Gilets jaunes: la France des «beaufs» pète les plombs

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Depuis 1789, les régimes politiques français durent en moyenne 20 ans...


Depuis ses débuts le 17 novembre dernier, le mouvement des Gilets jaunes est en fronde contre la politique fiscale du président Macron.   


C’est la hausse de la fameuse «taxe carbone» sur l'essence qui a mis le feu aux poudres et provoqué les saccages sériels sur les Champs-Élysées. Ces émeutes hebdomadaires, qui durent maintenant depuis 20 semaines, sont considérées comme les plus violentes depuis celles de mai 1968.



Emmanuel Macron n’a fait que poursuivre la politique de François Hollande d’augmenter progressivement une taxe pour répondre à des objectifs écologiques louables. Il a déchaîné la rage des blancs de classe moyenne qui, vivant éloignés des centres-villes, utilisent leur bagnole pour s’y rendre. Ce n’est pas une révolte des « Damnés de la Terre », c’est une colère de beaufs et de petits bourgeois. À ces propriétaires de pavillons de banlieue se sont ajoutés des casseurs de tout acabit, des anarchistes Black blocs et toute la kyrielle habituelle des adeptes de la castagne, autant d’extrême gauche que d'extrême droite : le rouge et le noir ont fusionné sous le jaune des gilets! Quiconque avait des raisons de rechigner, a sauté sur l’occasion pour y empiler ses propres doléances.



Cédant à la rue dès décembre, Macron a annulé la hausse de la taxe sur l'essence et le diesel. Devenue totalement absurde, la grogne des Gilets jaunes ne mène maintenant nulle part. Pourquoi alors poursuivre le mouvement ? Ça relève plus de la psychanalyse sociale que de l’analyse politique. Les Gilets jaunes se défoulent de leur frustration et de leur dépit en saccageant des vitrines, incendiant des voitures (c’est un sport national) et en détruisant du mobilier urbain. C’est comme s’ils se devaient à eux-mêmes dans leur rage masochiste de vandaliser leur propre économie.



C’est une curieuse habitude, particulière aux Français. Rappelez-vous. On a assisté à un phénomène semblable en 2010 quand a été adoptée la loi repoussant l’âge minimum à de la retraite à 62 ans afin que la France aligne ses programmes sociaux sur ceux du reste de l’Europe. À huit reprises, plusieurs millions de salariés ont manifesté dans toutes les grandes villes du pays.



Ces crises de rage récurrentes ont souvent marqué les étapes du déclin de ce qui était en 1789 la première puissance de la planète, le centre culturel et intellectuel de l’humanité, le pays le plus riche et le plus populeux d’Europe. Depuis la chute de la monarchie, ce grand pays est incapable de réformes et n’avance dans l’histoire qu’au rythme des révolutions, des coups d’État et des guerres. Les Français sont passés de l’Ancien Régime à la Première République, à l’Empire napoléonien, à la Restauration, à la monarchie de juillet, à la Deuxième République, au Second Empire, suivi de la Troisième république, de l’État fasciste de Vichy, de la Quatrième et, enfin, de la Cinquième république.



Ça fait 11 régimes politiques (j’exclus les gouvernements insurrectionnels éphémères comme la Commune de Paris) en 230 ans, soit un régime tous les 20 ans environ. Et heureusement qu’il y a eu la IIIe (70 ans) et la Ve république (jusqu’ici, 61ans). « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 300 variétés de fromage ? », aurait dit de Gaulle.



Rares sont les pays à avoir connu une telle volatilité constitutionnelle. Pendant la même période, les deux pays avec qui les Français entretiennent une relation amour-haine tout en singeant leur langue, les États-Unis et la Grande- Bretagne, n’ont connu qu’une seule forme de gouvernement.



Ces manifestations des Gilets jaunes sont réactionnaires dans l’acception la plus précise du terme. On ne descend pas dans la rue pour revendiquer la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, mais pour défendre des acquis personnels, son intérêt individuel frustré. Dans ce cas-ci, le droit à une guimbarde et à un pavillon dans une lointaine banlieue au détriment de l’intérêt public et de l’écologie. Tiens, on se croirait à Montréal : « Touche pas à mon char ! »