La lettre ouverte de Marc Ouellet

Le drôle de pardon du cardinal Ouellet

Tribune libre - 2007

"La publication de la lettre ouverte de Marc Ouellet, primat de l'Église
catholique au Canada, présentant des excuses pour certains gestes commis
par l'Église catholiques n'a pas tardé à susciter des réactions.
Dans sa lettre, le religieux reconnaît que les « attitudes étroites de
certains catholiques, avant 1960, ont favorisé l'antisémitisme, le racisme,
l'indifférence envers les premières nations et la discrimination à l'égard
des femmes et des homosexuels ». Le cardinal Ouellet plaide pour une
réconciliation entre l'église et la société québécoise." Radio Canada
Le catholicisme tel quel a créé un ensemble d’inhibitions rendant la vie
proprement impossible jusque dans l’intimité de notre corps.
L’intervention du cardinal Ouellet ne change rien à la structure profonde
du christianisme.
Cette religion à travers ses différents courants en inventant la
culpabilité et la faute a engendré
la paralysie de l’action chez la majorité de nos pères et grands parents.
Le cardinal s’imagine
peut être que ce pardon est une arme ultime susceptible de redonner une
chance à l’école confessionnelle au Québec. Comment peut-il croire qu’un
acte de faiblesse comme le pardon commande le respect ?
L’histoire du Québec depuis 1838 est imprégnée de ce pardon fait aux
autorités britanniques puis structuré de façon générale à l’égard de
l’ensemble des autorités
constitués. La société québécoise trop longtemps nourrie d’humilité et de
pardon est encore aujourd’hui marquée par cet héritage religieux.
Car celui-ci n’aura réussi généralement qu’à faire de nous des gens naïfs
pratiquant une tolérance outrancière. L’auteur Denis Monière n’a-t-il pas
défendue avec crédibilité il y a quelques années l’idée que dans l’ancienne
culture canadienne française la confédération canadienne à été vue sur le
plan religieux comme une forme de réalisation de l’union universelle,
invitation funeste on le sait maintenant pendant plus d’un siècle à
l’irréalisme et à l’immobilisme politique. Seulement quelques personnes
d’exception comme Lionel Groulx
dans l’église ont su exprimer une réelle double combativité nationale et
religieuse.
Plus largement ce qu’on peut dire sur la métaphysique chrétienne et sur
ses effets existentiels et sociaux en quelques phrases.

Ainsi, nos sociétés dites libérales ont empruntés au christianisme son
hyper valorisation du travail avec un certain nombre de catégories morales
prévenant du danger de la paresse, de l’inaccomplissement, de l’échec et du
ratage. Il n’est pas impossible de prétendre selon cette observation que
les problèmes scolaires d’une proportion non négligeable d’enfants ou que
les problèmes de dépression que plusieurs travailleurs rencontrent de nos
jours ont quelque chose à voir avec un héritage religieux qui n’a jamais
véritablement pardonné la moindre défaillance humaine. La voie chrétienne
c’est celle de la recherche personnelle de la perfection mais toujours à
travers la négation de ses besoins affectifs et biologiques.
Le cardinal Ouellet aurait du comprendre depuis longtemps que l’église n’a
plus permis à l’être humain de croire qu’il pouvait « apprendre de ses
erreurs » comme dit le proverbe populaire. Le trop grand message de
l’église en faveur de la pureté d’intentions a ruiné un nombre incalculable
de vies depuis des siècles et le pardon même comme notion chrétienne est
contre nature du fait que n’importe laquelle offense ou brutalité
subies sont assimilés dans nos sens, notre système nerveux et notre
mémoire profonde et que
seule la réparation peut nous en soulager et non quelque pardon théorique
que ce soit.
Nous ne sommes des êtres humains faits à la fois que pour l’affirmation,
la sensibilité et la compréhension et non pas programmés pour êtres obsédés
par la faute ou l’échec. Si nous retrouvons la chrétienté dans ses
cathédrales
ou ses petites églises de campagne c’est parce que l’art patrimonial qu’on
y trouve nous fait
voir de la beauté celle qui n’impose rien et qui pendant un instant
pourrait réussir à nous faire croire à la réalité de « l’âme ». Au moment
où la religion devient policière elle n’a plus de raison d’être. Le
cardinal Ouellet est-il capable de raisonner en dehors du prestige de
l’institution ?
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --


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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    10 mai 2008

    Excellentes remarques. Si la morosité et le dolorisme des chrétiens ont inspiré les sarcasmes de Nietzche et d'autres, l'attitude du cardinal Ouellet révèle encore cette mentalité de recherche du pouvoir de l'église. Elle n'exprime pas l'amour et la charité chrétiennes. À cause de gens comme lui, le christianisme est devenue une religion funèbre. Ensuite, ces personnes s'interrogent pourquoi le monde déserte les églises et va vers des leaders néo-chrétiens (rien à voir avec les pontifes de la BibleBelt et cie). Un chrétien ou une chrétienne doit être capable de se remettre en question et de s'excuser lorsqu'une ou des erreurs ont été commises. En refusant de reconnaître et de s'excuser sur toutes les erreurs commises par l'église québécoise, le cardinal soustrait systématiquement l'église québécoise au véritable pardon qui lui serait nécessaire. Actuellement, je vois à Montréal un évèque qui travaille avec les démunis, les sans domiciles fices, les toxicomanes et les prostituées (http://groups.msn.com/1010TOXICO/accueil.msnw). Celui est plus prêt de la philosophie mise de l'avant par Jésus. Lui je le suivrai. Le cardinal Ouellet? Jamais.