Une enquête sur «l'influence politique»

Corruption à la ville de Montréal



Selon les informations recueillies par La Presse, le haut fonctionnaire Pierre Reid (notre photo) a confié à une source, devant témoins, qu'il enquêtait sur les élus, notamment Claude Dauphin.
Photo: François Roy, archives La Presse


André Noël La Presse - Un des pans de l'enquête dirigée par Pierre Reid sur Claude Dauphin visait aussi un de ses proches collaborateurs, le haut fonctionnaire Pierre Bernardin. M. Reid, grand responsable des enquêtes internes à la Ville de Montréal, voulait s'assurer qu'aucune irrégularité n'avait été commise.
Denis Savard, comptable qui travaillait en mandat pour Pierre Reid, a questionné Pierre Bernardin en janvier 2010 sur un programme de subvention qui avait profité seulement à l'arrondissement de Lachine.
De 2000 à 2007, M. Bernardin a été directeur adjoint, puis directeur général de Lachine. Il a ensuite obtenu un poste important à l'hôtel de ville de Montréal: directeur du Service de mise en valeur du territoire et du patrimoine (SMVTP).
Claude Dauphin, lui, est à la tête de l'arrondissement de Lachine depuis 2001. En 2008, il est devenu président du comité exécutif de la Ville de Montréal (poste qu'il a perdu après les élections de novembre 2009).
Les deux hommes ont travaillé ensemble pendant des années. Dès son arrivée au SMVTP, M. Bernardin a demandé aux fonctionnaires de créer un programme pour aider financièrement des entreprises à démolir de vieux bâtiments industriels situés dans des zones résidentielles, et à décontaminer leurs terrains.
Ce programme prévoit que les coûts de démolition et de décontamination soient assumés à 25% par l'entreprise, à 25% par l'arrondissement et à 50% par la Ville de Montréal. Une seule entreprise a profité de ce programme: le groupe Mindev, dirigé par Frank Minicucci.
Des citoyens qui venaient d'emménager dans de nouveaux condos sur la 21e Avenue, près de la rue Victoria, à Lachine, se plaignaient du bruit et des odeurs provenant d'une teinturerie en face de leur immeuble. Ils critiquaient l'arrondissement pour avoir permis la construction d'immeubles résidentiels en face d'une usine, et multipliaient les pressions pour qu'elle ferme ou qu'elle déménage.
Le Groupe Mindev a acheté la teinturerie en 2007. Il l'a démolie et a fait décontaminer les terrains. M. Minicucci a ensuite revendu les terrains à un promoteur, qui a achevé l'ensemble domiciliaire.
En 2009, Mindev a demandé la partie de l'aide prévue dans le nouveau programme pour la démolition de la vieille teinturerie. À la suggestion du SMVTP, la Ville de Montréal lui a versé 687 020$. De son côté, l'arrondissement de Lachine a mis en réserve une somme de 500 000$ pour Mindev.
Des fonctionnaires ont eu l'impression que le programme avait été créé sur mesure pour Mindev. C'est dans ce contexte que Pierre Reid, alors directeur du Service du capital humain, a ouvert une enquête. Denis Savard, ancien vérificateur interne de la Ville que M. Reid venait de recruter dans son service, a posé plusieurs questions à Pierre Bernardin, puis il lui a demandé s'il avait subi une «influence politique» avant de proposer l'adoption du programme de subvention. M. Bernardin a compris qu'on lui demandait si M. Dauphin avait tenté de l'influencer, et il a répondu non, nous a indiqué une source.
Au cours d'un entretien avec La Presse, M. Dauphin a dit que l'arrondissement de Lachine avait travaillé strictement dans l'intérêt de ses citoyens et cherché, avec succès, à résoudre le problème de nuisance causé par la vieille teinturerie.


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