Annulation de la vente d'Énergie NB à Hydro-Québec

Une leçon pour les Québécois

Quand une population se tient debout, elle se fait respecter

Chronique de Richard Le Hir

L’annulation de la vente d'Énergie NB à Hydro-Québec est une victoire des Néo-brunswickois qui peuvent se vanter d’avoir rendu un fier service à leurs voisins Québécois. Connaissant bien les gens de cette région pour y avoir vécu et travaillé, j’ai compris dès l’annonce de la transaction qu’elle ne passerait pas comme du beurre dans la poêle. Dès le lendemain de l'annonce de cette transaction, Le Devoir et La Presse publiaient tous deux dans leurs chroniques d'opinion un article que j'avais intitulé : « Une version « affaires » de l'accord du lac Meech ? », disponible sur Vigile. J’y expliquais que les gens de l'Atlantique tiennent comme à la prunelle de leurs yeux aux rares instruments de développement qu’ils possèdent.
Je ne m'étais pas trompé. La réaction a été si vive que la région est en pleine ébullition depuis. On a assisté à une mobilisation sans précédent d'une population généralement très placide et peu encline aux débordements. Devant ce qui lui paraissait totalement inacceptable, cette population a tenu tête à son premier ministre et au lobby des grandes entreprises réunies sous la houlette des Irving. L’enjeu pour elles était la possibilité de réduire le coût de leur approvisionnement en électricité, Hydro-Québec étant reconnue pour se montrer accommodante envers la grande industrie. Et effectivement, l’offre d’Hydro-Québec les avantageait. Pour elles, c’est le retour à la case zéro.
L’annulation de cette transaction est une victoire pour la démocratie, et les Québécois viennent de se faire servir une leçon dont ils feraient bien de s’inspirer. Ici, le nombre de nos défaites a anesthésié notre capacité à nous indigner devant ce qui est manifestement inacceptable ou profondément injuste, et à nous mobiliser pour nous y opposer. Notre réflexe en est devenu un de résignation passive. C’est ce qui explique que le gouvernement Charest puisse encore maintenir son refus de tenir une enquête sur l’industrie de la construction et ses liens avec le pouvoir sans craindre la sanction de la rue. Une pétition, c’est bien joli, mais c’est un bien piètre substitut au poids de la rue. Jean Charest est mort de rire.
Je le dis à la fois facétieusement et sérieusement, l’indignation et son corollaire nécessaire, la mobilisation, sont des muscles qui s’exercent! Au Québec, ces muscles se sont singulièrement atrophiés au cours des dernières années. On m’objectera que les syndicats y parviennent bien, ayant tout récemment entraîné 75 000 personnes dans les rues de Montréal pour avertir le gouvernement qu’il faudrait compter avec eux s’il fallait que le prochain budget ne tienne pas compte de leurs revendications. Et je vous prie de me croire que le message a été entendu 5 sur 5 à Québec. Mais il faut remonter à la grande manifestation contre la guerre en Iraq en 2002 pour retrouver un exemple de mobilisation populaire générale, et encore il s’agissait d’un enjeu international.

Quand on examine les chiffres des sondages sur l’opportunité de tenir une enquête sur l’industrie de la construction, le nombre des répondants en faveur constitue certainement une mesure de l’indignation populaire, mais c’est le muscle de la mobilisation qui fait défaut. Pourtant, c’est un muscle qu’il va falloir réveiller et entraîner pour se préparer au prochain référendum. Aux sceptiques qui s’étonnent de me voir en parler comme s’il devait avoir lieu bientôt, je le dis et le répète, la conjoncture est très favorable sur quelque plan qu’on examine la question, sauf sur celui de la préparation. Et la préparation ne dépend que de nous.

Il faut aussi se dire que l’indépendance est le seul rempart contre les visées prédatrices des grands groupes financiers de ce monde. Le temps qu’ils comprennent qui est qui, comment le nouveau système fonctionne, et par où s’infiltrer, nous aurons gagné quelques bonnes années du répit dont nous avons besoin pour monter une structure capable de résister à leurs assauts.

Une chose est certaine, quand une population se tient debout, elle se fait respecter. Sachons nous faire respecter.


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11 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    27 mars 2010

    « Heureusement que les Néo-Brunswickois, qui étaient farouchement opposés à la vente, ne se sont pas rendu compte de la bonne affaire qu'ils faisaient en nous refilant à prix fort un troupeau d'éléphants blancs.» Michel David,le Devoir,27 mars 2010

  • Archives de Vigile Répondre

    26 mars 2010

    Monsieur Le Hir
    Je crois que maintenant, il faudrait mettre toute notre énergie pour sauver la langue et la culture française au Québec qui sont menacées plus que jamais par l'arrivée massive d'immigrants qui prêtent serment à Bébette II et qui iront grossir les rangs de cette "pauvre" minorité 'CANADIAN" au Québec. Il faut mettre beaucoup de pression sur Charest afin que la loi 101 soit renforcée et appliquée avec vigueur en attendant que l'indépendance règle définitivement le problème. La minute de vérité approche bientôt au Québec. Si l'urgence de sauver notre langue ne crée pas vivement un consensus chez les Québécois, s'en est fini du Québec. Le processus de la louisianisation s'enclenchera rapidement et deviendra irréversible. Il m'a fait plaisir.
    Citation de Lionel Groulx le 30 octobre 1934: UNE RACE NE MEURT QUE SI ELLE SE LAISSE MOURIR. C'est toujours autant d'actualité!
    André Gignac le 26 mars 2010

  • Raymond Gauthier Répondre

    26 mars 2010

    Je voudrais bien que l’ illustration de l’échec de l’achat Énergie NB par Hydro-Québec soit l’illustration de la fin tragique du régime du « gars avec les 2 mains sur le volant«» !
    Je dois me tromper, mais j’ai l’impression qu’il va falloir encore une couple de frasques de notre chauffard national avant qu’on ne décide collectivement de lui retirer son permis de conduire et de l’envoyer à l’ombre, pour mettre fin au danger public qu’il représente.
    Mais y’a quelque chose qui me dit que la bêtise a ses limites et que le seuil de tolérance d’un peuple a aussi les siennes. La marmite va finir par exploser.
    Je ne désespère pas.
    Raymond Gauthier

  • Archives de Vigile Répondre

    25 mars 2010

    C'est le temps de la mobilisation.
    Charest est atteint par un virus hyper dangereux :la mauvaise gouvernance.C’est une maladie chronique qui paralysera le Québec tout entier si l’analgésique « démission » et l’antibiotique « nouvelle élection » ne sont pas administrés rapidement.

  • @ Richard Le Hir Répondre

    25 mars 2010

    Réponse aux cinq premiers intervenants.
    Merci de vos bons mots.
    Le scepticisme ou le découragement ne sont pas de mise. La conjoncture est nouvelle, et elle est favorable. Il faut savoir se montrer opportuniste dans le bon sens du terme. « L’heure, c’est l’heure. Avant l’heure, c’est pas l’heure, après l’heure, c’est plus l’heure » ! Nous avons une occasion à saisir sur un horizon de 2 à 5 ans.
    Que ça nous plaise ou non – et je vous prie de croire que j’ai de bonnes raisons que ça ne me plaise pas – le Parti Québécois est le seul à avoir à avoir la légitimité requise dans les circonstances actuelles pour relancer la mobilisation. Cette légitimité est très fragile, croyez-moi (j’ai écrit un livre là-dessus), mais il est le seul à l’avoir. Encore faudra-t-il qu’il fasse preuve d’un doigté et d’une discipline auquel il ne nous a pas habitués.
    L’indignation - et pas une indignation torturée d’humiliation feinte de curé à la Bouchard – va jouer un rôle crucial dans notre capacité de mobiliser. Dieu sait (mes excuses au laïcistes, mais chez moi le réflexe est culturel) si nous ne manquons pas de motifs d’indignation à l’heure actuelle. Il ne reste qu’à les canaliser et les exprimer.
    Vous êtes gentils de penser à moi et je suis sensible à votre témoignage, mais comme dit l’autre, « J’ai déjà donné au bureau ». L’expérience du référendum de 1995 s’est révélée très taxante pour moi, tant sur le plan santé que sur le plan financier. Place aux plus jeunes.
    Richard Le Hir

  • Archives de Vigile Répondre

    25 mars 2010

    Merci M.Le Hir,

    Votre texte est très approprié. La MOBILISATION, qui peut l'organiser? Que fait
    Mme Marois , que se passe-t-il à l'Assemblée Nationale? Que fait M.Duceppe?
    Pierre Bourgault et Pierre Falardeau ne sont plus là.
    Que font nos élites, que font nos intellectuels? Veulent-t-ils se fondre dans le monde
    anglo-saxon en trahissant leurs origines, notre peuple et notre langue?
    Je suis inquiet, comme beaucoup d'autres sans doute, mais je n'abandonnerez jamais
    le combat.
    L.Tremblay.

  • Archives de Vigile Répondre

    25 mars 2010

    M Daniel Breton du collectif MCNB21 a été un des organisateurs du mouvement contre la centrale au gaz du Suroît. Ce fut une des rares sortie de la population sur un dossier économique. Cette victoire nous a sauvé des milliards de dollars:
    .............
    5 ans après avoir gagné la bataille du Suroît où le gouvernement Charest avait contredit son propre programme en autorisant deux projets de centrales au gaz naturel, que pouvons-nous retenir de la gestion d’Hydro-Québec sous MM. André Caillé, Thierry Vandal et Jean Charest ?
    1. Payer pour ne pas produire à Bécancour
    MM. André Caillé et Thierry Vandal ont caché aux Québécois la possibilité de transformer la centrale publique TAG, au coût de $120 millions plutôt que de faire construire juste à côté la centrale privée au gaz naturel de Bécancour appartenant à Trans-Canada Energy. La centrale TAG, construite en 1993 avec des fonds publics, ne sert que de 30 à 40 heures par an. La centrale privée de Bécancour étant maintenant fermée au moins jusqu’en 2013 à cause des surplus d’électricité, nous devrons payer au moins $1 milliard en compensation à TCE pour qu’elle N’EN PRODUISE PAS !
    Dans un même temps, Hydro-Québec vendait ses parts (43 %) de Gaz Métro à SNC-Lavallin, la Caisse de Dépôt et le Fonds de solidarité 5 jours avant d’autoriser la construction de la centrale de Bécancour. construite par SNC-Lavallin et approvisionnée par Gaz Métro. Le président de Gaz Métro de l’époque, M. Robert Tessier, est aujourd’hui président du conseil d’administration de la Caisse de Dépôt.
    Et dire que M. Caillé voulait construire 12 centrales au gaz naturel au Québec...
    http://mcn21.org/actualites/article/mcn21-exige-le-congediement
    ........
    Imaginons si la population n'avait pas gagné la bataille du Suroît, on aurait des pénalités multiplier par 12. Cette victoire nous a sauver de milliards
    .......
    Le contrat de la central au gaz de Bécancour est une des dix raisons pour lesquels le collectif MCN21 demande le congédiement de Vandal.
    JCPomerleau
    P.s À quand un comité de citoyens pour la sauvegarde d'Hydro Québec ?

  • Archives de Vigile Répondre

    25 mars 2010

    L'étude des comportements d'une population, d'une masse critique de personnes, la dynamique de groupe n'est pas une science exacte.
    Ce qui c'est passé au NB, comme je disais dans mon commentaire d'hier à votre billet M. Le Hir, est intéressant dans ces détails.
    Il y a des éléments fondamentaux qui se sont retrouvés dans cette histoire de NB Power et HQ.
    Le groupe d'opposant à cette vente avait en main: un sujet mobilisateur, une cause juste, une raison qui soulève les passions. Ces 3 éléments là sont les mêmes parmi ceux que l'on peut attribuer à la Souveraineté.
    Toutefois, il y a un point qui est totalement différent: Le temps.
    Cette mobilisation au NB, ce besoin de s'affirmer en tant que nation n'a pas durée 40 ans. Au NB, ce fut une bataille de 6 mois.
    Le défi qui a toujours guetté les portes étendards de la Souveraineté c'est de tenir mobilisé les convaincus, les mous, et tous les autres qui sont plus au centre et centre droit entre les référendums. 15 ans ont distancés les 2 premiers. Nous sommes cette année au 15e anniversaire de la presque victoire de 1995.
    On a plein de raisons actuellement avec les scandales libérales à répétition, pour indigner la population du Québec, pour les faire sortir dans la rue.
    Or, je ne ressens pas cette passion nécessaire à soulever la population du Québec à se mobiliser contre Charest et le PLQ.
    Je pose la question: Pourquoi???

  • Raymond Gauthier Répondre

    25 mars 2010

    Bonjour monsieur Le Hir
    Vous avez mis le doigt sur le bon muscle ! Ce muscle qui est en train de s'atrophier au Québec, semble-t-il. Un muscle qui ne sert plus, ça s'atrophie, c'est connu. L’indignation populaire, comme vous dites, elle est là, mais le muscle qui fait sortir dans la rue n'a plus de ressort, on dirait. Il se peut cependant que cette indignation accumulée, soit justement l'énergie qui va produire le mouvement de mobilisation qui peut faire la différence entre résignation tranquille et ralliement populaire significatif.
    «…il faut remonter à la grande manifestation contre la guerre en Iraq en 2002 pour retrouver un exemple de mobilisation populaire générale », dites-vous. Mais il ne faut pas oublier non plus la mobilisation du Suroît et celle du Parc du Mont-Orford qui ont réussi à faire chavirer des décisions odieuses.
    Redescendre dans la rue pour démontrer qu’on a encore du muscle ! « L’indignation et son corollaire nécessaire, la mobilisation, sont des muscles qui s’exercent ! », j’en suis persuadé.
    Vous avez le leadership qu’il faut pour lancer l’appel à la mobilisation. Pour moi, un tel signal vaudra le déplacement.
    Raymond Gauthier
    Les Îles de la Madeleine

  • Archives de Vigile Répondre

    25 mars 2010

    Plus grosse manif au Québec, au 21è siècle: l'Irak! Un demi-million de manifestants, de Montréal à Sept-Iles, de Québec à Rouyn, en plein hiver, par -20c!
    Deuxième plus grosse manif: le Liban (remember l'histoire du drapeau du Hisbollah)
    Les autres oui. Les nous-autres? Non.
    Charest va tolérer le drapeau des islamistes dans la Fonction publique. Combien de Québécois vont descendre dans la rue vous pensez?