Affaire Wildenstein: un milliard en tableaux caché aux Bahamas

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Les amis de Sarkozy

Plus d’un milliard de dollars de tableaux dissimulés dans un trust aux Bahamas. C’est la nouvelle découverte faite par le juge financier Guillaume Daïeff dans l’affaire Wildenstein, qui pourrait valoir au célèbre marchand d’art français un copieux redressement fiscal aux Etats-Unis. Challenges a pu prendre connaissance des derniers éléments de l’enquête du juge, qui a récemment renvoyé en correctionnelle l’héritier pour fraude fiscale. Guy Wildenstein, membre influent de l’UMP et proche de Nicolas Sarkozy, et son frère Alec, aujourd’hui décédé, sont accusés d’avoir largement minoré la déclaration de succession de leur père Daniel en 2001. La fortune colossale des Wildenstein, majoritairement hébergée dans des paradis fiscaux, devrait donner lieu à un redressement fiscal record de 550 millions d’euros, dont Challenges révèle ici tous les détails.
Trusts à Guernesey et au Bahamas
Les chiffres ont de quoi donner le tournis, y compris aux inspecteurs des impôts. La déclaration de succession officielle de la famille faisait état d’un patrimoine d’à peine 44 millions, qui a généré seulement 17 millions de droits à payer. Pourtant elle mentionnait déjà des tableaux, des chevaux, un château dans l’Essonne, un hôtel particulier rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, le siège de leur galerie d’art rue de La Boétie, des appartements avenue Montaigne et dans les prestigieux immeubles Walter. Le fisc estime que ces biens ont été sous-évalués de 100 millions, précise le juge dans son ordonnance de renvoi.
Bercy a aussi pu identifier 472 millions de biens dissimulés dans des trusts enregistrés dans l’île anglo-normande de Guernesey et aux Bahamas. La liste est impressionnante: une propriété de 30.000 hectares au Kenya, estimée à 11 millions (David Trust), une autre dans les Iles Vierges, des chevaux (Sons Trust), 19 tableaux de Bonnard valorisés 65 millions (Sylvia Trust) et des centaines d’œuvres de Fragonard, Courbet ou Picasso pour 281 millions (Delta Trust). La famille était également copropriétaire d’un jet privé Gulfstream dont les parts ont ensuite été revendues au banquier Michel David-Weill. Enfin, elle détient aussi plusieurs bâtiments à New York: le siège de sa galerie d’art devait être vendu au Qatar en 2014, mais la transaction a capoté tandis que les immeubles mitoyens ont été loués récemment à Bottega Veneta, la marque de luxe du groupe de François-Henri Pinault.
Des tableaux évalués à 250 millions d’euros
Au total, le fisc juge que les Wildenstein auraient dû déclarer 616 millions de patrimoine et non 44! En novembre 2014, après plus de trois ans de «dialogue contradictoire», l’administration a donc fini par leur imposer un redressement de 448 millions: 227 millions de droits de succession et 221 millions d’intérêts de retard et de pénalités. Une somme record que devront se partager Guy et les autres héritiers, les deux enfants d’Alec, Diane et Alec Jr, ainsi que sa veuve Liouba. Diane et Alec Jr se sont également vus notifier une «proposition» de redressement concernant la succession de leur père, lui-même bénéficiaire supposé de trois trusts. Son montant –105 millions, dont 43 d’intérêts et de pénalités– est encore en discussion.
Mais les calculs du fisc, qui datent de 2011, sont encore loin de donner une image exacte de la fortune cachée des Wildenstein. Au moment du redressement, l’administration ne connaissait pas exactement le contenu du Delta Trust ni sa valeur totale, qui est, en fait, estimée à 1,1 milliard de dollars lors du décès de Daniel! Ce n’est qu’en décembre 2014 que le juge Daïeff a obtenu de nouvelles informations de RBCTC, une filiale de la Royal Bank of Canada, basée aux Bahamas. Gérante du trust depuis 2004, la société a aussi été renvoyée en correctionnelle. Dans une déclaration rectificative à l’IRS, le fisc américain, elle explique que le trust hébergeait notamment des tableaux valorisés 250 millions et considérés comme ayant été détenus sur le sol américain, même si la plupart ont été expédiés en Suisse juste avant la mort de Daniel. Guy Wildenstein, qui habite à New York, ne les avait pas déclarés à l’IRS à l’époque et s’expose ainsi à un sévère redressement fiscal.
Quant aux tableaux restants, évalués à 850 millions, ils seraient détenus essentiellement en Suisse mais aussi à Paris, Londres, Tokyo, Buenos Aires, en Italie ou au Mexique. Le fisc a déjà notifié son redressement aux héritiers. Pourra-t-il modifier ses calculs et faire encore grimper la facture? Quoi qu'il en soit, il s’agit à coup sûr d’un nouvel élément à charge dans le procès des Wildenstein, prévu pour début 2016.


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