99 % des contrats à cinq firmes de génie à Laval

«L’administration a accordé des contrats sans connaître l’état réel des infrastructures et a approuvé des dépassements de coûts sans même visiter les chantiers», constate la vérificatrice générale

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Un nouveau rapport met au grand jour l’apparente collusion entre des firmes de génie-conseil à Laval : cinq entreprises bien connues ont remporté 99 % de la valeur des contrats de réfection d’infrastructures attribués par la Ville durant quatre ans, du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2012, a révélé la vérificatrice générale Michèle Galipeau.
L’administration de l’ex-maire Gilles Vaillancourt a cédé aux firmes privées le contrôle de l’attribution des contrats et du paiement « d’extras » pour la réfection de chaussées, d’égouts et d’aqueducs, prévient la vérificatrice de Laval dans un rapport accablant présenté mercredi.
Cinq entreprises de génie ont remporté la quasi-totalité des contrats de réfection attribués par la Ville entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2012. La firme qui a remporté le plus de contrats est CIMA+, suivie par Tecsult, MLC Associés, Genivar et Dessau, a révélé la vérificatrice de la Ville de Laval. Quant aux entrepreneurs en construction, six d’entre eux ont remporté 63 % des contrats.
« Ce sont les firmes qui avaient le contrôle à Laval. […] Il faut redonner à l’administration municipale les outils et les ressources pour reprendre le contrôle des projets », a dit Mme Galipeau en présentant son rapport annuel aux médias, mercredi.
La Ville a attribué 118 contrats de réfection totalisant 184,3 millions durant les quatre années scrutées par la vérificatrice. Elle a constaté de « graves lacunes » dans l’attribution des contrats, y compris de l’ingérence politique du maire de l’époque, Gilles Vaillancourt. Dépassements de coûts, travaux manquants, réfections faites sans justification, la liste des manquements est longue.
« La gestion des contrats d’ingénierie et les dépassements des coûts, pour les projets de réhabilitation des infrastructures urbaines, requièrent des améliorations importantes. Des lacunes ont été observées à chacune des étapes clés de la gestion des contrats, exposant ainsi la Ville à de l’inefficacité et de l’inefficience dans ses interventions, à un service aux citoyens déficient et potentiellement à une mauvaise gestion des fonds publics », écrit Michèle Galipeau dans son rapport annuel.
Accusations criminelles
Les candidats à la mairie de Laval ont déploré cette nouvelle preuve, disent-ils, de la gestion « catastrophique » de la Ville durant les 23 années de règne Vaillancourt. Un « profond changement de culture » s’impose à l’Hôtel de Ville, a fait valoir l’ex-policier Marc Demers, candidat du Mouvement lavallois.
Gilles Vaillancourt aura l’occasion de s’expliquer devant les tribunaux, puisqu’il est accusé d’avoir dirigé un véritable réseau de gangstérisme qui contrôlait l’attribution des contrats publics et qui remplissait notamment les coffres du parti au pouvoir. L’ex-maire et 36 autres notables lavallois ont été arrêtés par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) en mai dernier.
La mairesse intérimaire de Laval, Martine Beaugrand, a refusé de commenter le rapport sur l’attribution des contrats, mercredi. La vérificatrice générale a expliqué son rapport à la mairesse au cours d’une rencontre de cinq heures, la semaine dernière. Le comité exécutif de Laval s’est réuni mercredi pour en discuter.
La vérificatrice Michèle Galipeau dit avoir été « sidérée » par le manque de contrôles et de reddition de comptes dans l’attribution de contrats publics à Laval, dès son entrée en fonction, le 4 janvier 2012. L’administration a accordé des contrats de réfection des chaussées et des réseaux d’eau sans connaître l’état réel des infrastructures et a approuvé des dépassements de coûts sans même visiter les chantiers, a-t-elle révélé. La surveillance des chantiers était laissée au bon vouloir des entreprises.
« Il s’est ainsi avéré que la planification des travaux était faite en fonction de la capacité de payer de la Ville plutôt qu’en fonction des besoins », écrit-elle.
« […] le Service d’ingénierie recommandait systématiquement au comité exécutif d’approuver les plans, devis et estimations des coûts, et ce, comme préparés par les firmes de génie-conseil », précise le rapport.
L’ex-maire Vaillancourt et d’autres élus sont même intervenus pour attribuer un contrat de réfection de chaussées de 2,1 millions de dollars, en 2010, selon la vérificatrice. Les élus ont décidé de réparer « telle rue, telle rue et telle rue » sans justifier leur décision par l’état de la chaussée, a indiqué Michèle Galipeau.
Du renfort demandé
Pour renforcer l’éthique à l’Hôtel de Ville, l’administration municipale s’est engagée à créer une ligne de signalement qui permettrait de dénoncer des actes répréhensibles. La Ville tarde toutefois à donner suite à son engagement, souligne la vérificatrice, qui dit avoir besoin de budget et de personnel supplémentaires pour gérer cet « outil formidable ».
La vérificatrice dit avoir demandé des ressources supplémentaires pour remplir son mandat. Son budget s’élève à un peu plus d’un million de dollars, soit 0,13 % des dépenses de la Ville, comme le prévoit la loi. L’Association des vérificateurs généraux municipaux du Québec, qui regroupe les vérificateurs de 10 villes de 100 000 habitants et plus, fait pression sur le ministre des Affaires municipales pour obtenir davantage de ressources, compte tenu des enjeux éthiques qui secouent les villes.
Robert Bordeleau, chef du Parti au service du citoyen, s’engage à augmenter le budget du Bureau du vérificateur général de Laval s’il remporte l’élection du 3 novembre. « Ce que la vérificatrice a révélé dans son rapport est alarmant. Il faut s’assurer qu’elle a les outils et les budgets pour remplir son mandat », dit-il.
Marc Demers, du Mouvement lavallois, soutient qu’il faut aussi remettre sur pied une fonction publique forte et crédible à Laval. « Excusez l’expression, mais c’est un peu le bar ouvert pour les firmes d’ingénierie », a-t-il réagi.


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