Je refuse la stigmatisation

Port de signes religieux

Un adage dit bien que le mouton ne broute que là où il est attaché. Et c'est vrai, car je ne pensais pas que je me remettrais à écrire pour dénoncer l'injustice que subit une catégorie d'individus du simple fait de leur apparence. J'avais l'habitude de réagir aux problèmes sociaux et très souvent politiques de mon pays d'origine (le Sénégal) en écrivant des contributions. Je pensais en avoir fini avec cette façon bien personnelle de réagir, mais c'était sans compter sur l'imperfection humaine et ses innombrables et innommables contradictions.
Cette contribution a pour objet de dénoncer la violence psychologique dont les femmes portant le hijab sont victimes ici au Québec et d'appeler les autorités politiques à faire face à leurs responsabilités.
En effet, on se rend bien compte que quiconque voulant s'improviser star d'un jour, d'une semaine, d'un mois peut le faire en s'attaquant impunément à une femme voilée. C'est ce qui s'est passé récemment avec le monsieur qui a refusé de se faire servir par une femme portant le hijab et travaillant à la RAMQ.
Consolider les préjugés
Du coup, ce monsieur a bénéficié d'une couverture médiatique sans bourse déliée. Mais le mal est ailleurs car ces malheureux événements ont des incidences bien plus désastreuses. Ils ont en effet pour conséquence de consolider les préjugés et de renforcer les peurs autant du côté des employeurs que du côté des femmes qui ont opté pour le port du hijab. De moins en moins d'employeurs seront disposés à embaucher des femmes pourtant compétentes portant le hijab de peur de faire un jour les manchettes. De plus en plus de femmes portant le hijab hésiteront à aller à une entrevue d'embauche. Il est où l'obscurantisme ici ? Convenez avec moi que ces comportements hostiles ressemblent à s'y méprendre à ceux de l'époque où un homme pouvait s'en prendre à une femme sans coup férir.
Dans un Québec du féminisme, cela laisse à réfléchir! Pour le bénéfice de ceux et celles qui l'ignorent, je tiens à rappeler que les femmes portant le hijab ayant immigré au Canada n'ont jamais caché leur identité ni aux autorités provinciales ni aux autorités fédérales chargées de l'étude de leurs dossiers de candidatures à l'immigration. Leurs photos d'identification parlaient d'elles-mêmes et elles ont été choisies en toute connaissance de cause.
Ces femmes-là donc sont arrivées qui avec un projet d'étude, qui avec un projet professionnel. Elles ont trouvé d'autres femmes comme elles portant le hijab et qui ont les mêmes aspirations. Mais elles ne pouvaient pas imaginer - en tout cas, moi je n'aurais jamais imaginé - la stigmatisation et la séclusion forcée qui les attendaient. Cette façon de se comporter à l'égard d'une minorité est d'autant plus incompréhensible lorsqu'on se fie à l'histoire même du Québec et au combat du peuple québécois pour la préservation et la reconnaissance de son identité.
Compréhension et empathie
Compte tenu de tout cela, la population immigrante, plus particulièrement les femmes portant le hijab, aurait souhaité plus de compréhension et d'empathie de la part du peuple québécois. Devrions-nous, nous, femmes portant le hijab, parce que nous ne sommes pas historiquement liées à cette terre avec qui nous partageons tout de même les idéaux de justice, de paix et d'égalité, faire profil bas et ne pas réclamer un minimum d'égard que tout individu du simple fait qu'il est un individu est en droit de réclamer? Je ne parle même pas de la Déclaration universelle des Droits de l'homme, de la Charte canadienne des droits et libertés et la Charte des droits et liberté de la personne du Québec qui nous garantissent ces droits.
Cette incompréhension est d'autant plus «incompréhensible» quand on sait que le Québec s'est illustré dans la lutte pour la fin de toute discrimination à l'égard des femmes. Les femmes portant le hijab seraient-elles des femmes à part, des sous-femmes? Que nenni! Le tissu qui nous identifie aurait-il plus d'importance aux yeux de ceux et celles qui luttent pour l'idéal féministe et l'équité entre les genres que le simple fait que nous soyons d'abord et avant tout des femmes avec tout ce que cela implique? Notre hijab nous prive t-il de la solidarité féminine encore nommée sororité? Toutes ces questions me taraudent l'esprit et j'avoue que je suis dans le flou total?
Pour terminer, je dirais que nous femmes portant le hijab refusons la stigmatisation qui freine nos élans et stoppe du même coup notre intégration dans la société qui passe autant pour les hommes et les femmes immigrants par une insertion à son meilleur dans le marché de l'emploi. Cet appel est lancé à toutes les personnes ayant un peu de «bon sen»!
***
Ndèye Faty Sarr, doctorat en sociologie
Université Laval


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé