CONVENTIONS COLLECTIVES

Les enfants du bon Dieu ne sont pas des canards sauvages

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Les lendemains vont déchanter

« Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages », c’est là une expression qu’on utilise parfois et qui signifie qu’il ne faut pas prendre le commun des mortels pour des canards sauvages, c’est-à-dire pour des imbéciles ou, pire encore, pour d’innocentes cibles sur lesquelles on peut se permettre de tirer au fusil sans grands états d’âme. Eh bien, en s’arrêtant à l’entente signée par les hauts représentants du Front commun et le gouvernement libéral de Philippe Couillard en décembre, c’est vraiment l’impression que l’on a eue : les quelque 550 000 syndiqués de la fonction publique ou parapublique du Québec ont été pris pour de véritables « canards sauvages » ! Avec tout ce qu’un tel constat peut avoir de dramatique en matière de conditions de vie et de travail à venir.

Bien sûr, on n’a pas oublié de rappeler en haut lieu — les grands médias aidant — que c’était là, dans les conditions économiques difficiles que l’on connaissait, une entente historique. Ou tout au moins qu’on avait pu couper la poire en deux, permettant d’un côté aux syndiqués de ne pas s’appauvrir, et de l’autre, au gouvernement de ne pas sortir trop de ses paramètres budgétaires obligés. Et il n’a pas manqué de voix apaisantes, tant du côté des hautes instances syndicales que du côté du gouvernement, pour vanter une entente qui, à mi-chemin des 3,5 % initiaux proposés par le gouvernement et des 15 % demandés par les syndiqués, paraissait offrir une augmentation de près de 10 % à tous et toutes.

Véritable escroquerie

Sauf que cette vision des choses est une véritable escroquerie et tient plutôt de l’esbroufe médiatique que de la réalité empiriquement mesurable, tant on a tout fait pour brouiller habilement les cartes et induire en erreur le grand public, notamment en jouant subrepticement sur la durée du contrat de travail conventionné, passant de 3 à 5 ans, et surtout en introduisant dans le dossier des conventions collectives un autre dossier qui n’a rien à y voir, celui de la relativité salariale.

Résultats : plutôt qu’une augmentation de près de 10 %, ainsi qu’on le faisait miroiter dans les médias, c’est seulement une augmentation de 5,25 % sur 5 ans qui a été consentie par le gouvernement, à laquelle il faut ajouter un forfait hors échelle de 500 $ la première année et de 250 $ la dernière année. Forfait ne modifiant donc pas les échelles salariales et paraissant pour une bonne part correspondre aux montants économisés par le gouvernement lors des jours de grève. Ce qui, quoi qu’il en soit, ne correspond pas à une protection contre l’inflation estimée pour les années futures par les experts à environ 2 %, ni non plus ne répond à l’objectif d’appauvrissement zéro soudainement revendiqué — mais sans aucune consultation préalable cependant (?!) en novembre 2015 par les chefs syndicaux.

Quant à la relativité salariale (qui renvoie à une obligation légale à laquelle doit se plier le gouvernement et qui ne s’appliquera qu’à partir de 2019), en plus d’avoir été introduite en pleine négo, pour donner l’impression d’augmentations plus grandes, on sait qu’elle ne touche pas de manière uniforme des syndiqués, défavorisant les bas salariés et par conséquent les postes de travail occupés majoritairement par les femmes.

Bien loin du compte

On est donc loin du compte, surtout quand on sait en plus que les syndiqués ont dû accepter une hausse de l’âge de la retraite en dehors de toute nécessité actuarielle. Et qu’il existe déjà un écart moyen de près de 8 % à la baisse entre la rémunération des syndiqués du public et ceux du privé. Sans parler du fait que les politiques d’austérité du gouvernement touchent d’abord et avant tout le secteur public de la santé et de l’éducation, déjà passablement mis à mal par les années passées. Le tout alors que le gouvernement ne s’est pas gêné pour accorder récemment de substantielles augmentations aux médecins, ou encore d’importantes subventions à l’entreprise privée Bombardier. Faisant bien voir par là que ce n’est pas, contrairement aux affirmations gouvernementales, l’argent qui manque, mais la volonté de le répartir en direction de ceux et celles qui en ont le plus besoin et qui pourtant jouent un rôle central dans la qualité des soins de santé et d’éducation dispensés au Québec.

On le voit, cette entente est donc loin d’être la panacée, et l’on comprend la grogne et les hésitations qui se sont emparées de nombre de syndiqués qui doivent bientôt dans leurs assemblées respectives l’avaliser ou au contraire la rejeter. Sans parler bien sûr de fédérations aussi puissantes que la FSSS de la CSN ou encore la FAE, qui se sont d’ores et déjà prononcées contre.
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> Lire la suite de l'article sur Le Devoir->http://www.ledevoir.com/politique/quebec/460077/renouvellement-des-conventions-collectives-faut-pas-prendre-les-enfants-du-bon-dieu-pour-des-canards-sauvages]


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