres à des conférences fédérales-provinciales. Oui, faisons comme les autres, unissons-nous à la bonne place et de la bonne façon.
Bernard Landry


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